Joël Embiid ou Nikola Jokic? Nikola Jokic ou Joël Embiid? Qui sera le MVP? A quelques semaines de la fin de la saison régulière, l'étau se resserre. Kevin Durant a trop longtemps été absent pour encore être en course. DeMar DeRozan commence à s'essouffler, tout comme son équipe, en difficulté. Seul Giannis Antetokounmpo semble encore en mesure de venir titiller le binôme de favori pour le titre de meilleur joueur de la saison. Malgré tout, le duel semble se dessiner entre le Camerounais et le Serbe. Mais alors, qui est vraiment le plus fort ?
Ils se sont affrontés hier soir, et c'est Jokic qui a pris le meilleur, au Wells Fargo Center, dans l'antre de l'affreux Jojo. Si leur saison respective mériterait un titre honorifique de MVP, il va pourtant falloir choisir. Et le verdict s'annonce extrêmement serré. Nous avons donc, nous aussi, tenté de les départager.
Les statistiques individuelles
26.0pts, 13.8rbds, 8.asts pour Jokic. 29.9 pts, 11.3rbds, 4.3asts pour Embiid. Si le pivot des Sixers est bien plus scoreur, il est malgré tout moins complet que celui des Nuggets. Plus altruiste, Jokic est au four et au moulin pour noircir chaque soir la feuille de stats à coup de triple-doubles. Embiid lui réalise d'énormes cartons surtout au scoring, comme en atteste sa série de huit matchs consécutifs à plus de 30 points récemment. Dix matchs à plus de 40pts depuis l'entame de la saison, une pointe à 50, bref, le meilleur scoreur de la ligue. S'il n'est pas en reste au niveau du scoring, Jokic se distingue surtout par sa faculté à tout faire. 18 triple-doubles déjà, loin devant tous les autres dans ce domaine. Et on ne parle pas de stats à 15-10-10. 25pts, 15rbds, 14asts contre Utah, 26pts, 21rbs et 11asts contre ce même Jazz ou 32pts, 15rbds, 14asts contre les Warriors, pour ne citer qu'eux. Le Joker semble encore plus décisif et incisif que la saison passée, où il avait déjà été élu MVP. Le tout, en donnant l'impression de ne rien forcé.
Pour l'impression globale de domination, difficile d'en ressortir plus un que l'autre. Egalité.
Les statistiques collectives
On a souvent tendance à dire que le MVP, pour faire simple, devrait être le meilleur joueur de la meilleure équipe de la ligue. Si aucun des deux n'est à l'heure actuelle premier de sa conférence (les Sixers sont 3ème à l'Est, les Nuggets 6ème à l'Ouest), force est de constater que sur un plan collectif, Embiid a de meilleurs résultats. Philadelphie a longtemps été dans la bataille pour la première place à l'Est, et même avant l'arrivée de James Harden, les Sixers étaient dans le coup pour terminer en tête. Si les Seth Curry (parti depuis aux Nets), Tobias Harris ou autres Matisse Thybulle y sont pour beaucoup, c'est d'abord parce que Joël Embiid a plané sur la ligue toute la saison que cela était possible. De son coté, Denver, privé depuis le début de saison de l'un de ses maîtres à jouer en la personne de Jamal Murray, a galéré, tout en montrant de bonnes choses. Mais les hommes de Mike Malone étaient, et sont toujours d'ailleurs, trop dépendants de la forme de Jokic. 6ème et derniers qualifiés direct pour les playoffs, les Nuggets restent sous la menace de la folle remontada des Timberwolves.
Même si, avec l'effectif actuel, la 6ème place reste honorable, Jokic ne peut pas lutter avec Embiid, dans ce domaine. Bien que le bilan global soit quasiment équilibré. 41-26 pour l'un, 41-28 pour l'autre. Mais l'un se bat pour la tête de sa conférence, l'autre pour accéder aux playoffs sans passer par le playin. Petit avantage Embiid.
