Football

C’est quoi le jeu à la “Nantaise” ?

Culte et médiatisé dans les années 1990, le FC Nantes fait parler par son jeu, défini même d’ailleurs comme unique, un jeu “à la nantaise” par les journalistes. Ce jeu, en quoi consiste-t-il, qui en sont ses fondateurs et ont-ils été efficaces ? Retour sur une décennie de football canari.

Origines

Pour beaucoup, le jeu à la nantaise, c’est celui développé notamment par Reynald Denoueix lorsqu’en 2001, les Canaris, à la surprise générale deviennent champion de France devant l’Olympique Lyonnais et son armada qui prendra ensuite le titre les sept années suivantes. Mais le jeu à la nantaise possède des origines bien antérieures à commencer par les années 60. Le mythique José Arribas met en place une philosophie de jeu qui peut paraître vague mais avec des buts très précis. Le but est de favoriser au maximum le jeu collectif par de très nombreux déplacements, jouer sur la mobilité. Le jeu à la nantaise ne part en aucun cas d’une conception tactique, à l’inverse par exemple des mythiques révolutions du football comme le tika-taka par exemple. Il reste toutefois assez similaire à ce qui se développe dans les pays comme la Colombie et son mythique toque et ses successions de passes.

Cette tradition de la recherche d’une conscience de la puissance collective supérieure à la puissance individuelle va se transmettre au sein du club canari par Jean-Claude Suaudeau, entraîneur des Nantais de 1982 à 1988 et de 1991 à 1997. Point qui confirme que le jeu à la nantaise n’est pas né du sens tactique du jeu, la philosophie restera toujours la même, autour de la mobilité et de la recherche d’une unité collective, mais les moyens seront différents. Suaudeau explique d’ailleurs que lors de son premier passage à Nantes, les déplacements étaient réalisés de façon à faciliter n’importe quelle passe, tandis que lors de son deuxième passage en Loire-Atlantique, ayant moins de joueurs techniques, il rechercha un nombre de passes beaucoup plus réduit mais qui permettait de faire la différence, par les joueurs techniques utilisant bien plus les aptitudes physiques de son équipe notamment l’explosivité et la vitesse pour créer le danger en un minimum de passes.

Le mythe de la Jonelière

Ce n’est donc pas un hasard si le FC Nantes a renommé son mythique centre d’entraînement de la Jonelière par le nom de José Arribas, créateur de cette philosophie de jeu. Et cela prend tout son sens lorsque l’on sait que cette philosophie s’est vue renforcée à la Jonelière. En effet, dans le complexe de la Jonelière se trouvait ce qu’on appelle “la fosse”, un terrain très réduit entouré de murs. Les entraînements se sont multipliés dans cette fosse avec un objectif bien précis et répondant toujours à la recherche de la philosophie collective. Le but de jouer sur des petits terrains était de multiplier les contacts physiques et les jeux dans les espaces réduits afin à la fois de développer le joueur physiquement, mais aussi techniquement par sa manière de se libérer des petits espaces et à répéter beaucoup de courses très intenses dans un espace réduit, apportant toujours une solution de passes malgré l’espace. Voilà toute la clé de la philosophie, mais elle dépasse bien les séances de la fosse, bien que très utile car très lourdes et donc favorisant ensuite la répétition des efforts nombreux demandés lors des rencontres. Les entraînements sans ballon seront également nombreux afin de toujours travailler les déplacements mais surtout de les coordonner.

L’Ajax d’Amsterdam mythique notamment sous Johann Cruyff encore à l’heure actuelle utilise ce type d’exercice dès la formation pour avoir des joueurs capables de se sortir de situations très difficiles dans des espaces réduits. Cette formation est d’ailleurs l’une des sources de la réussite du club néerlandais lors de la Ligue des champions 2019 avec sa jeune génération formée par cette philosophie de jeu. Parce que le jeu à la Nantaise c’était également une capacité à former des joueurs puisque dans l’effectif champion de France en 2001, seuls 7 des 29 joueurs n’ont pas été formés au club et seulement un d’entre eux avait 28 ans. Jeunesse, formation et philosophie de jeu, c’est ça le jeu à la nantaise.

2001, l’odyssée nantaise

L’équipe championne de France en 2001 du FC Nantes, poussée par son centre de formation et sa jeunesse.

Le FC Nantes va faire chavirer de nombreux cœurs, et non pas à cause des coups de pagaie de Marama Vahirua, un des tout jeunes Nantais, 20 ans, qui deviendra une révélation avant d’avoir une jolie carrière en Ligue 1. Cette jeune équipe va proposer un jeu très rapide (1,49 touche de balle en moyenne avant une passe), multipliant les efforts, réduisant au maximum les touches de balle, afin de rapidement créer le déséquilibre. Une recette qui va faire mouche. 58 buts en 34 matchs.

Malgré un début de saison difficile, les Nantais montrent d’entrée leurs qualités face à Monaco avec une cinglante victoire 5 à 2 face aux champions en titre. Reynald Denoueix le sait, sa philosophie et les connexions doivent s’établir et au fur et à mesure, son équipe progressera. Chose réussie puisque les Canaris remporteront 9 de leurs 10 derniers matchs, avec un nul face à Lille qui terminera troisième. Une série qui marquera l’histoire du championnat et qui fera du jeu à la nantaise, une véritable légende du championnat de France.

Bonus : Nantes – OL du 16 février 2000, l’un des matchs les plus aboutis de l’histoire du “jeu à la nantaise”. 

Voilà donc l’histoire du jeu à la nantaise, qui a bercé des époques, marqué des enfances et qui continue de voyager à travers le temps par sa simplicité dans le jeu, mais sa beauté collective. 

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