NBA

Wembanyama, à l’unanimité

Victor Wembanyama était en représentation aux Etats-Unis cette semaine. Alors que les Mets disputaient deux rencontres amicales face à la G-League Ignite, équipe créée par la NBA pour développer de futurs prospects, l'intérieur Français avait l'occasion de prouver au monde entier sa valeur. Si beaucoup de scoots le connaissaient déjà, il a pu étaler toute sa classe devant fans, joueurs et journalistes NBA. De quoi renforcer un petit peu plus son statut de futur star, et surtout, de numéro de Draft. 

L'occasion était trop belle pour ne pas la saisir. Deux rencontres en pré-saison où tous les yeux seraient rivés sur lui. De passage chez Oncle Sam, Victor Wembanyama savait qu'il pouvait frapper un grand coup cette semaine en vue de la Draft 2023. Parce que ses performances allaient être épiées. Parce qu'il affrontait son concurrent direct pour le first pick, Scoot Henderson. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il n'a pas déçu. Bien au contraire.

Des paroles aux actes 

« Si j’étais jamais né, je pense que Scoot Henderson mériterait d’être numéro 1 de la Draft ». Cette phrase, ce trashtalk serait même tenté de dire, si régulier aux Etats-Unis mais finalement assez peu commun en France, est sorti de la bouche de Wembanyama himself. Et quand on sait le peu d'amour que portent les Américains aux joueurs Européens, on s'est alors tout de suite dit que le joueur des Mets venait peut-être de se tirer une balle dans le pied. Que nenni ! Il a survolé les deux rencontres opposant donc son équipe des Mets à celle de son plus grand rival pour le choix numéro 1 de la prochaine Draft, la G-League Ignite.

Malgré la défaite lors du match inaugural, Wembanyama a tout de même inscrit 37pts (à 7/11 derrière l'arc) et 4rbds  en plus de ses 5 contres tous plus impressionnants les uns que les autres. Dont 3 l'ont été sur… son concurrent direct pour la prochaine cuvée de rookie. Capable de moove et shoot hors du commun pour un joueur de sa taille, le Français n'a pas déçu, bien au contraire. Mais le pire, c'est qu'il a remis ça hier soir, avec la victoire en prime ! 36 pts, 11 rbds, 4asts et 4blks devant les yeux ébahis de Rudy Gobert&co. Là aussi, ses actions n'ont pas fini de faire le tour des réseaux sociaux. Son alley-oop monstrueux avec Hugo Besson, son fadeway tout en toucher dans le corner, son shoot à 3pts plus d'un mètre derrière la ligne… Un récital. Si certains en doutait, Victor Wembanyama est bien un futur crack. Et peut-être même bien plus que cela.

Tous conquis 

Il n'y a qu'à voir les réactions des uns et des autres pour s'en rendre compte. LeBron James, le King en personne était présent lors du premier match entre les Mets et la G-League Ignite. Et il ne tarit pas d'éloge à son égard : “Tout le monde utilise ce terme de licorne ces derniers temps. On a parlé de plein de licornes ces dernières années, mais lui c'est plutôt un alien. […] Je n'ai jamais vu… Personne n'a jamais vu quelqu'un comme ça. Quelle que soit sa taille, 2m15, 2m20, 2m25… Il a cette capacité à dribbler, à prendre des tirs en step-back, à shooter à 3-points en catch-and-shoot, à contrer. Être aussi grand tout en étant aussi fluide et gracieux sur le terrain. […] C'est un talent générationnel. J'espère qu'il restera en bonne santé, c'est le plus important pour lui. Mais ça se voit qu'il adore jouer au basket, il souriait beaucoup (mardi) soir”. Assez rare pour être souligné. Très peu ont reçu autant de louanges de la part du King.

