Il ne lui en manquait que deux, mardi soir, en arrivant au Madison Square Garden, la Mecque du Basketball, là ou tout a commencé, un soir de février 2013, là où il rêvait secrètement d'atterrir au soir de sa draft en 2009. Il n'aura même pas mis 5 minutes. Avec 2972 paniers primés marqués au cours de sa carrière, Stephen Curry était en mission pour dépasser Ray Allen et devenir seul, meilleur marqueur à 3pts de l'histoire de la NBA. Le suspens n'aura été que de courte durée, et les fans des Knicks (mais aussi des Warriors) ont pu profiter, admirer. Curry est désormais seul, tout en haut de ce classement des meilleurs marqueurs longue distance. Seul, meilleur shooteur de l'histoire du basket. Une légende vivante.
4min 25s, voilà le temps qu'il aura fallu à Steph Curry pour faire tomber, enfin ce record de tirs à 3pts.En sortie d'écran, comme il en a pris l'habitude, le fils de Dell, présent dans les travées a alors envoyé une banderille, en déséquilibre. Le temps s'est arrêté, l'espace d'une seconde ou deux. Les 20789 chanceux présents ont pu exulter. Les Warriors ont alors pris un temps mort, le temps de saluer la performance. Le temps pour le chef, de recevoir une standing ovation du MSG, de ses coéquipiers, son staff, et chacune des légendes et personnalités présentes ce soir-là, y compris le battu du soir, Ray Allen ainsi que Reggie Miller, dernier membre du “Big Three” du shoot à 3pts. Et voilà Curry, 33 ans, entré encore un petit peu plus dans la légende de son sport.
Souvent critiqué…
Pourtant, rien n'aura été simple pour “the baby faced assassin”. Trop frêle durant sa jeunesse, il s'en est beaucoup remis à son shoot. Trop, selon certains experts. Et puis, il a très vite été catalogué comme un shooteur uniquement, incapable de faire jouer son équipe, lui qui évolue meneur. Pour preuve, il n'a été choisi qu'en 7ème position de la draft 2009, derrière 3 autres meneurs: Tyreke Evans, Ricky Rubio et Jonny Flynn.
Et, la goutte d'eau qui a fait déborder le vase, sa cheville très fragile a été un énorme frein à sa progression, au début de sa carrière. Mais Curry s'est toujours réfugié dans le travail, n'a jamais dit un mot plus haut que l'autre, s'est nourri de toutes ces attaques. Pas toujours pris au sérieux, il s'est efforcé de faire évoluer son jeu pour punir, pour appuyer là où ça fait mal. L'instinct de tueur qui habitait des joueurs comme Jordan, Kobe est alors né en Curry. S'il dégage une impression d'innocence, en son for intérieur, il a toujours voulu écraser tout ce qui se dressait sur son passage. Petit à petit, il a gagné ses galons de joueur star de la ligue, avec autour de lui une vraie meute de loups affamés, et totalement dévoués à sa cause. Car si certains en doutaient, toute sa franchise l'a très vite compris: Curry est un vrai bijou, qu'il va falloir polir. Et bien leur en a pris: avec la draft de Draymond Green, Klay Thompson puis quelques années plus tard d'Harrison Barnes, les Warriors ont remporté 3 titres en 4 ans, échouant seulement en finale en 2015. Dans ce laps de temps, l'ancien des Wildcats de Davinson a été élu deux fois MVP, dont une fois à l'unanimité, chose inédite. Rien que cela.
..Toujours adoubé
De franchise délaissée, moquée, les Warriors de Golden State sont alors devenus l'équipe en vogue du moment, des milliers de fans sont apparus aux quatre coins des Etats-Unis, si bien que les Dubs ont pris l'habitude de jouer “à domicile” dans bon nombre de salles où ils se rendent. Et le chouchou porte évidemment le numéro 30. Partout, les maillots bleus, blancs et jaunes frappés de son nom fleurissent. La franchise d'Oakland, et plus spécialement Curry ont apporté un vent de fraîcheur à la NBA. Et forcément, quand les victoires commencent à s'enchaîner, cela attire l'œil. Les quatre finales consécutives entre 2015 et 2018 y ont grandement contribué, mais voir Curry réaliser, soir après soir, des prouesses insensées, ont apporté la lumière sur une franchise dont il était tout simplement impossible de voir les matchs, non retransmis faute d'audience et d'engouement, au début des années 2000. Ces prouesses, ce sont notamment ses shoots, longue, très longue distance dont raffole les Américains, friands de statistiques. Et les statistiques, Curry n'a de cesse de les faire gonfler à chaque match.
Un révolutionnaire
Car il ne lui aura fallu que 789 matchs pour atteindre cette barre des 2972 paniers longue distance. Soit 511 de moins qu'Allen.. Le chantier que peut, que va, réaliser Curry risque d'être énorme. Le “chef” évolue avec son temps.. ou son temps a évolué avec lui. Véritable artilleur, il n'hésite pas à prendre 10,12 ou 15 shoots à trois points lors d'un même match, là où, avant son arrivée au sein de la ligue, les équipes entières en prenaient 18 en moyenne. Il n'a plus de distance, et est capable de shooter de n'importe où, du logo s'il le faut (demander donc aux fans du Thunder). Steve Kerr a été le véritable fer de lance de cette évolution, mettant le meilleur shooteur de l'histoire dans des conditions propices: une équipe “small-ball”, écartant le jeu au maximum, donnant de l'espace à Curry, capable de driver comme de shooter du parking. Ce jeu fait de mobilité, d'écran et de spacing permet à merveille au natif d'Akron de mettre en avant ses qualités. Il n'y a qu'à regarder ses déplacements, sa faculté à se balader, zigzaguer entre tous ses adversaires et tirer en catch and shoot pour se rendre compte du délice auquel nous assistons à chacune de ses représentations: ce joueur est capable de tout faire. Le pire, c'est qu'il donne l'impression de ne pas forcer, bien qu'il était temps que ce record tombe, tant Curry donnait l'impression de vouloir le décrocher au plus vite. Libérer de ce “poids”, il va pouvoir jouer relâché, et continuer d'être celui qu'il est depuis le début de saison: un MVP en puissance. Clairement en course pour le trophée de meilleur joueur de la saison, il va pouvoir s'appuyer sur son splash brother, Klay Thompson, de retour d'ici une semaine après deux ans d'absence. Les Warriors vont pouvoir continuer à rêver retrouver leurs plus beaux jours. Avec ce Curry là, il y a fort à parier que le rêve devienne vite réalité.
Profitons. Profitons d'avoir sous nos yeux le meilleur shooteur de l'histoire du basketball. Nous vivons a une époque où tous les records semblent faits pour êtres battus, où la technologie permet une amélioration sans fin. En revanche là, inutile de parler de quoi que ce soit, à part d'un être humain pas tout à fait comme les autres. Cet humain, est entré un petit peu plus dans la légende de son sport. Cet humain s'appelle Steph Curry.