Wrestlemania 36 : quand catch et cinéma ne font plus qu’un.

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Wrestlemania 36 vient de rendre son verdict. Si ce show restera dans l’histoire de la WWE pour bien des raisons, deux matchs auront particulièrement fait réagir les fans. Lors de la Nuit 1, nous avons pu assister au Boneyard Match entre l’Undertaker et AJ Styles. Lors de la Nuit 2, c’est John Cena et Bray Wyatt qui se sont affrontés dans un Firefly Fun House Match. Pourquoi ces matchs ont tant fait réagir ? Décryptage.

Quand catch et cinéma sont intimement liés

On a tous entendu cette phrase des non fan de catch : « le catch c’est du fake ». Oui, tout fan de catch est conscient que le produit qu’il regarde est scripté. Le catch se consomme comme un film, voir même une série. Chaque semaine, nous suivons le développement d’une histoire avec ses personnages, le méchant contre le gentil, le développement des personnalités …

Durant ces dernières années, nous avons vu bon nombre de catcheurs passés sur grand écran avec plus ou moins du succès. Si les performances du Miz, Stone Cold ou Dean Ambrose ne resteront pas dans les annales, des catcheurs comme Batista ou bien évidemment The Rock rencontreront un succès aussi grandissant que surprenant à Hollywood. C’est maintenant au tour de John Cena de suivre les pas de ses anciens rivaux, lui qui jouera le frère de Vin Diesel dans Fast & Furious 9.

Pour autant, sauf à de très rares occasions, la WWE ne s’est jamais permise de proposer un produit plus cinématographique. Si elle a bien entendu vocation à divertir ses fans, elle n’en oublie pas pour autant que le public veut voir des catcheurs combattre dans un ring.

La concurrence ouvre la voie au changement

Si nous avons pu apercevoir quelques prémices d’une volonté de la WWE de proposer quelque chose de différents dans les années 90 lors de la rivalité entre Jake « The Snake » Roberts et The Undertaker, la WWE abandonnera cependant très vite l’idée et restera dans ce qu’elle sait faire mieux, à savoir rester sur le schéma de combat dans un ring.

Néanmoins, bien que très tardivement, certains concurrents sauteront le pas et proposeront un produit bien différent.
La première fédération à avoir osé développer cet axe cinématographique est la Lucha Underground. En 2014, la compagnie mexicaine se lance avec pour but de proposer un produit se consommant littéralement comme une série. Plutôt qu’une diffusion en continue toute l’année, la Lucha Underground se décompose en saison, exactement comme une série classique. Les histoires y sont beaucoup plus romancées, n’hésitant pas parfois à incorporer des éléments de science-fiction beaucoup plus travaillé, là où les autres fédérations préfèrent garder une part de réalisme.
Si la sauce prend lors des 3 premières saisons, notamment grâce au roster dont les noms sont flatteurs à l’instar de Rey Mysterio ou John Morrison, la Lucha Undergound perd peu à peu son public et fermera en Novembre 2018 après 4 saisons et 127 épisodes.

Dans le même temps, un catcheur popularisera un produit bien différent : Matt Hardy. L’ainé des Hardy Boyz, alors à la TNA, cherchait à renouveler son personnage, lui qui aura vu son personnage de Big Money Matt être un échec cuisant. C’est alors qu’il devint « Broken Matt Hardy » et créer le « Broken Universe », un univers totalement déjanté où lui et son frère se livrent des combats acharnés dans le domaine familial dans des affrontements nanardesques totalement assumés, notamment dans un « Final Deletion » rentré dans l’histoire.

Les tentatives infructueuses de la WWE

Une semaine après le Final Deletion entre Matt et Jeff Hardy, et devant le nombre hallucinant de réactions que ce match a suscité, la WWE filmera un match entre le New Day et la Wyatt Family reprenant trait pour trait les codes de ce que les Hardy Boyz ont proposé. Malheureusement, le rendu n’est qu’une pâle copie du Final Deletion, préparé en une semaine par des personnes qui n’avaient aucune idée créative. Ce match partira totalement aux oubliettes aussi vite qu’il a été diffusé.

La WWE retentera pourtant le coup. En Avril 2017, lors de son Pay-Per-View Payback, la compagnie propose un House Of Horror Match entre Bray Wyatt et Randy Orton. Là encore, le match est un flop total, devant le manque d’idée créative de la WWE dans un match très mal produit, les réactions de rejet des fans sont immédiates et on espère tous à ce moment là ne plus revoir de matchs sous cette forme.

