Passionné de cyclisme ou simple spectateur du Tour de France, inconditionnel de la Flèche Wallonne ou observateur du Tour du Limousin, supporter de Peter Sagan ou de Jérôme Cousin, vous n’êtes pas sans savoir que la saison 2021 reprend très prochainement. Mais cette année, plus qu’en 2019 ou 2020, voici cinq bonnes raisons d’observer assidument le peloton, en bas de chez vous ou aux quatre coins du monde.

 

Julian Alaphilippe, l’or après l’arc-en-ciel

On s’en souvient comme si c’était hier : attaque au sommet de la Cima Gallisterna, mano à mano avec le gratin du cyclisme mondial, circuit automobile d’Imola, célébration triomphante au passage sur la ligne… La victoire de Julian Alaphilippe aux mondiaux, 23 ans après le dernier succès français, reste évidemment gravée comme un moment historique pour le cyclisme tricolore. Mais le petit puncheur Saint-Amandois n’a pas dit son dernier mot et, à 28 ans, s’attaque désormais aux Jeux Olympiques. En effet, repoussés d’un an en raison de la pandémie de Covid-19, les Jeux Olympiques ont bel et bien lieu cette année à Tokyo. L’occasion pour Alaphilippe d’effacer le douloureux souvenir des Jeux de 2016 à Rio, et une chute dans la descente de Vista Chinesa qui l’a privé de son premier grand titre en carrière.

Cette année, les JO se présentent donc comme l’un des objectifs principaux dans la saison de « Loulou ». Alors, arrivé à Tokyo avec l’étiquette de favori et accompagné par une superbe équipe de France, ce 24 juillet 2021 s’annonce radieux pour lui. La première partie du parcours est assez tranquille pour Julian Alaphilippe et ses coéquipiers, qui passent sans trop de problèmes les principales difficultés. Le peloton ne compte plus qu’une trentaine d’éléments, et quelques hommes tentent de s’échapper, sans grande réussite. Alors, comme il en a désormais l’habitude, c’est dans la dernière bosse du parcours, celle de Kagosaka, située à 22 kilomètres de l’arrivée, qu’Alaphilippe place une attaque décisive. Il parvient ainsi à surprendre les autres cadors, se retrouvant seul en tête. Les kilomètres passent, l’écart se maintient entre le Français et le peloton. De là à rêver de l’or olympique ?

Mais, quelques minutes plus tard, comme lors des mondiaux 2018 à Innsbrück (Autriche), la caméra accompagnant le Français se coupe brutalement. Deux minutes s’écoulent. Deux minutes qui s’écoulent comme des heures. Deux minutes de souffrance pour tout un peuple, pendant que de douloureux souvenirs refont surface. Puis, l’image nous parvient enfin, à quelques centaines de mètres de la ligne. Si l’on avait quitté l’homme de tête avec plus de 20 secondes d’avance, qu’en est-il à présent ? Aussitôt l’image revenue sur nos écrans, c’est bel et bien un homme en bleu que l’on peut apercevoir. Seul, les bras déjà levés au ciel, s’apprêtant à couper la ligne, Julian Alaphilippe laisse exploser sa joie. Il devient champion olympique de cyclisme sur route, une première pour un Français depuis 1948.

Julian Alaphilippe de nouveau victorieux avec l’équipe de France ? ©Getty Images

Nairo Quintana roi du Mont Ventoux

En novembre dernier, nous avons pu découvrir le parcours du Tour de France 2021. Un parcours pour le moins atypique, avec une 12e étape entre Sorgues et Malaucène qui s’annonce dantesque. En effet, les coureurs vont se confronter au mythique Mont Ventoux. Mais, petite subtilité cette année, à défaut de se satisfaire d’une seule ascension du Géant de Provence, le peloton aura droit à une double dose ! Non vous ne rêvez pas : deux ascensions du terrible Mont Ventoux sont au programme. De quoi faire peur au peloton, qui fait la grimace le matin au départ de Sorgues. Mais un homme a le sourire. Oui, un petit Colombien, habitué de ce fameux Mont Ventoux, apprécie le fait de retrouver ces pentes, qui plus est à deux reprises dans la même journée.