Après la rencontre d'hier, Wembanyama a réagi à ces propos, tout en gardant la tête sur les épaules. “ C’est évidemment un honneur de voir de si grandes personnes parler de moi ainsi, mais ça ne change rien. Les gens de mon entourage m’ont montré cette vidéo ce matin. C’est cool, mais je dois me concentrer. Je n’ai encore rien fait. Je n’ai pas encore joué en NBA. Je n’ai pas été drafté. Il faut que je reste concentré pour atteindre mes objectifs. Ça va être dur de progresser chaque jour et de rester consistant. “

Mais si LeBron James a tenu à rendre hommage au jeune Français, il n'est pas le seul. Le patron de la Ligue, Adam Silver, en personne a été invité à évoquer le sujet du futur prospect que la Ligue s'arrache. Et lui non plus n'a pas lésiné sur les qualificatifs.

“Je n'ai pas envie de porter l'œil à un joueur qui n'est pas encore en NBA en disant de lui que ce sera le prochain grand. Mais j'ai regardé le match de l'autre jour contre l'équipe de G-League via la NBA App. Il a tous les attributs pour être un game changer et un grand joueur sur le plan physique et au niveau de son esprit. Il a répondu présent sur une scène exposée, face à la team Ignite. Je sais que beaucoup de nos équipes NBA salivent à l'idée de pouvoir le recruter grâce à la loterie, même si elles devraient toutes être compétitives la saison prochaine.

A l'instant où je vous parle, quelque part dans le monde des jeunes garçons et filles rêvent d'être comme LeBron James, Giannis Antetokounmpo ou Trae Young. Victor Wembanyama est le produit de cela. C'est un jeune homme qui a grandi en adorant le basket. Au contraire de joueurs de générations plus anciennes, le jeu lui a été accessible. Il n'était pas limité à des vieilles cassettes vidéo. Il a pu modeler son jeu en s'inspirant de joueurs modernes. Je suis très excité à l'idée de suivre son développement cette année. Il va devenir encore plus costaud. Encore une fois, je ne veux pas lui porter la poisse, mais c'est clairement un joueur très prometteur”. Pour que le Boss prenne parti comme cela, que vous ayez autant d'estime de sa part, c'est que cela promet.

Rudy Gobert, qui le connait depuis son plus jeune âge, n'est pas surpris, même s'il reste épaté par tant de précocité. “Je le connais depuis qu'il a 13 ans, nous savions qu'il allait être unique. Il est très mature, il sait où il veut aller, poursuit le pivot des Timberwolves. Je ne pense pas qu'il y ait de comparaison possible”.

Les GM et experts NBA en plateaux télé y sont eux aussi allés de leur petit commentaire élogieux à son égard : “C’est un Kevin Durant de 2m24 qui contre les tirs, et il n’est même encore proche de ce qu’il va devenir. Il sera le joueur le plus médiatisé depuis LeBron. ”  “De temps en temps, dans le sport, on assiste à un événement dont on se souvient pour le reste de sa vie. Ce match contre Victor Wembanyama est l’un de ces moments mémorables.” “J’en ai vu assez. Victor Wembanyama dirigera le monde un jour. Il ne devrait pas être un si bon tireur à 2m21 et 18 ans.”

Peu importe la teneur et la véracité des commentaires, en tout cas, une chose est certaine : Victor Wembanyama a mis tout le monde d'accord. Si certains en doutait, il risque bien d'affoler la prochaine Draft en Juin 2023.

Une course au tanking historique

Après avoir ébahi les Etats-Unis et sans doute déjà entériné sa place de numéro 1, reste maintenant à savoir qui va avoir la chance de l'enrôler. Et il risque d'y avoir de la bagarre.. pour la dernière place. Si le tanking est régulièrement de mise dans des franchises sans réelles ambitions à court terme, là, on s'attend à du jamais vu. C'est ce qu'affirme l'insider Adrian Wojnarowski : ” L’impact de la performance de Wembanyama, diffusée sur une chaîne de télévision nationale aux États-Unis, devrait devenir un facteur dans le degré d’intensité que des franchises mettront pour se joindre à la course pour occuper le bas du classement. Après la soirée de mardi, les front offices auront plus de facilité à vendre une stratégie de tanking, aussi bien aux propriétaires qu’aux fans. En effet, plusieurs exécutifs haut placés ont indiqué à ESPN que leurs supérieurs comprenaient mieux la valeur transformationnelle de drafter Wembanyama. Ces dernières années, le play-in tournament poussait beaucoup de franchises à acquérir plutôt qu’à se séparer de joueurs à la trade deadline. Cette année, les équipes qui débuteront doucement la saison pourraient prendre le chemin inverse, en se débarrassant de joueurs de rotation et en reposant d’autres pour de longues périodes.