Un contexte propice pour un nouvel essai

3 ans après ces deux essais infructueux, penser que la WWE tenterait de nouveaux le coup, deux fois dans le même Week-End et qui plus est à Wrestlemania relevait de la folie. Sauf qu’entre temps, la crise sanitaire mondiale a tout chamboulé. Wrestlemania fut pour la première fois diffusé à huis clos et fut l’occasion parfaite pour la WWE de se démarquer et proposer des choses nouvelles.

Le premier de ces deux matchs fut donc le Boneyard Match entre l’Undertaker et AJ Styles. Nous ne connaissions rien de la stipulation de ce match avant le début du show. Néanmoins, quelques indices étaient donnés dans le développement de la storyline nous dirigeant vers un Buried Alive Match. Tout cela se confirmait lors de quelques fuites, nous laissant entendre que le match serait filmé dans un faux cimetière. C’est effectivement ce que nous avons eu. Dans un règlement de compte produit comme un épisode de Sons of Anarchy, l’Undertaker (de retour en mode American Badass) et AJ Styles ont livré une performance d’acting solide, appuyé par une production très bien orchestré aux effets spéciaux parfaitement chorégraphié. Selon les dernières indiscrétions, le match aurait été produit par Jeremy Borash, ancien producteur à la TNA ayant notamment beaucoup travaillé avec Matt Hardy au développement du Broken Universe … ça ne s’invente pas. Alors oui, c’était totalement kitsch, mais à la manière de la franchise Fast & Furious, ce grand n’importe quoi était parfaitement assumé et les fans ont regardé ce match comme il devait être regardé, c’est-à-dire au second voir troisième degré.

Pour le Firefly Fun House Match, la donne est quelque peu différente. Après la vision de ce « match », une chose est sûre : la WWE a laissé carte blanche au génie créatif de Bray Wyatt, aidé par un John Cena en roue libre totale. Le résultat ressemble plus à un gros segment qu’à un match, certes, mais le rendu est là aussi très solide. On a plus assisté à un face à face entre John Cena et ses démons, bloqué dans un rêve (ou un cauchemar). C’était dérangeant, surprenant, drôle, psychédélique et parfait pour recréer le personnage du Fiend après sa défaite cinglante contre Goldberg. John Cena et Bray Wyatt nous livre une performance d’acting parfaite et on a senti que les deux hommes se sont impliqués au maximum dans la réalisation de ce match et y ont pris beaucoup de plaisir

Des réactions quasi unanimes

Et force est de constater que le pari de la WWE est réussi. Le Boneyard Match a remporté tous les suffrages que ce soit des fans ou des professionnels de la lutte. Beaucoup demandaient le retour de l’American Badass, ils ont été servis avec un Undertaker plus trashtalker que jamais et certains demandant même à ce que l’Undertaker n’apparaissent plus que dans ce genre de production. La performance des deux hommes a été applaudis et les deux en sortent grandis, preuve, si il en fallait une, que l’Undertaker est une légende du business et AJ Styles l’un des tout meilleur performeur du monde.

Concernant le Firefly Fun House Match, l’engouement est moins générale. Si beaucoup de fans sont rentrés dans le délire, appréciant de revoir Cena sous ses anciennes gimmicks et les nombreuses références que le match contient, d’autres auront pesté sur le fait que ce n’était pas du tout un match. Ce genre de produit est très clivants, il faut rentrer dans l’univers de Wyatt pour en saisir tout le génie créatif qui en ressort et il est tout à fait normal que certains n’y adhèrent pas.

Dans tous les cas, ces deux matchs sont rentrés dans l’histoire, de part leurs productions, leurs histoires, le contexte, tout était réuni pour divertir une foule ayant encaissé 2h de show dans une arène vide. La WWE a réussi un tour de force magistral, redéfinissant encore un peu plus les contours de son produit.

Quant à savoir si ce genre de moments peut revenir, à l’heure actuelle on se demande pourquoi la WWE s’en priverait. Néanmoins, si le contexte actuel s’y prêtait, il faudrait recréer un univers complet pour que ce genre de produit refonctionne à l’avenir. Si on peut s’attendre à ce que Matt Hardy fasse revivre le Broken Universe à l’AEW, il faudra que la WWE laisse la liberté créative à des catcheurs comme Bray Wyatt pour que cela marche.

Ces deux matchs auront volé la vedette aux premiers couronnements de Drew McIntyre et Braun Strowman, au retour d’Edge sur un ring, mais auront surtout permis à la WWE de faire adhérer les fans à ce Wrestlemania si spécial, qui dans l’ensemble, aura été un show solide à la grande surprise de beaucoup d’entre nous.

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