Voilà quelques jours désormais que l'on a appris la naturalisation de Joël Embiid. Le désormais Franco-Camerounais a obtenu un visa Français, lui qui a de la famille dans l'hexagone. Si cela a beaucoup fait réagir le monde du basket, amateur comme professionnel, il est temps de se demander, à tête reposée, ce que pourrait amener le pivot des Sixers au groupe de Vincent Collet. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que si l'aspect administratif de cette démarche laisse perplexe, le côté sportif lui ne fait aucun doute: Embiid peut clairement être la clé de voûte de l’objectif Paris 2024.
Une question de légitimité
Il faut reconnaître que si Joël Embiid participe aux JO, ou même à la coupe du monde dès l’été prochain avec l’équipe de France, certains pourraient se sentir lésés. Du côté des pivots, si Rudy Gobert semble intouchable, tous les autres pourraient subir les répercussions de l’entrée fracassante d’Embiid dans le roster Français. A commencer par les deux médaillés d’argent de Tokyo, Vincent Poirier et Moustapha Fall. Si Collet décide d’emmener au moins 3 pivots, et pourquoi pas faire jouer Embiid en 4, alors Poirier devrait être de la partie, lui qui est devenu un cadre de l’équipe de France, et qui a force de travail, peut lui aussi évoluer sur plusieurs postes. L’équation est plus compliquée pour Fall. L’ancien Villeurbannais devrait espérer qu’Embiid soit sélectionné en tant qu’ailier fort, sinon, cela pourrait lui passer sous le nez. Mais si le Camerounais était pris sur le poste 4, qui en subirait les conséquences ? Guershon Yabusele étant un indiscutable du groupe, c’est sans doute Petr Cornelie qui en pâtirait. Nico Batum, positionné la plupart du temps en poste 4, devrait pousser jusqu'au Jeux Olympiques à domicile, et en bon capitaine, ne craint pas grand chose.
Quid en revanche de Victor Wembanyama? La perle du basket tricolore, qui pourrait déjà être de la partie dès les championnat d'Europe cet été, pourrait alors voir son rôle réduit à néant. Il est sans doute le moins indiscutable à l'heure actuelle. Gobert et Poirier sont en avance. En cas de sélection de Joël Embiid, il serait sans doute en balance avec Fall.
D'autres partent d'encore plus loin. Déjà absents ces derniers temps lors des grandes compétitions, Mam Jaiteh, Amath M'Baye ou Louis Labeyrie verraient leur chance proche de zéro si Collet emmenait Embiid.
Des avis divergents
Pourtant, à écouter la plupart de ses (peut-être) futurs coéquipiers, son arrivée ne serait que du bonus. Fall, par exemple, a encensé le Camerounais.« e ne suis pas un gars qui se projette donc je ne me prends pas du tout la tête avec ça. Mais s’il est là, c’est sûr qu’il faut le prendre. C’est un joueur qui peut être MVP tous les jours en NBA. Le voir jouer avec Rudy Gobert, ça peut être quelque chose, surtout que Vincent Collet aime jouer grand, il peut jouer avec deux postes 5 en même temps. [Joel] Embiid est capable de shooter aussi, donc même les postes 4 vont être impactés. »
Batum lui, est plutôt partagé : “Je peux comprendre que cela dérange éthiquement, mais d’un point de vue basket… Je me mets des deux côtés : joueur-capitaine, mais aussi fan ! Et une raquette Embiid-Gobert, p****n ! Donc voilà, éthiquement, je comprends, mais « baskettement »…Côté éthique, cela pose des questions. Côté basket, il y en a zéro à se poser. Mais cette hypothèse, ajouter un joueur niveau MVP, c’est à discuter. Avec le groupe, avec le coach… Il faut que le groupe soit ok. Mais encore une fois, on est dans une énorme hypothèse.”
Evan Fournier lui est bien plus perplexe sur la question. Un peu à l'instar de l'Espagne avec Lorenzo Brown, naturalisé à vitesse grand V dans un pays qui a pourtant l'habitude d'utiliser ce genre de pratique (Ibaka, Mirotic). Il déclarait il y a quelques temps déjà, au moment où la naturalisation d'Embiid prenait de l'ampleur : ” Parce qu’il faut arrêter de dire n’importe quoi. Ce n’est pas contre Joel que je dis ça, c’est un très bon joueur. Bien sûr qu’il nous ferait du bien en équipe de France. Mais ce n’est pas le débat. T’es pas français, t’es pas là, c’est tout. S’il jouait pour le Cameroun, ce serait magnifique pour son pays. En termes de valeurs, ce serait beaucoup plus fort qu’il représente le Cameroun que la France. Je pense qu’il fait un mauvais calcul. Ce n’est pas parce que les autres le font qu’on doit le faire aussi. Pour moi, le fait qu’il y ait Anthony Randolph, un joueur américain, en Slovénie n’est pas normal non plus.” Lui qui n'a pas sa langue dans sa poche ne semble pas avoir changé d'avis.. bien qu'il reconnaisse qu'Embiid apporterait indéniablement un plus.
Gobert – Embiid, le cauchemar américain
Car une fois les “problèmes” administratifs de coté, sur le parquet, il n'y a plus débat. Embiid ferait passer l'équipe de France dans une autre dimension. Deuxième dans la course au MVP derrière Jokic, l'affreux Jojo sort de la meilleure saison de sa carrière : 30.6pts, 11.7rbds, 4.2asts, monstrueux. Surtout, avec 68 matchs disputés, c'est sans aucun doute la saison la plus aboutie de sa carrière bien trop souvent tronquée par les blessures. Bien en course aussi pour la course au meilleur défenseur, il formerait une raquette stratosphérique avec Gobert, triple DPOY. Gobzilla vient lui aussi de réaliser l'une de ses plus belles saisons depuis son arrivée en NBA (15.6pts, 14.7rbds, plus que jamais). Une association 4-5 à 26 rebonds de moyenne, il y a de quoi prendre peur. Surtout que sans la règle des 3 secondes dans la raquette (règle FIBA), la persuasion serait encore plus grande pour l'équipe de France. Défensivement, avec des joueurs comme Batum, Luwawu-Cabarrot, Ntilikina, les Bleus seraient tout simplement injouables.
Team USA, l'adversaire le plus redoutable qui sera évidemment le grand favori à Paris (ou Lille pour le coup) en 2024, a d'ailleurs des carences là où la France dispose de ses meilleures armes. Sans pivot dominant, les Américains pourraient avoir un mal fou à stopper la raquette des hommes de Vincent Collet. On a déjà observé cela à Tokyo l'été dernier, où les systèmes à deux big men mis en place par le staff tricolore ont failli faire chavirer les quadruple tenants du titre, qui s'en sont remis à la classe de Kevin Durant. Mais l'arrivée éventuelle d'Embiid irait dans ce sens.
Nous sommes encore loin de voir Joël Embiid sous le maillot Bleu. Mais l'hypothèse existe, et prend de l'ampleur au fil du temps, encore plus depuis l'officialisation de la naturalisation du pivot des Sixers. Avec une arme aussi importante dans son roster, l'Equipe de France entrevoie encore un petit peu plus son rêve : décrocher l'or olympique à Paris en 2024. Le parcours sera semé d'embûche, mais force est de constater que l'avenir ne serait que plus beau avec un Joël Embiid au top de sa forme.