Après onze mois fournis en évènements sportifs, notamment à cause du report de nombreuses compétitions qui devaient avoir lieu l’an passé, le mois de décembre conclut un cru 2021 riche en émotions. De la septième bague de Tom Brady au titre de champion du monde de Fabio Quartararo en Moto GP, en passant par les Jeux olympiques et paralympiques, We Sport revient sur 30 moments marquants qui ont rythmé l’année civile. Place aujourd'hui à l'authentique exploit de nos Bleus du rugby, qui ont terrassé les Blacks comme jamais dans l'histoire. Un succès qui restera dans les annales. 

Un début d'Autumn Nations Series loin d'être parfait

Pourtant, les premiers matchs de cette tournée n'avaient pas transcendé les foules. L'Argentine est venue proposer un énorme défi physique qui a mis à mal un XV de France joueur, mais qui a subi dans les duels. Et un peu contre toute attente, ce sont bien les Pumas qui ont marqué le seul essai de la première période, par l'intermédiaire de Cubelli, sur un dégagement contré de Jalibert. Malgré tout supérieurs, les Bleus ont fait le forcing en seconde période pour inscrire deux essais, Thibaud Flament pour sa première, et Mauvaka, pour mettre les Français à l'abri. Surtout, les hommes de Galthié ont pu compter sur un excellent Jaminet, véritable révélation de la tournée automnale, auteur d'un 7/8 au pied. L'essai encaissé en fin de match, a malgré tout démontré que la marge de progression était énorme, notamment face à une équipe censée être “inférieure”.

Les Bleus avaient une belle occasion de reprendre de la confiance, une semaine avant la réception des Blacks, avec la venue de la Géorgie. Poussifs, ils s'en sont remis à leurs talents individuels, mais aussi à la faiblesse de leur adversaire, et son indiscipline. 11 pénalités, 2 cartons jaunes, les Lelos ont grandement facilité la tâche des coéquipiers d'un Romain Ntamack, encore approximatifs collectivement. Surtout, les deux essais encaissés face à une formation inoffensive font tâche. Sous l'ère Galthié, une seule fois le XV de France a terminé une rencontre sans prendre d'essai, face à l'Ecosse en novembre 2020. Si le large succès (41-15) masque partiellement la prestation d'ensemble, la première partie de cette tournée nous a laissé sur notre faim. D'autant qu'à l'heure actuelle, l'équipe de France dispose d'un effectif extrêmement complet et qualitatif, avec le meilleur joueur du monde, en la personne d'Antoine Dupont, élu cette semaine. Et s'il fallait le prouver c'était bien ce 21 novembre, avec la réception de l'ogre All-Black.

Des Blacks chahutés 

Faciles face à l'Italie au stade Olympique de Rome (47-9), les Néo-Zelandais venaient de s'incliner, la semaine précédente contre l'Irlande, juste avant leur venue au Stade de France. Les frères Barrett & Co étaient donc revanchards, eux qui se sont fait secouer par les XV du Trèfle, 29-20. Eux qui, avant ce premier revers, restaient sur 13 victoires lors de leurs 14 derniers matchs. Surtout, invaincus face aux Bleus depuis 2009, soit 14 rencontres, leur souhait de maintenir cette invincibilité était dans toutes les têtes.

Un exploit authentique

Mais malheureusement pour eux, et tant mieux pour nous, chauvins que nous sommes, il n'en a rien été. Après avoir fait frissonner le Stade de France avec le plus célèbre des Haka, le Ka Mate, les champions du monde 2011 se sont faits manger tout cru. Impressionnant dès l'entame de match, c'est Mauvaka qui a fait parler la poudre en premier. Supérieurs dans l'impact, les Bleus ont ouvert le score grâce au Toulousain, sur un ballon porté. Ce dernier ira même de son doublé avant la pause, sur un énième groupe pénétrant. Remplaçant d'un Julien Marchand blessé, il aura rendu au staff toute la confiance accordée. Entre temps, Ntamack y sera allé de son essai. Repositionné à l'ouverture, son binôme avec Dupont aura une nouvelle fois fait des ravages. Sur une libération rapide, ce dernier a trouvé son ouvreur qui a ensuite étalé toute sa classe : une feinte de passe pour se faufiler entre 4 Néo-Zelandais et aplatir dans l'en-but. 24-6 à la mi-temps, au terme d'un premier acte de très grande facture. On pense alors les Bleus en route pour l'exploit.

Le trou d'air.. puis la délivrance 

Mais les Blacks sont revenus avec d'autres intentions. Et malheureusement, les Français aussi. En 11 petites minutes, les visiteurs ont claqué deux essais, par Jordie Barret et Rieko, et ont recollé tout proche, à moins d'un essai transformé. Les Français ont alors pu compter une nouvelle fois sur Jaminet, toujours aussi fiable au pied (8/8). Mais l'essai de Savea a fait passer quelques (grosses) sueurs froides aux 80 000 spectateurs présents dans les travées. 27-25 à un quart d'heure du terme, les ongles ont commencé à être de plus en plus courts. Finalement la délivrance est venue de Damian Penaud, meilleur marqueur tricolore en 2021 (7 réalisations), qui, sur une interception, s'en allait doucher les derniers espoirs des Kiwis. Les tricolores ont tenu bon et n'ont plus été inquiétés. Un succès historique pour la bande à Galthié, le plus gros écart de l'histoire en faveur de la France, entre ces deux nations. Ce n'est que la deuxième fois, après le chef-d'œuvre de 1999, que les Bleus atteignent les 40 points face aux Blacks. La preuve d'un groupe qui arrive à maturité, avec une ossature Toulousaine qui porte un collectif jeune, mais déjà expérimenté, à l'image d'un Romain Ntamack plein de sang-froid au moment d'initier une relance audacieuse dans son propre en but.

Tout n'a pas été parfait, évidemment, mais il ne faut pas banaliser cet exploit, qui marque peut-être un tournant dans la vie d'un groupe, de ce groupe: non, il est encore trop tôt pour faire de la France un favori au titre mondial, dans deux ans, à domicile. Mais il est évident que cette bande d'insouciants n'en pensera pas moins. C'est à travers ce genre de match que grandit une équipe. Elle n'aura pas été parfaite durant cette tournée, mais finalement, pour la première fois depuis 2012, elle terminera invaincue.

Du jeu, du spectacle, de l'émotion… un vrai match de rugby. Les Bleus ont fait plaisir, se sont faits plaisir, et ont marqué les esprits : malgré un groupe encore jeune, il faudra compter sur eux. Il reste encore deux ans à tout ce petit monde, pour s'aiguiser les dents et, pourquoi pas, titiller le rêve d'aller décrocher pour la première fois de l'histoire la coupe William Web Ellis, à la maison.