Vainqueur au sommet de cette même ascension sur le 3 et 2016. Et, si ces deux précédentes sorties ne lui avaient pas particulièrement souri, nul doute qu’il a de nouveau coché cette étape. Avec un léger esprit de revanche ? Tandis que la première partie de l’étape se déroule sans grands mouvements du côté des favoris, c’est lors de la deuxième ascension du Mont Ventoux que les choses s’accélèrent. Les échappés ont été rattrapés et Quintana, avec Warren Barguil à ses côtés, reste au chaud dans le groupe des favoris. Celui-ci est maintenant composé d’une dizaine d’éléments. La sélection se fait donc par l’arrière. Un à un, plusieurs coureurs sont lâchés, jusqu’à la première offensive. Et cette offensive est l’œuvre d’un habitué des lieux, auteur d’une véritable démonstration en 2013, qui n’est autre que Christopher Froome. Le leader de l’équipe Israël Start-Up Nation passe à l’attaque et parvient à distancer les Roglič, Pogačar et autres Bernal.

Seul un homme s’accroche dans sa roue. En effet, Nairo Quintana a parfaitement suivi l’accélération du Britannique ! Les deux hommes creusent l’écart et se rapprochent peu à peu du sommet. Il ne reste qu’un peu plus d’un kilomètre, quand l’un des deux place une attaque décisive. Quintana, le maillot rouge et noir grand ouvert, semble s’envoler pendant que Froome est scotché sur sa selle, incapable de réagir. Le Colombien est inarrêtable, tandis que le Britannique perd mètre après mètre, impuissant. Nairo Quintana, qui maintient un rythme infernal, peut apercevoir la ligne d’arrivée. Seul au monde, il ferme son maillot avant de lever les bras et fondre en larmes. Nul doute que ce mercredi 7 juillet 2021 restera gravé dans sa mémoire. En plus de cette victoire de prestige, le Colombien s’apprête à endosser son tout premier maillot jaune sur le Tour de France, pendant que tout un peuple exulte sur le bord des routes.

Enfin l’heure de gloire pour Nairo Quintana ? ©Getty Images

Mark Cavendish, les adieux d'une légende

Quelques jours plus tard, Nairo Quintana remporte son tout premier Tour de France, après avoir résisté aux attaques incessantes de ses adversaires. Nous sommes le dimanche 18 juillet 2021 et le peloton est à Chatou, au départ de l’ultime étape de cette Grande Boucle. Rien ne devrait donc empêcher Quintana d’arriver en jaune sur les Champs-Elysées, tandis que les sprinteurs ont évidemment tous en tête cette arrivée et le sprint massif qui les attend. Si les Sagan, Ewan, Démare ou Van Aert sont tous bien présents, un coureur en particulier attire l’attention avant cette ultime étape. A 36 ans, et après quelques années compliquées, Mark Cavendish est au départ de la dernière course de sa carrière. Cette fois, il l’a annoncé la veille, l’homme aux 30 victoires sur le Tour de France posera définitivement pied à terre au terme de cette 21e étape.

Après être déjà passé proche d’une retraite forcée en fin de saison dernière, le Britannique avait finalement retrouvé l’équipe Deceuninck-Quick Step pour un contrat d’un an. Et « le Cav’ » a cette fois choisi. Il a choisi le lieu et le jour qu’il souhaitait pour mettre un terme à sa très belle carrière. Ce sera donc après un dernier passage sur les Champs-Elysées, où il a si souvent triomphé. Serein, souriant, l’ancien champion du monde semble particulièrement détendu aux côtés de ses coéquipiers sur la ligne de départ. En interview d’avant-course, il dit vouloir se battre avec les meilleurs aujourd’hui, ne pensant pas encore à sa retraite.

Les coureurs prennent donc le départ, pour une première partie d’étape qui s’annonce très calme. Une échappée tente de se former et prend quelques minutes d’avance, mais se laisse rejoindre avant d’entrer dans Paris. Les choses commencent donc à s’accélérer alors qu’il ne reste que trois tours de circuit à couvrir. Les trains des différents sprinteurs se mettent en place. Mark Cavendish et ses coéquipiers sont pour le moment un peu plus en retrait, attendant sans doute les derniers hectomètres pour se découvrir. La Bora-Hansgrohe de Peter Sagan emmène le peloton, tandis que l’on s’approche déjà des deux derniers tours. Les équipes Groupama-FDJ, Cofidis et Jumbo-Visma tentent également de se replacer aux avant-postes.

Le dernier tour arrive, et l’on voit apparaître les maillots bleus de l’équipe Deceuninck-Quick Step. Cette dernière semble bien organisée, et emmène Mark Cavendish sur un plateau à l’approche de l’emballage final. Il reste moins de 300 mètres quand Peter Sagan lance son sprint sur la gauche de la route, suivi de près par Arnaud Démare. Wout Van Aert produit son effort et dépasse les deux hommes sur leur droite. Le Belge est désormais à quelques mètres de s’offrir une superbe victoire sur la plus belle avenue du monde. C’est à ce moment qu’un homme que l’on n’attendait plus, collé dans la roue de Van Aert, semble transcendé et se décale légèrement à gauche, pour occuper le milieu de la route. Mark Cavendish, dans un dernier effort, fait parler toute sa puissance et semble voler sur les pavés parisiens. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, Cavendish revient à hauteur de Van Aert. Les deux hommes jettent leurs dernières forces et leur vélo en franchissant la ligne d’arrivée.