Il pourrait donc y avoir plus d'équipes que prévues concernées par le bas du classement. Si des équipes comme le Jazz, qui vient de détruire son roster, les Spurs, en totale reconstruction ou le Thuder et les Rockets, composés pratiquement uniquement de jeunes, devraient tanker, d'autres pourraient s'y mettre également. C'est le cas de Détroit, qui dispose de quelques belles monnaies d'échange pour “s'affaiblir” (Bogdanovic, Marvin Bagley, Kevin Knox),  ou des Pacers (Buddy Hield, Miles Turner). Mais si le début de saison venait à tourner au vinaigre, d'autres pourraient rapidement être tentés de déposer les armes et s'affaiblir au maximum avant la trade deadline. On pense notamment aux Hornets qui risquent d'avoir énormément de mal et qui disposent d'un joueur comme Gordon Hayward. Les Wizards également, eux qui comptent des Kyle Kuzma et autres Kristaps Porzingis.

Beaucoup (trop) d'équipes pourraient se mettre à rapidement laisser filer la saison en espérant pouvoir attraper le gros poisson qu'est Victor Wembanyama. Tout en sachant que l'éventuel numéro 2, Scoot Henderson, représente également une belle valeur et un futur très bon joueur.

Les blessures, le seul risque

Mais qu'est-ce qui pourrait bien empêcher le géant des Mets d'être appelé en premier par Adam Silver en juin prochain? Sans doute les pépins physiques. Sa morphologie fait qu'il reste un sujet assez sensible aux blessures. L'année dernière à l'ASVEL, jamais il n'a enchaîné plus de deux mois de compétition à la suite. Si les blessures sont plus de petits bobos que de gros coups durs, il lui faudra malgré tout trouver de la stabilité physique, dans une ligue où le rythme est de plus en plus infernal. Lui n'est en tout cas pas inquiet et sait que les moyens mis en œuvre Outre-Atlantique sont bien supérieurs à ceux dont il dispose en France. Et il n'est en aucun cas d'accord avec le fait de mettre un terme à sa saison pour arriver en pleine bourre l'été prochain. C'est son agent, Bouna Ndiaye, qui l'a confirmé : “Des personnes de la NBA nous expliquent qu’il faut mettre fin à la saison de Victor, mais nous n’allons pas faire ça. Si nous commençons à aborder le sujet avec Victor, il va nous regarder et nous répondre « de quoi est-ce que vous parlez ? ». Il ne sera jamais d’accord. Il veut continuer à jouer et devenir encore meilleur. Avec Victor, le basketball passe en premier, le reste est en second. Il était tellement en colère après cette défaite.”

Non, Wembanyama veut déjà confirmer avec les Mets, où il aura la chance d'avoir d'énormes responsabilités et où il pourra continuer à s'aguerrir également sur la scène Européenne. Avant de réaliser le grand saut.

Victor Wembanyama n'a que 18 ans et pourtant, il est sans doute le plus gros prospect du basket mondial. Un prospect comme on n'en a que très rarement vu. Il vient de démontrer aux Etats-Unis ce qui les attend à partir de la saison prochaine. S'il confirme avec son club des Mets, nul doute qu'il devrait être choisi en première position de la prochaine Draft. Mais ça, désormais, plus personne n'en doute. 

Crédit photo : Yahoo Style


Valentin Martin

Le cœur meurtri par la fin de carrière de Rodgeur, je m'en remets aux stepback de The Beard. Rien de tel qu'un Vélodrome incandescent pour me faire chavirer de bonheur

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