Ça m’énerve les footeux qui jouent au tennis ! La chronique de @tennisdemerde.
Le mec, tu le vois arriver dès le club-house. Il affiche ostensiblement sa tenue de combat comme une déclaration de guerre. Short bleu ample, une seule raquette directement fourrée dans son sac, maillot sur les épaules pour les plus vicieux. Si c’est celui du PSG, à la limite, tu as une chance de t’en tirer. Si c’est celui d’un club obscur de Premier League ou de Liga, genre Bromwich ou le Betis Séville, là, tu sais que tu as affaire à un puriste. Et que quel soit son classement, quel que soit ton propre état de forme, tu vas en chier toutes les larmes de ton corps.
Le footeux, pour une raison énigmatique, joue toujours pareil. Technique approximative, revers immanquablement chopé, que dis-je, gribouillé. Mais des jambes de feu et un esprit guerrier. Le footeux est un limeur de la pire espèce, capable de rester 3h sur un court sans décocher un seul point gagnant, mais il s’en carre comme de son premier contrôle manqué, pire même, il en est fier. Sa stratégie à lui, sur un court, est un poison qu’il distille à petites gouttes. Il est une sorte de mouche du coche, au début tu penses que tu vas l’écraser comme une merde avec son service de vendeur de crêpes, et puis il te tourne autour, sans cesse, et tu as beau t’escrimer, t’arrives jamais tout à fait à l’abattre. Le mec est partout, tout le temps, il cavale comme un mort de faim, il est capable de sortir du terrain pour aller chercher un smash que tu pensais tellement gagnant que t’étais déjà allé t’asseoir sur ta chaise, il sue, souffle, ahane, ferraille du premier au dernier point comme si sa vie dépendait de chaque balle. Au bout de quelques jeux, ses cheveux trempés de la flotte qu’il s’arrose à chaque changement de côté et son maillot maculé de terre te laissent à penser qu’il est au bord du gouffre, mais sois tranquille : à 4-4 au dernier set, il sera encore tout fringant quand toi tu sentiras les crampes arriver et ton coup droit te lâcher.
On parle souvent de l’extrême compatibilité de ces sports en apparence si différents que sont le foot et le tennis. Et c’est vrai que pour une raison que là encore je ne m’explique pas, 95% des fans de tennis sont des fans de foot, moi le premier. Mais est-ce pour autant qu’on va chasser sur leurs plate-bandes, nous ? Non, bordel ! Alors pourquoi tous les footeux de la terre semblent-ils unis par cette envie de venir nous faire chier sur un terrain de tennis ? Combien de carrières brisées, de raquettes fracassées et de jurons prononcés pour une défaite indigne face à ces brocanteurs des (bas) fonds de court, ces chiffonniers de la 4ème série, 3ème pour les meilleurs d’entre eux ?
Non, vraiment, le foot fait tout pour nous gâcher la vie et nous détourner de notre passion première. Je sais pas vous mais moi, depuis le début de la Coupe du Monde, impossible de m’intéresser à la balle jaune. Eastbourne, le Queen’s, Birmingham et tous ces pique-nique sur herbe avant le festin de Wimbledon, je n’ai jamais réussi à me mettre dedans, captivé par un haletant Japon-Pologne ou un fascinant Egypte-Arabie Saoudite, deux matches déjà décisifs dans mon concours inter-potes de pronostics.
Et l’équipe de France de foot, en général, fait tout elle aussi pour faire de l’ombre à ses congénères. Quelle idée d’être championne du monde l’année où Tauziat atteint la finale de Wimbledon, le Graal de sa carrière ! Et Mauresmo, pourquoi donc est-elle allée conquérir le Temple au moment précis où Zizou s’acharnait à coup de boule sur Materazzi ? Tu vas voir que cette année, si les Bleus de la Dèche confirment ce qu’on a vu contre l’Argentine, notre Gaël Monfils national va taper Federer en quarts de finale sur le centre Court ! Dans l’anonymat le plus total, voire l’indifférence générale. Alors oui d’accord, si c’est ça le deal, je signe de suite. Mais encore une fois, le foot nous aura gâché la fête. Alors pas pitié, messieurs (dames) les footeux, cessez de venir vous égarer sur nos terrains de tennis. Vous avez trop de mental pour avoir une chance d’être un jour adoptés par notre confrérie.