Impossible de dire à l’œil nu lequel des deux coureurs remporte cette dernière étape du Tour. Cavendish et Van Aert semblent terminer dans une égalité parfaite, quand la photo finish apparaît. Pour à peine 10 millimètres, et pour la toute dernière course de sa carrière, Mark Cavendish décroche une 31e victoire sur la Grande Boucle. Alors oui, le Britannique ne bat pas le record du nombre de victoires sur le Tour de France, toujours détenu par Eddy Merckx (34 victoires), mais qu’importe. Ses coéquipiers lui tombent dans les bras, tandis qu’il ne peut retenir ses larmes. Mark Cavendish est officiellement retraité, et s’en va sur un dernier triomphe. La marque des légendes.

Dernier triomphe pour Mark Cavendish ? ©Eurosport

Thibaut Pinot, sur les traces de Laurent Jalabert

En 2021, le parcours du Tour de France présentant un profil moins montagneux que les années précédentes, Thibaut Pinot a préféré ne pas y prendre part. Laissant le soin à Arnaud Démare d’aller gagner quelques étapes sur la Grande Boucle, le Franc-Comtois a donc fait le choix des routes espagnoles de la Vuelta. Revanchards après plusieurs années sans réussite sur les Grands Tours, Pinot met toutes les chances de son côté afin d’espérer un bon résultat au classement général. Avec une équipe construite autour de lui, le Français se prépare du mieux possible pour cet événement de fin de saison.

Tout au long de cette Vuelta, Pinot se montre au même niveau que ses concurrents et réalise des performances très correctes en contre-la-montre. Nous sommes à l’avant-dernière étape, et celle-ci promet une belle bagarre pour le classement général. Si Primož Roglič occupe la tête de ce classement depuis la fin de la première semaine, Pinot est en embuscade, troisième à seulement vingt secondes. Rien n’est joué donc, avec un classement très serré et cinq coureurs qui se tiennent en une minute. Aucun n’ayant réussi à faire la différence en trois semaines de course.

Cette ultime étape de montagne, avant l’arrivée finale le lendemain à Saint-Jacques-de-Compostelle, promet donc d’être très animée. Si rien, ou presque, ne bouge dans la première partie de la journée, les différentes équipes de favoris commencent à s’agiter à l’approche de la dernière difficulté. C’est au sommet de celle-ci, longue de plus de dix kilomètres, que le futur vainqueur de la Vuelta devrait être connu. Les équipes Ineos et Jumbo-Visma s’activent en tête de peloton. De son côté, Thibaut Pinot peut encore compter sur David Gaudu et Sebastien Reichenbach pour l’épauler. Le Suisse s’écarte, tandis que le duo Pinot-Gaudu se replace maintenant en tête de peloton. Le rythme semble s’accentuer peu à peu, sous l’impulsion du jeune coureur breton. Dans les autres formations, on se contente d’observer les manœuvres des hommes de Marc Madiot.

Alors David Gaudu accélère encore, avec toujours Pinot dans sa roue. Et derrière ? Personne ! Aucun des favoris n’a pu se glisser dans la roue de Pinot, emmené par Gaudu ! Le duo s’en va, mètre après mètre, sans grande résistance de la part des autres cadors. Certains, à l’image de Geraint Thomas, tentent de réagir mais ne parviennent pas à revenir. Alors qu’il reste maintenant moins de cinq kilomètres à parcourir, l’avance est d’une dizaine de secondes pour le duo Pinot-Gaudu. Un écart encore trop faible pour que Pinot remporte la Vuelta. Mais, quelques mètres plus loin, il prend son destin en main. David Gaudu s’écarte et, dans un dernier cri d’encouragement, laisse son leader s’envoler vers les sommets. Pinot accélère, comme transcendé par l’ampleur de ce qu’il est en train de réaliser. Derrière, les favoris ne reviendront certainement pas, mais essaient de limiter un écart grandissant. Thibaut Pinot avale les derniers hectomètres d’ascension, bouche grande ouverte, sans compter ses efforts. Plus que quelques mètres avant la ligne, et l’on a l’impression que le Français accélère encore ! C’est fait, Thibaut Pinot vient de passer la ligne d’arrivée et remporte cette étape !