L'impact individuel sur le collectif
Evidemment, en citant deux joueurs en course pour le titre de MVP, on évoque de vrais forces de la nature, incontestablement les meilleurs joueurs de leurs équipes. Et qui ont donc un gros impact sur l'ensemble du collectif de leur franchise. Mais il s'agit de savoir là qui a le plus “d'importance”. A savoir, laquelle des deux équipes serait la mieux classée si on lui enlevait son joueur le plus influent. Et là, il n'y a pas match. Jokic tient à lui tout seul sa franchise, à bout de bras. Si Embiid est évidemment l'arme numéro un des Sixers, il a autour de lui des joueurs capables de prendre le relais, que ce soit offensivement ou défensivement. Encore plus depuis l'arrivée de James Harden. Imaginons les deux équipes sans leur pivot respectif. A Philly, the Beard serait encore à la baguette, Tobias Harris aurait plus d'importance et serait capable de retrouver son niveau des Clippers, Tyrese Maxey, déjà très performant aurait encore progressé de manière plus spectaculaire, et défensivement, Thybulle et Danny Green se seraient chargés de faire le travail, bien qu'une dissuasion de grande taille dans la raquette aurait fait défaut. Ajoutons à cela des Shake Milton ou autre Georges Niang en sortie de banc capables de faire basculer une rencontre de temps à autre, et vous obtenez tout de même une solide équipe à l'Est, capable d'au moins lutter pour un accès direct en playoffs.
Imaginons maintenant les Nuggets sans Jokic.. difficile d'en dire autant. Sans non plus imaginer la franchise du Colorado tanker avec les Rockets, jamais Denver n'aurait pu s'accrocher comme cela à une place en playoffs. Et sans-doute pas au playin non plus. Car il y a les stats bien entendu, mais également tout le reste, le jeu, qui ne se traduit pas sur la feuille de match. Le Serbe bonifie tout ce qu'il touche, tout ce qui l'entoure. Il rend les autres meilleurs. En leur distillant des caviars dont il a le secret, en leur donnant des possibilités de shoots ouverts, en attirant sur lui les meilleurs défenseurs des équipes adverses. Sans lui, impossible d'envisager quoi que ce soit pour les Nuggets. Aaron Gordon est beaucoup trop irrégulier, et le serait encore plus sans la présence du Joker à ses cotés. Rivers, Campazzo à la mène sont de bons créateurs, mais les déplacements et la science du basket de Jokic les aident beaucoup. Will Barton est un shooteur, et comme tous, l'adresse va et vient.. Alors que pour trouver trace d'un Jokic à coté de ses pompes ne serait-ce que deux matchs consécutifs, il faut se lever tôt !
Incontestablement, avantage Jokic ici. Il est le seul et unique visage de sa franchise.
L'impression globale
Les deux réalisent sans doute la meilleure saison de leur carrière. C'est incontestablement le cas pour Embiid. Souvent blessé, très peu épargné par les blessures depuis le début de sa carrière, le Camerounais semble enfin avoir mis les pépins physiques de coté. Et il enchaîne les grosses perf' avec une facilité déconcertante. Pour Jokic, MVP de la saison 2021, l'absence de Jamal Murray à ses cotés renforce un peu plus ce sentiment de domination. Si ses statistiques sont sensiblement équivalentes en points et en passes, il gobe tout de même plus de rebonds (13.8 contre 10.8 la saison passée). Mais au final, il est le seul à pouvoir faire basculer le sort de son équipe. En voyant les résultats des Nuggets, que personne n'imaginait aussi haut au classement, on est obligé de mettre en avant les performances XXL du Serbe. Depuis l'arrivée de James Harden en Pennsylvanie, les regards sont un peu moins tournés vers Embiid, bien que ses performances restent hallucinantes. Pour Jokic en revanche, la course poursuite pour conserver un access dans le top 6 lui permet d'avoir encore plus les projecteurs braqués sur lui en cette fin de saison.
S'ils restent tous deux les attractions principales de la ligue en cette fin de saison (bien que Giannis ait encore un coup à jouer également), Nikola Jokic semble légèrement laisser une meilleure impression individuelle dans cette dernière ligne droite. Et cerise sur le gâteau, il s'est imposé dans sa confrontation directe, sur le parquet d'Embiid. Avantage Jokic.
Tous deux auteurs d'une saison qui force le respect, Embiid et Jokic sont sans doute les deux grands favoris pour le titre de MVP. Mais il n'en restera qu'un à l'heure du bilan. Si Jokic semble en mesure de réaliser un back-to-back, lui qui donne l'impression d'encore monter en puissance au fil des mois, Embiid a pour lui l'effet de nouveauté. Jamais il n'avait atteint de tels sommets. Et le bilan collectif de sa franchise est également légèrement meilleur, ce qui peut inciter à lui donner sa préférence. La lutte s'annonce acharnée jusqu'au dernier match de la saison régulière, et bien malin celui qui, à l'heure actuelle, est capable d'affirmer qui décrochera le trophée de meilleur joueur de la saison 2021-2022.
Crédit photo: NBA.com