Actuellement 4e de Championship à égalité de points avec le 3e Bournemouth, les “Bees” surfent sur une dynamique impressionnante de 16 matchs sans défaite. Une défaite qu'ils n'ont connue que trois fois cette saison en championnat. La dernière remonte à fin octobre et un match à Stoke (défaite 2-1). Créé en 1899, ce club du “West London” a navigué depuis la Seconde Guerre mondiale dans les échelons inférieurs du football anglais. En prônant un jeu des plus plaisants, combiné à des individualités fortes, le club est bel est bien en passe de se qualifier pour les barrages, si ce n'est mieux. We Sport vous propose aujourd'hui une analyse tactique de Brentford. Entre possession et verticalité, les Bees semble armés pour rejoindre l'élite, élite qu'ils ont manquée de peu l'an passé (défaite face à Fulham dans le match d'accession à la Premier League)…

Légèrement en difficulté en début de saison avec deux défaites en quatre matchs, les hommes de Thomas Frank se sont vite remis sur le droit chemin en digérant le transfert de leurs joueurs stars. Dans un premier temps leur attaquant phare, Ollie Watkins parti chez les Villans, puis le départ de leur meneur de jeu Said Benrahma chez les Hammers. Fidèle à ses principes de jeu offensifs, le club londonien épate par ses qualités tactiques et techniques, qui en font une équipe imprévisible. Tantôt adepte du jeu de possession, l'équipe peut se muer en une formidable machine à contre-attaquer. De nombreuses similitudes existent avec le club des bords de la Mersey, Liverpool.
Les intervalles comme clé offensive
Même si c'est souvent demandé par les entraîneurs, il est en pratique plus compliqué pour un joueur de se placer dans les intervalles. Il ne suffit pas de le vouloir, il faut le travailler. Travailler aussi bien les déplacements du joueur, mais aussi son QI football qui sera déterminant pour trouver la solution en match. Un exercice qui semble être allègrement réalisé à l'entraînement. La facilité des joueurs à se trouver dans les intervalles est assez édifiante. En phase offensive, le porteur du ballon a systématiquement une ou deux solutions dans les intervalles. En une passe, les Bees effacent souvent le milieu adverse, permettant aux attaquants de se retrouver dans des situations propices.

Un pressing bien huilé
Très disciplinés tactiquement, les joueurs ont cette capacité d'adopter les bons déplacements au bon moment. Loin de faire un pressing de tous les instants, ils déclenchent un pressing quand l'occasion de récupérer un ballon haut se présente. La majorité de ces pressings s'exercent sur le latéral qui se retrouve vite en difficulté et n'a souvent d'autre choix que dégager le ballon ou faire une mauvaise passe. Néanmoins, Brentford excelle également dans le contre pressing. Après avoir perdu le ballon haut suite à une offensive, les joueurs exercent un pressing de quatre ou cinq secondes pour récupérer aussitôt le ballon et cueillir le cuir. S'en suit la plupart du temps une action dangereuse. Dans les deux situations ci-dessous, la récupération s'est terminée par une frappe.


Dépassements de fonction
Ce qui fait la force de cette équipe et la rend encore plus imprévisible réside dans les dépassements de fonction de nombreux joueurs. Le plus facile à voir visuellement est l'apport offensif des latéraux, qui se présentent également comme les premiers relanceurs de l'équipe. Ces derniers, hauts et larges, n'hésitent pas à réaliser des appels en profondeur pour apporter une solution offensive supplémentaire et déstabiliser le latéral adverse. Le placement du milieu défensif permet à ces derniers de s'exprimer pleinement dans le camp adverse.
Autre dépassement de fonction, les appels des milieux de terrains. Ils sont souvent déterminants pour permettre le décalage et finir sur une action dangereuse. L'apport de Da Silva est phénoménal : souvent bien placé dans les intervalles, il n'hésite pas à apporter du soutien à son excentré (souvent Mbeumo).

Son pendant en milieu relayeur à gauche (souvent Jensen) excelle également dans ce registre. Les solutions qu'il offre en plus de son positionnement axial témoignent de la présence d'un très bon QI football. Les situations ci-dessous décrivent et illustrent à merveille le dépassement de fonction.


