Basketball

Comment gérer le cas Kyrie Irving?

Enfin ! Après 201 jours sans jouer au basket, Kyrie Irving a effectué son retour mercredi avec son équipe, les Nets de Brooklyn. Mis au placard par sa franchise, du fait de sa volonté de ne pas se faire vacciner, et donc de ne pas pouvoir jouer dans certains états, il n'avait toujours pas débuté sa saison. Mais le Covid a finalement “souri” à Irving. Pourtant privé de basket à cause du virus, c'est grâce au nombre exponentiel de cas dans l'effectif que le board a décidé de le réintégrer. L'ancien Cavalier, plutôt en jambe, n'a pas donné l'impression d'être affecté outre mesure par sa mise à l'écart sanitaire depuis le début de saison. Mais à court et moyen terme, cette solution est-elle viable? 

Une reprise pleine d'entrain 

Il n'a pas donné l'impression d'avoir coupé pendant près de huit mois. Face aux Pacers, son retour victorieux s'est ponctué par une très belle performance individuelle, en atteste ses stats : 22pts à 9/17 au shoot, 3rbds, 4asts, 3stls. Légèrement emprunté en début de match, il est monté en régime au fur et à mesure de la rencontre, donnant l'impression de n'avoir jamais arrêté de jouer. S'il s'est bien entendu entretenu, on aurait pu imaginer que son retour à la compétition soit plus délicat. Surtout, il a eu l'intelligence de ne pas forcer son jeu, par envie de vouloir prouver, se prouver quoi que ce soit. On aurait pu penser à un joueur revanchard, blacklisté par les siens. Il a réagi de fort belle manière. Il a d'ailleurs pris le temps de réfléchir, comme il l'a indiqué: “J'ai pris du recul, réfléchir et essayer de ne pas m'attacher trop émotionnellement à ce qu'ils avaient décidé de faire. Je devais vraiment considérer leur point de vue, à savoir celui du club et de mes coéquipiers. Je respecte cette décision”. Et c'est tant mieux, tant on connait la faculté du bougre à se mettre dans l'embarras en faisant parler de lui, pas forcément pour les bonnes raisons.

Des règles strictes dans certaines villes

Malheureusement, le platiste n'aura pas l'occasion de faire étalage de ses qualités tout au long de la saison. En effet, dans certaines villes Américaines et Canadiennes, il faut être vacciné pour avoir accès aux enceintes sportives. Et aucune dérogation n'est possible. Pas de pass droit (coucou Novak), la preuve d'une infection par le virus n'entrant pas non plus en vigueur. Piqûre, rien que piqûre! Irving, toujours réticent à l'idée de s'injecter deux petites doses dans son gros bras musclé, sera donc privé de pas mal de rencontres… dont toutes celles à domicile ! En effet, les autorités New-Yorkaises requièrent le pass vaccinal pour entrer au Barclays Center, tout comme au Madison Square Garden. C'est également le cas à Los Angeles, San Francisco et Toronto, qui interdit même les spectateurs à l'heure actuelle. Le meneur va donc voir ses matchs échelonnés, en ayant que trop rarement l'occasion d'enchaîner. En effet, il ne pourra, au mieux, disputer que 27 des 45 matchs restant. En attendant de voir les adversaires des Nets en playoffs.

Quid des playoffs? 

Un premier tour contre les Raptors, sorti du play-in. Un second face à l'ennemi New-Yorkais. Une finale face aux Lakers ou aux Warriors. Au mieux donc, 4 matchs disputés sur l'ensemble des playoffs. Ce n'est évidemment que fantaisie, mais il existe un scénario où les Nets pourraient devoir se passer de leur meneur vedette pour la quasi totalité de la post-season. Une chose est certaine. Il ne fera, quoi qu'il arrive, aucun match à domicile. A moins que d'ici là, l'état de New-York ne revoit sa politique, ce qui semble très peu probable à la vue de la recrudescence des cas due au variant Omicron. Alors, si en plus, Brooklyn affronte des équipes dans des villes où Uncle Drew n'a pas le droit de pratiquer, cela peut laisser perplexe quant à son utilisation. Et puis, les matchs de playoffs sont souvent des matchs couperets, qu'il faut être en mesure de préparer, d'analyser, où rien n'est laissé au hasard. Comment, dans ces cas-là, intégrer un joueur dont on ne sait pas s'il pourra disputer un éventuel Game five, six ou seven? Beaucoup de questions auxquelles il est impossible de répondre à l'heure actuelle.

Un chamboulement trop important ? 

Il n'est évidemment pas question de remettre en doute les qualités du joueur. Mais comment faire pour son équipe, pour s'adapter en permanence à ses allers-retours au sein de l'effectif? On parle en effet d'un joueur majeur du roster, qui implique une façon de jouer, et donc l'ensemble du groupe, y compris les deux autres stars James Harden et Kevin Durant, doivent s'en accommoder. Irving, qui a obtenu le droit de s'entraîner au centre d'entraînement de la franchise, le  HSS Training Center (considéré comme un lieu privé), peut donc, au moins, peaufiner ses automatismes. Si cela ne devrait pas poser trop de problèmes lors de la saison régulière, comment imaginer, en finale de conférence ou même en finale NBA par exemple, un Kyrie Irving jouant une fois sur deux ? S'il est indéniable que son apport paraît nécessaire pour que Brooklyn décroche une bague, le fait de le voir entrer et sortir en permanence de la rotation aura un impact sur le reste de l'effectif. Et s'il y a échec? Qui en subira les conséquences ? Lui, pour ne pas être vacciné? Les deux autres stars pour n'avoir pas été capables de s'adapter ? Son coach qui n'aura pas su ajuster ses plans de jeu? Beaucoup de questions restent en suspens, et risquent de le rester encore un bout de temps… sans doute jusqu'à la fin de saison.

Pour autant, ses coéquipiers et son coach ne veulent pas l'obliger à quoi que ce soit, bien qu'il aimerait l'avoir à temps plein. “Je lui ai dit à quel point il est important, à quel point je veux qu'il joue, qu'il joue tous les matches. Mais je ne vais pas forcer quelqu'un à se faire vacciner, ce n'est pas mon truc. Pour qu'il puisse jouer au basket ? Non, je ne suis pas prêt à faire ça. Nous avons eu des conversations sur le fait que nous voulions qu'il fasse partie de l'équipe et qu'il soit là à plein temps, mais c'est à lui de décider. Quelle que soit la décision qu'il veut prendre, il va la prendre. C'est à nous d'être professionnels quoi qu'il arrive, et de faire notre travail” a déclaré Durant. James Harden lui a carrément déclaré sa flamme: “Nous savons tous à quel point Kyrie est un talent spécial. Ce qu’il représente pour cette organisation et notre équipe. Le fait d’être près de lui, même si ce n’est que pour les matchs sur la route, va être énorme pour nous. Évidemment, ça rend notre travail à tous beaucoup plus facile. Mais surtout, ça nous manque de l’avoir près de nous…”

Il ne faudrait pourtant pas grand-chose pour que les choses reviennent à la normale pour les Nets. Si chacun reste libre de ses convictions, il est évident que Kyrie Irving faciliterait la tâche de sa franchise en acceptant de se faire vacciner, comme 99% des joueurs NBA. En attendant, il va falloir jongler avec sa présence et son interdiction de certaines salles NBA. Steve Nash devrait réussir à s'en sortir d'ici la fin de la saison régulière. Mais attention, le vrai révélateur arrivera lors de la post-season.. et à l'heure actuelle, elle semble bien floue. 


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