Dans l’imaginaire collectif et surtout dans le cœur des avertis du sprint français, ces noms résonnent comme une référence, une plaque tournante de l’histoire de ce sport dont les plus jeunes devraient s’inspirer pour apprivoiser à nouveau les feux des projecteurs.
La pionnière par excellence, la gazelle intemporelle,
Osons le dire et n’ayons pas peur des superlatifs. Marie-José Pérec est certainement la plus grande sprinteuse de l’histoire de l’athlétisme français. Une renommée construite non sans ardeur, résilience et force de caractère. Celle que rien ne prédestinait à des fulgurances aussi singulières sur la piste, y est arrivée sur la pointe des pieds mais s’y est imposée avec des pas de sabots. Très vite, le triomphe et la culture de l’excellence deviendront un boost mais en même temps un poids.
« Elle était devenue mon alliée, ma grande amie, mon mari, mon amant, et d'un coup, elle est redevenue mon ennemie », déclare la championne olympique dans une de ces rares confessions. Aussi bien en terme de potentiel que de titres glanés, elle avait plusieurs temps d’avance. Nos mémoires gardent encore dans leur besace les images mémorables de Barcelone 92 et d’Atlanta 96. La guadeloupéenne y réalisera un retentissant doublé qui fit des émules même au-delà de l’Hexagone. Epiphomène pour certains, véritable prouesse pour d’autres; cet épisode constituera un déclic pour les générations qui viendront après et dont les racines ont leur source dans les Antilles. Encore aujourd’hui, Marie-José Pérec détient les records de France sur le 200m (21’’99), le 400m (48’’25), le 400m haies (53’’21) et le relai 4×100. A cette mirobolante moisson, il faut ajouter 03 médailles d’or aux Olympiades, 02 championnats du monde et 03 championnats d’Europe. Sur le tartan, la gazelle se déplaçait comme une artiste répétant ses gammes; ce qui a fait dire à certains spécialistes qu’elle avait l’une des plus belles foulées vues sur une piste d’athlétisme depuis les temps immémoriaux. Au firmament de sa gloire, elle avait fait de sa capacité à mettre un dernier coup d’accélérateur sur les 20 mètres une arme léthale. Résultat, son règne fut sans partage. Retraitée depuis plusieurs années, Pérec continue à s'investir dans le sport, notamment comme présidente de la Ligue d'athlétisme de Guadeloupe. Mieux, depuis que Paris a obtenu l'organisation des JO pour 2024, Marie-Jo a rejoint le comité d'organisation.
Christine Aaron, la finition dans l’ADN,
D’aucuns l’avaient surnommée la reine du finish parce que dans les derniers mètres qui préparent l’estrade pour la ligne d’arrivée, elle avait la recette pour aller puiser au fond de ses derniers retranchements la flamme salvatrice. Celle qui en l’espace de quelques secondes pouvait changer l’issue d’une course presque perdue. On se rappelle encore comme si c’était hier de ses deux lignes droites de Budapest en 1998 : une érudition, une masterclass que l’histoire révère encore aujourd’hui.
Rappel des faits.
Nous sommes le 22 août 1998. C’est l’heure du relai 4x100m. Aux côtés de ses coéquipières tricolores, Aaron se sentait investie. On la connaissait pour son sprint final mais personne ne pouvait s’imaginer le scénario du jour et surtout le tour de magie monumental de la coureuse guadeloupéenne. Le premier passage de témoin entre Katia Benth et Frédérique Bangué se déroule sans accros mais celui avec Sylviane Felix est beaucoup moins gai. Cette dernière accumule pas mal de retard au moment de passer le relai à Christine Aarron. Cette dernière compte alors plus de cinq mètres de retard sur la Russe Irina Privalova et l’Allemande Andrea Philipp. Autant dire qu’elles sont loin, loin devant. La sentence était dite. Penser les rattraper voire les dépasser relevait de la chimère. Mais foulée après foulée, la Française revient néanmoins sur ses adversaires. Trois mètres, deux mètres puis un, C.A coupe finalement la ligne d’arrivée en tête en 42.59. Jacques Piasenta, entraîneur de l’équipe de France, n’en revient pas, et pourtant la ‘’reine Christine’’ l’a fait.
Stupeur et ébahissement dans la foule. Un exploit dantesque, une prouesse pour l’histoire venait de s’écrire en majuscule.
Trois jours plus tôt, en individuel cette fois-là, la native d’Abymes s’était adjugée un record qui à ce jour est toujours sa chasse gardée. Le record d’Europe sur 100m avec un chrono de 10’’73, ce qui lui vaudra la même année le graal d’athlète européen de l’année. Dans la gibecière de celle qui a réussi sa reconversion en politique, on notera aussi deux médailles de bronze sur 100m et 200m aux mondiaux d’Helsinki en 2005. On n’oubliera pas non plus son titre mondial sur 4x100m à Paris en 2003 et le bronze olympique par équipe en 2004 à Athènes. En mars 2020, après une carrière reluisante de consultante à la télévision française, l'ancienne championne d'athlétisme a annoncé son soutien au candidat divers droite aux élections municipales de la ville de Champigny-sur-Marne, Laurent Jeanne. Celle dernière élue, Christine Aaron est devenue depuis juillet 2020 maire-adjointe divers droite de la commune du Val-de-Marne.
Muriel Hurtis, la reine du virage,
Pour Muriel Hurtis, le chemin de la gloire commence en 1998 à Annecy avec un titre mondial chez les juniors.
Puis vint 2002 où elle se pare du titre mondial à Vienne avant de s’emparer du titre européen en plein air à Munich. Un an plus tard, son ascension connaît un nouvel éclat : la médaille d’or sur le relai 4x100m aux championnats du monde de Paris-Saint-Denis. Au cours de la même édition, elle s’adjuge le bronze en individuel sur le 200m. Et après, plus rien. Longue traversée du désert. Sept bonnes années de disette où la native de Bondy essuie les contre-performances et échoue au pied de ses glorieuses aspirations de titres. En 2010, elle se réoriente, se donne un nouveau bréviaire en abandonnant le 200m pour lequel, elle aura tant donné.Cependant, il faudra attendre quatre ans avant d’en tâter les saillantes retombées.Pour les championnats d’Europe de la discipline, et pour ce qui sera sa dernière course sous le maillot tricolore ‘’Mumu’’ apprivoise l’or sur le 4x400m. Aujourd’hui, c’est en tant que communicante spécialisée dans le sport qu’elle s’illustre avec cette dextérité et cette spontanéité qu’elle a toujours communiquée autour d’elle.
Le sprint féminin français aujourd’hui est presque à des années-lumière de sa période faste. A la vérité, elle se trouve ankylosée dans une sorte de léthargie dont la porte de sortie peine encore à s’amonceller. Et pour cause, il n’y a pas ou plus de porte-voix, de tête de gondole, de figure de proue. Un vide de renouvellement des valeurs où devrait-on des esthètes qui laisse depuis quelques années déjà, la nation tricolore orpheline de titres majeurs dans les compétitions reines aussi bien au plan continental qu’au plan mondial. Agnès Raharolahy, Flora Guéï et autres Sounkamba Sylla savent désormais ce qui leur reste à faire.