Football

De 2018 à 2021, retour sur la trilogie infernale du SM Caen

Depuis sa descente lors de la saison 2018-2019, le centenaire normand peine à retrouver des couleurs. Distancé par les prétendants à la montée, le club s’enfonce toujours plus dans la crise. Entre instabilité administrative, médiocrité sportive, et difficultés financières, retour sur la trajectoire funeste d’une équipe en pleine reconstruction.

Les saisons se suivent, et se ressemblent cruellement pour le SM Caen. Après un exercice catastrophique l’année passée, conclu par une 13e place en championnat, les Caennais n’ont jamais su relever la tête. A la peine depuis la trêve, ils continuent d’enchaîner les revers et pointent seulement à la 9e place du classement, à 10 longueurs du dernier barragiste. A ce rythme, les hommes de Pascal Dupraz peuvent déjà presque faire une croix sur leurs espoirs de montée, et c’est tout sauf une surprise. Accrochés sur la pelouse de Guingamp lundi dernier, après avoir mené 2-0, les Normands ont encore étalé leurs lacunes dans la construction et leur fébrilité défensive. Des problèmes chroniques, qui minent le club depuis 3 ans déjà, et qui semblent l’éloigner toujours plus de l’élite. Car, en dépit de son statut historique, ce SM Caen n’a plus rien d’un prétendant sérieux à la montée.

La fin d’une ère

Deux ans après, tous les amoureux du ballon rond ont sans doute encore en tête le souvenir ému de ce mois de juillet 2018. Pourtant, pour les fans du SM Caen, l’intersaison fut aussi marquée par de douloureux changements dans l’organigramme du club. Au terme de trois mois d’une fronde rocambolesque menée par un groupe d’actionnaire, le président Jean-François Fortin est poussé vers la sortie, après 18 ans de bons et loyaux services. Chez les supporters, qui dénoncent un « coup d’état », la pilule a du mal à passer, et l’affaire va jusqu’à diviser les actionnaires. D’un côté, un directoire se met en place autour de Gilles Sergent, nouveau président, composé notamment de Fabrice Clément et Jean-Marie Piranda, qui remplace Xavier Gravelaine au poste de directeur général. De l’autre, les fidèles de Fortin font bloc face à la nouvelle direction, avec à leur tête Pierre-Antoine Capton, producteur de télévision, et puissant actionnaire du SMC.

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Gilles Sergent, en conférence de presse aux côtés de Fabien Mercadal, nouveau coach du SMC, le 16 février 2019. ©Aline Chatel / Sport à Caen

Dans la foulée, Patrice Garande, qui entraîne le club depuis 2012 (7e de Ligue 1 en 2015-2016) est remercié, après avoir frôlé la relégation lors des deux dernières saisons. Il est remplacé par Fabien Mercadal, en provenance du Paris FC. La suite n’est qu’un long cauchemar pour les Normands. 38 matchs et 19 défaites plus tard, le SM Caen, 19e, descend en Ligue 2 après 5 saisons passées dans l’élite.

2019, annus horribilis

Après un exercice 2018-2019 catastrophique, le relégation des caennais ne signe malheureusement pas la fin du naufrage. Au contraire. A l’été 2019, Gilles Sergent, un an seulement après son arrivée à la tête du club, passe la main à Fabrice Clément. Caen perd de nombreux cadres, dont Fayçal Fajr, Frédéric Guilbert, ou encore son gardien, Brice Samba. Mercadal est limogé, et remplacé par Rui Almeida.

Malgré tous ces changements en coulisses, la nouvelle saison du SM Caen démarre sur le même rythme que la précédente. Toujours en grande difficulté dans la construction, les malherbistes sombrent dès les premiers matchs. Après quatre défaites d’affilée, Almeida est licencié fin septembre, et remplacé par Pascal Dupraz. Mais même le savoyard, réputé pour son caractère bien trempé, ne parvient pas à réveiller cette équipe. L’interruption du championnat, en mars 2020, apparaît presque comme un soulagement pour le SMC, 13e, qui n’en finissait plus de dégringoler au classement.

Pascal Dupraz dirigera son deuxième match à la tête du Stade Malherbe vendredi à l'occasion de la réception de Valenciennes

Pascal Dupraz sur le banc du Stade Malherbe, en octobre 2019. ©SM Caen

Reconstruction périlleuse

A l’approche de la saison 2020-2021, c’est donc une opération reconstruction qui s’amorce pour le club normand. Mais dans leur quête de stabilité, les malherbistes devront encore attendre, car l’été 2020 sera riche en rebondissements. Epinglés par la DNCG, les rouge et bleu doivent revoir leur budget pour la saison à venir, sous peine de sanctions, pouvant aller jusqu’à la relégation administrative. En coulisses, Pierre-Antoine Capton prépare un plan de reprise, main dans la main avec le fonds d’investissement américain Oaktree. En août, Oaktree acquiert 80% des parts du club, tandis que le producteur trouvillais récupère les 20% restants. Le SM Caen passe sous pavillon américain, et ne compte désormais plus que deux actionnaires.

Mais Pierre-Antoine Capton n’entend pas s’arrêter là. Soucieux de poursuivre son grand ménage, il pousse Fabrice Clément vers la sortie, et le remplace par Olivier Pickeu, qui s’est fait un nom du côté d’Angers en tant que directeur de la cellule de recrutement. Un gros coup pour le SMC, alors que l’ASSE, mais aussi l’OM était sur les rangs pour accueillir celui qui avait notamment repéré Jeff Renne-Adélaïde (vendu à l’OL pour 27,5 millions d’euros + 15% à la revente) ou encore Karl Toko-Ekambi (parti à Villareal contre 18 millions d’euros).

photo pierre-antoine capton et olivier pickeu se sont vite accordés. © stéphane geufroi

Pierre-Antoine Capton (à gauche) aux côtés d’Olivier Pickeu (à droite). ©Stéphane Geufroi / Ouest-France

Une stabilité à retrouver

Pourtant, les directions ont beau se succéder, le niveau de jeu, lui, ne change pas. Comme depuis 3 ans, les caennais alternent le bon et le (beaucoup) moins bon. Après un début de championnat plutôt correct, qui permettait aux hommes de Dupraz de caresser l’espoir d’une remontée, ils ont fini par retomber dans leurs travers peu avant la trêve. Depuis la reprise, Caen traverse sa saison, en inscrivant quelques points de temps à autre (7 sur les 27 derniers possibles).

Ce qui fait véritablement défaut aux Caennais, c’est une identité de jeu. Car, depuis quelques années, c’est un club sans âme qui foule la pelouse du Stade Michel d’Ornano. Il semble loin le temps où les Normands étaient aussi conquérants, comme l’indique encore leur devise. Pourtant, cette force de caractère est toujours là, enfouie quelque part. Il arrive parfois qu’elle ressorte, à l’image de la première partie de saison caennaise, où les hommes de Pascal Dupraz sont allés chercher plusieurs fois la victoire dans le temps additionnel. Mais l’illusion ne dure malheureusement jamais bien longtemps. S’il veut un jour évoluer de nouveau dans l’élite, le SM Caen doit avant tout retrouver son identité : celle d’un club qui se sauvait deux années de suite en allant chercher un résultat au Parc des Princes lors de la dernière journée. Celle d’un club de guerriers. Celle d’un club de vikings.

Crédits illustration : Stéphane Geufroi / Ouest-France

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