Professionnel depuis ses 16 ans, Cristian Garín fait aujourd’hui office de valeur sûre sur le circuit ATP. Pourtant, ce terrien affirmé tarde à performer dans les matchs et tournois qui comptent. Cette année, le Chilien compte bien faire bouger les choses. Rendez-vous pris à 11h face à Stéfanos Tsitsipás.
La semaine dernière, la nouvelle a bousculé le calme plat qui règne actuellement sur le circuit ATP. Toni Nadal est le nouvel entraîneur de Félix Auger-Aliassime. La collaboration est aussi alléchante qu’inattendue à quelques jours du début du Master 1000 de Monte-Carlo. Oncle et entraîneur iconique de Rafael Nadal durant de nombreuses années, Toni Nadal tentera de vaincre le « blocage mental » auquel fait face son nouveau protégé depuis plusieurs mois.
Associé pour la première fois sur le Rocher, le tandem FAA-Toni Nadal mêlant fougue et expérience suscite une petite hype chez les quelques observateurs chanceux présents sur place. Déjà, on se demande quelles peuvent être les ambitions de Félix sur terre battue cette saison. La patte Toni Nadal va-t-elle se faire ressentir tout de suite ? La réponse est non. Cristian Garín en a décidé autrement. 7/6, 6/1. Le séjour monégasque de Félix Auger-Aliassime n’aura finalement été que de courte durée. Face au Chilien, le Canadien démarre pourtant de fort belle manière. La balle sort bien de sa raquette, les déplacements sont bons, la première balle au rendez-vous. Oui mais, alors que le natif de Montréal sert pour porter son avantage à 5/2 dans la première manche, la pluie fait son apparition. Le match est interrompu puis reporté au lendemain. Au moment de reprendre, FAA est moins tranchant. Pire, quelques signes de fébrilité apparaissent. D’abord rejoint, le Canadien est pris à la gorge par son adversaire dans le jeu décisif. En face, Cristian Garín ne tremble pas au moment de conclure (7/6). Le second set est une formalité (6/1). Toni Nadal a du pain sur la planche.
Enfin le tour de Cristian Garín ?
Bien que plus âgé que son homologue, Cristian Garín demeure un espoir du circuit. S’il culmine déjà à la 24e place du classement ATP, à 24 ans, le Chilien connaît lui aussi certains maux lorsque le niveau s’élève. Au rayon de ses faits d’armes en Grand Chelem ou Masters 1000, pas grand-chose à se mettre sous la dent. Pourtant, sa présence sur le circuit ne date pas d’hier. C’est en 2013 que tout débute pour Cristian Garín. À seulement seize ans et alors qu’il vient de passer professionnel, ce spécialiste de terre battue s’offre le Serbe Dusan Lajovic au premier tour de l’ATP 250 de Viña del Mar, chez lui, au Chili. Cette victoire significative le fait entrer dans le cercle fermé des joueurs à avoir gagné leur premier match en tournoi ATP à seize ans ou moins. Avant lui, seuls Rafael Nadal, Richard Gasquet, Ryan Harrison et Bernard Tomic pouvaient se targuer de l’exploit.
Fulgurante, l’ascension du natif de Santiago se poursuit à Roland-Garros. Porte d’Auteuil, il s’impose dans le tournoi junior et suit les traces de Stan Wawrinka, Gaël Monfils ou encore Marin Cilic. Déjà, son lourd coup droit de terrien et sa qualité de déplacement laissent penser à un futur radieux sur l’ocre.