A bout de souffle, il manque de s’écrouler. Rattrapé in-extremis par des membres de son équipe, Pinot reprend ses esprits. Pendant ce temps, les premiers poursuivants sont à quelques mètres de la ligne. Les secondes s’égrènent, quand Marc Madiot fait irruption dans l’aire d’arrivée et se jette dans les bras de Thibaut Pinot. Toute l’équipe Groupama-FDJ est aux anges, toute la France du cyclisme est en liesse. Vingt-sept secondes viennent de s’écouler, et Primož Roglič passe tout juste la ligne d’arrivée. Le lendemain, dimanche 5 septembre 2021, Thibaut Pinot devrait donc rallier Saint-Jacques-de-Compostelle en rouge et remporter la Vuelta. Après les échecs et les doutes le concernant, il succède enfin à Laurent Jalabert, dernier vainqueur français d’un Grand Tour en 1995.

Thibaut Pinot enfin au sommet ? ©AFP – Anne-Christine POUJOULAT

Peter Sagan maître des pavés

En 2020, l’épidémie de Covid-19 nous a privé du Monument qu’est Paris-Roubaix. Heureusement cette année, même si l’épidémie sévit toujours en France, « l’enfer du Nord » est de retour. Nous sommes le dimanche 11 avril 2021 et, malgré une présence de spectateurs limitée, bon nombre de coureurs sont prêts à en découdre. De Philippe Gilbert, vainqueur en 2019, à Peter Sagan, en passant par Greg Van Avermaet, Zdeněk Štybar ou Wout Van Aert. Tous s’apprêtent à retrouver les pavés et tenter de remporter la « Reine des classiques ».

Avant même les premières grandes manœuvres, le début de course est très mouvementé. La pluie entraîne de nombreuses chutes, et ainsi quelques abandons. Les conditions humides ne rendent pas la tâche facile aux coureurs et en inquiètent certains à l’approche des pavés. C’est justement avant d’arriver sur le premier secteur pavé que le peloton accélère. A l’avant, les hommes de tête comptent un peu moins de sept minutes d’avance. Le peloton se morcèle, tandis que la pluie ne cesse toujours pas et rend les conditions de plus en plus difficiles. Au cours de cette division du peloton en plusieurs groupes, certains favoris sont piégés. Philippe Gilbert, ralenti par une chute, en fait partie.

Dans la Trouée d’Arenberg, quelques coureurs, parmi lesquels on retrouve Greg Van Avermaet, tentent de s’échapper. Ils prennent quelques secondes d’avance, mais sont rapidement repris. Une nouvelle chute secoue le peloton, tandis que Van Avermaet retente sa chance à moins de 50 kilomètres de l’arrivée. Il est cette fois accompagné par Oliver Naesen et Mathieu van der Poel. Le trio accentue son avance, qui dépasse d’ailleurs la minute à 30 kilomètres de l’arrivée. Peter Sagan semble en difficulté à l’arrière du peloton, sans doute victime d’un ennui mécanique. Le Slovaque perd le contact, mais parvient à recoller avec l’aide d’un équipier. A l’avant de ce même peloton, plusieurs coureurs s’organisent afin de poursuivre efficacement le trio de tête. Ainsi, l’écart diminue peu à peu, alors que l’on s’approche des 20 derniers kilomètres.

Le peloton rattrape finalement les trois fuyards avant d’entrer dans le secteur du Carrefour de l’Arbre. Quelques attaques sont entreprises, mais aucune ne fait la différence. C’est donc un groupe d’une dizaine de coureurs qui arrive à l’entrée du dernier secteur pavé, quand un homme met tout le monde d’accord. Peter Sagan, déjà vainqueur en 2018, passe à l’offensive. Le reste du groupe semble incapable de réagir et l’écart se fait de plus en plus conséquent. Sagan est parti, et personne ne le reverra. Il remporte donc son deuxième Paris-Roubaix, se permettant même un dernier tour de vélodrome en wheeling.

Peter Sagan en route vers un deuxième Paris-Roubaix ? ©Eurosport

Nous voici arrivés au terme de ces différentes projections. Vont-elles devenir réalité, ou rester de l’ordre du fantasme ? Un seul moyen de le savoir, une seule bonne résolution : suivre de près cette nouvelle saison. Pour cela, la rédaction cyclisme de We Sport vous accompagnera et vous fera vivre cette année 2021 au plus près du peloton. Pour qu’ensemble, nous partagions notre passion.

 

Crédits photo en Une : Eurosport