Sur la situation ci-dessus, l'appel de Jensen laisse un trou vacant de 10 mètre dans l'axe qui aurait pu être exploité par Janelt ou un autre joueur présent à proximité. D'où l'importance de ces appels qui, au-delà de leur importance directe, créent des brèches intérieures.
Les contre-attaques
Avec les latéraux hauts et larges, plus une bonne occupation de l'espace, les joueurs de Brentford sont capables de conserver habilement le ballon. Néanmoins, cela ne dénote rien de leur capacité à contre-attaquer. La verticalité de cette équipe est assez impressionnante, elle est capable de passer de sa surface à celle de l'adversaire en 10 secondes. Le but de Toney contre Sheffield Wednesday en octobre dernier illustre à merveille cette justesse dans la remontée de balle. Le jeu au pied de Reya est également primordial. À l'aise dans cet exercice, il permet aux offensifs (Mbeumo, Canos…) d'exploser sur les côtés. Les contre-attaques sont plus fréquentes dans les fins de mi-temps étant donné que les Bees lèvent le pied dans le pressing. Ils ont tendance à reculer en fin de match.
Les coups de pied arrêtés
Les coups de pieds arrêtés peuvent être une arme redoutable quand tous les ingrédients sont présents. C'est-à-dire un bon tireur (Janelt entre autres) mais aussi et surtout des joueurs capables de bonifier les ballons et de les mettre au fond. Avoir dans ses rangs des joueurs comme Ivan Toney et Pinnock (1,87 m) est d'ores et déjà un atout primordial. Encore faut-il bien les trouver. Dans la plupart des cas, le joueur recherché est bien évidemment Pinnock (voir ci-dessous).
Ivan Toney, serial buteur
Les prémices de son talent
Attaquant vedette de Brentford, Ivan Toney a dû longtemps batailler dans les divisions inférieures pour se faire un nom. Aujourd'hui âgé de 24 ans, il arrive en quelque sorte à la maturité d'une carrière débutée 7 ans plus tôt dans son club de formation, le Northampton Town Football Club. Ses performances ne laisseront pas indifférents les scouts de Newcastle, qui décident de l'enrôler. Commence donc son long apprentissage, allant de prêt en prêt. En 3 ans (2015-2018), le jeune Anglais va fréquenter pas moins de six clubs différents. Souvent étincelant, il lance réellement sa carrière en 2018, lorsqu'il rejoint Peterborough. Fort de ses précédentes expériences, le véloce attaquant impressionne en League One. Lors de la saison 2019-2020, il inscrit en 39 matchs pas moins de 26 buts, faisant alors de lui le meilleur buteur du championnat avec 9 longueurs d'avance sur le second.
L'arrivée à maturation
Transféré cet été à Brentford pour un peu plus de 5 millions, il en vaudrait minimum 4 fois plus aujourd'hui. Il n'aura pas fallu longtemps à ce buteur né pour faire trembler les filets du Brentford Community Stadium. Après des débuts timides en septembre (1 but en 6 matchs), il fait parler la poudre le mois suivant. Auteur de 7 buts en 5 matchs en octobre, dont 3 doublés d'affilée, il affole les compteurs. Une faim qu'il ne cesse d'étendre, au point d'être déjà provisoirement meilleur buteur de Championship avec 16 pions en 22 matchs. Il y a de grandes chances pour que Toney ne fasse pas de vieux os dans l'antichambre de la Premier League. Les prétendants vont se bousculer l'été prochain pour enrôler cet attaquant moderne. Capable de jouer dos au but, de dézoner pour participer à la construction, d'appels en profondeur, de peser sur une défense, il a tous les atouts pour réussir plus haut. Sans oublier un jeu de tête intéressant malgré sa “petite taille” de 1,79 m.
Dissection de son placement

Habile balle au pied, Toney l'est également sans. Capable de sentir les coups, il est souvent bien placé et sait bien se positionner quand l'occasion se présente. La preuve en images, ci-dessous.


Doté d'un bon sens du placement, Toney possède une autre qualité intéressante. Ses déviations en une touche de balle sont phénoménales, elles accélèrent nettement le jeu et permettent à l'équipe de se projeter rapidement.
Néanmoins, aussi paradoxal que cela puisse paraître, il pêche encore devant le but. Notamment en fin de match, où sa lucidité peut lui faire défaut après les nombreux efforts fournis dans le match. Il est la preuve qu'une progression n'est jamais linéaire et que chaque joueur a besoin d'un temps et d'une expérience plus ou moins longs pour arriver à maturité.