Pourtant, les choses se tassent, les années passent. Cinq ans plus tard, toujours sur le circuit challenger, Cristian Garín n'a pas vraiment avancé. N’est-il qu’un pétard mouillé ? Le déclic intervient à l'été 2018. Cristian Garín fait la rencontre de celui qui sera son entraîneur jusqu'en octobre 2020, Andrés Schneiter. Ce dernier avoue avoir récupéré, au début de leur collaboration en septembre 2018, un joueur en grande difficulté : « Il avait six kilos de plus que la normale et il n'avait plus d'ordre dans sa tête. C'était trop de pression pour lui, tout le monde attendait tellement de lui. Il n'arrivait pas à la canaliser lorsqu'il jouait, il voulait tout faire parfaitement ». La deuxième détonation a lieu fin 2018. Sur le circuit challenger, le jeune chilien gagne consécutivement à Campinas, St Domingue puis Lima. Une belle série de quinze victoires consécutives qui le propulse, à 22 ans, sur le circuit principal. Finaliste à São Paulo puis vainqueur à Houston et à Munich, le disciple de Marcelo Rios n’est pas là en touriste. En Bavière, en plus de s’offrir Diego Schwartzman et Matteo Berrettini, Cristian Garín fait tomber son premier top 10 en la personne d’Alexander Zverev. De quoi terminer la saison au 33e rang mondial ! Sans grande surprise, en bon sud-américain qu’il est, c’est sur terre battue que Crisitan Garín est le plus à l’aise. Cela ne l’empêche pas de terminer sa folle année 2019 par quart de finale à Paris Bercy. Pour l’anecdote, dans la capitale, il parvient enfin à battre la bête noire de sa jeune carrière, Jérémy Chardy. En février 2016, c’est le palois qui avait infligé sa première défaite sur le circuit ATP au gamin à Viña Del Mar.
Pour Cristian Garín, 2020 doit être l’année de la confirmation. Le Chilien est désormais attendu dans les tournois qui comptent. À Melbourne, le protégé de Franco Davin est impuissant face à la force de frappe de Milos Raonic. Pas le temps de tergiverser, le voilà chez lui en Amérique du Sud, sur terre battue. Dans son élément, Cristian Garín réalise un mois de février de grande qualité. Vainqueur à Cordoba après une performance de haut-vol face au local Diego Schwartzman en finale, Cristian Garín surfe sur la dynamique et décroche son quatrième titre en carrière à Rio de Janeiro.
Au pire moment pour lui, le Covid fait son apparition. Pas de saison sur terre battue et une reprise difficile en septembre. Hormis une demi-finale à Hambourg, la fin de saison est laborieuse pour le Chilien. Sorti au deuxième tour de l’US Open par le fantasque kazakh Mikhail Kukushkin, il ne parvient pas à redresser la barre sur terre battue. Écarté dès son entrée en lice à Rome, Cristian Garín n’est pas au top et est très vite mis en difficulté à Roland Garros. À Paris, s’il se défait non sans difficulté du vieillissant Philip Kohlschreiber puis du jeune Marc Polmans, cela ne suffit pas face à Karen Khachanov au troisième tour. Après une dernière sortie ratée à Vienne, le Chilien met fin à sa saison. Dans sa tête, l'objectif est clair : se préparer plus que jamais pour faire très mal en 2021.
Contre les gros, ça coince encore
À 24 ans, Cristian Garín n’a battu qu’un seul membre du top 10 (Alexander Zverev en quarts de finale à Munich en 2019). La statistique est révélatrice. S’il compte également plusieurs victoires contre Diego Schwartzman ou face à Matteo Berrettini, ces deux-là n’étaient pas encore installés parmi le gratin du tennis mondial au moment où il les a battus. Au-delà du top 10, c’est désormais en Masters 1000 et à Roland-Garros que l’on attend Cristian Garín. Une autre paire de manches, certes, mais s’il veut entrer dans la cour des grands, le Chilien devra passer par là. Devenir un adversaire redouté pour n’importe quel joueur ou presque sur ocre, tel est l’enjeu de sa saison 2021. Nul doute que pour y parvenir, le vainqueur du tournoi de Santiago le 14 mars dernier devra battre plusieurs membres du top 10 à Monte-Carlo, Madrid, Rome ou encore Roland-Garros. Cela commencera dès aujourd'hui sur le Rocher. Après s’être défait de Félix Auger-Aliassime puis de John Millman sans grandes difficultés lors des deux premiers tours, le Chilien devra faire tomber Stéfanos Tsitsipás pour rallier les quarts de finale.
Crédits image en une : La Pelotita