“Et si…” : Calais avait gagné la Coupe de France

Tout part de la citation d’une célèbre philosophe du XXe siècle : « Et si je t’avais dit combien je t’aimais mon frère et si on t’avait dit ne baisse pas les bras sur cette Terre. Et si… Tout simplement si. ». On a coutume de dire qu’avec des « si » on peut mettre Paris en bouteille. Avec une séries d’uchronies, Wesport vous propose de refaire l’histoire du football si un élément perturbateur du ballon rond avait été différent.

Nous sommes le 7 mai 2000. Nous avons droit à la finale de Coupe de France la plus atypique de l’histoire de la compétition. Le tenant du titre, le FC Nantes, sera opposé à une surprenante équipe. Sur la pelouse de ce Stade de France se trouvent les amateurs de Calais. Ayant battu Lille (D2) en 32e de finale, Langon-Castet (CFA2) en 16e, Cannes (D2) en 8e, Strasbourg (D1) en quarts et Bordeaux (D1) en demi, les calaisiens se sont hissés en finale avec son statut de club de CFA (4e division).

Ils se nomment Cédric Schille, Réginald Becque, Emmanuel Vasseur ou encore Jérôme Dutitre et ne sont que des joueurs amateurs. Employés de mairie, contrats jeunes, magasiniers, agents de sécurité, commerciaux, intendants de camping, employés aux espaces vert, peintres en bâtiment, animateur, professeurs des écoles, ils faisaient trembler les joueurs professionnels.

Avant d’arriver au Stade de France, les calaisiens s’étaient qualifiés dans un Stade Bollaert prêté par le RC Lens face au champion de France en titre de l’époque, les Girondins de Bordeaux en demi-finale. 120 minutes pour faire trembler les filets des internationaux Ulrich Ramé, Johan Micoud, Lilian Laslandes mais surtout le champion du monde Christophe Dugarry.

Ce 7 mai 2000, les calaisiens arrivent sur la pelouse du Stade de France poussés par un public conquis et une France, voire une Europe qui s’est prise d’amour pour les amateurs venus faire bouger des montagnes. Les jours précédents, les calaisiens étaient hébergés au centre d’entrainement de Clairefontaine, ils étaient comme Diego Maradona devant la poudreuse. Le public veut se montrer optimiste pour les joueurs mais les joueurs eux-mêmes gardent les pieds sur terre.

David contre Goliath

En face d’eux, ils auront un club sept fois champions de France, vainqueur de la dernière Coupe de France, demi-finaliste de la Ligue des Champions 1996. La saison dernière, les nantais avaient soulevé la coupe après avoir battu une équipe de D2, le CS Sedan avec un but d’Olivier Monterubio sur penalty. Cette année, une fois encore, les coéquipiers de Mickael Landreau devaient ne pas prendre les calaisiens de haut.

Après une Marseillaise remplie d’émotion, le coup de sifflet est donné et le cœur des français bat pour l’équipe vêtue de noir, jaune, rouge de Calais. Après la demi-heure de jeu, l’ancien joueur de Strasbourg Jérôme Dutitre ouvre le score pour le CRUFC. Calais peut continuer de rêver ! Ils mènent et sont à une heure de pouvoir soulever la Coupe de France. Au retour de la pause, Nantes calme les ardeurs des amateurs en égalisant via Antoine Sibierski.

Nous jouons la 88e minute, Eric Carrière émet un ballon à l’entrée de sa surface, lance Olivier Monterrubio sur le côté gauche. Le nantais centre rapidement vers Antoine Sibierski qui rate son contrôle. Le ballon roule jusque dans la surface de Cédric Schille, Alain Caveglia prend le dessus sur Fabrice Baron, ce dernier retient un peu celui qui vient d’arriver de l’Olympique Lyonnais et trébuche. Caveglia sentant que la situation l’échappe et profitant de la défense légèrement litigieuse du calaisien, plonge… dans la surface. L’arbitre de la rencontre, Monsieur Colombo, est catégorique il y a penalty. Les calaisiens sont fous de rage, à une minute de la fin du match.

Sibierski marque, alors que Schille touche le ballon du bout du genou. Nantes remporte la Coupe quelques minutes plus tard. Le capitaine nantais invite le capitaine calaisien Réginald Becque afin de soulever le trophée à deux. Une image marquante, remplie d’émotion pour une fin d’épopée tragique.

Descente aux enfers

Après cette finale, Calais termine sa saison en CFA à la septième place. En parallèle, la ville de Calais décide de construire « le Stade de l’Epopée ». Enceinte pouvant accueillir 12 000 spectateurs, elle fût un énorme gouffre financier. Pour rentabiliser, Calais doit au minimum s’installer dans le monde semi-professionnel en troisième division. L’objectif est de devenir un membre permanent de la deuxième division. La saison suivante, les calaisiens valident une montée en troisième division. Le parcours des calaisiens sera très bref au troisième échelon français puisqu’ils finiront dernier et seront relégués administrativement en CFA2… Après un yoyo CFA-CFA2, le club devra mettre les clés sous la porte en septembre 2017.

Après la défaite en finale de Coupe de France, Calais a tenté de confirmer mais, à part un nouveau bon parcours en Coupe de France en 2006, une nouvelle fois battu par Nantes, en quart de finale, le CRUFC a creusé son trou pour s’y mettre… Calais est donc aujourd’hui le Calais Football Clubs des Hauts de France et évolue en troisième division de district. Et si, Monsieur Colombo avait vu le plongeon de Caveglia et n’avait pas sifflé penalty ?

Et si.. le penalty n’avait pas été signalé ?

Nous jouons la 88e minute, Eric Carrière émet un ballon à l’entrée de sa surface, lance Olivier Monterrubio sur le côté gauche. Le nantais centre rapidement vers Antoine Sibierski qui rate son contrôle. Le ballon roule jusque dans la surface de Cédric Schille, Alain Caveglia prend le dessus sur Fabrice Baron, ce dernier retient un peu celui qui vient d’arriver de l’Olympique Lyonnais et trébuche. Caveglia sentant que la situation l’échappe et profitant de la défense légèrement litigieuse du calaisien, plonge… dans la surface. L’arbitre de la rencontre, Monsieur Colombo, demande à Caveglia de se relever. « Ca joue ! ». Les nantais sont fous de rage, et réclament un penalty à une minute de la fin du match.

Monsieur Colombo est catégorique et reste sur ses positions. Il n’y a pas penalty ! Les nantais ont pris un énorme coup derrière la tête. Les trois dernières minutes d’arrêts de jeu ne permettent pas d’empêcher de proposer trente minutes de rab au public. Comme face à Bordeaux, Cannes et Lille, les calaisiens vont faire durer le plaisir. Même si les nantais semblent mieux préparés à jouer plus longtemps, les calaisiens ont l’habitude.

Tout juste entré en jeu, Benoit Lestavel est remuant mais bute sur Mickael Landreau. Trente minutes de souffrance dans chaque camp jusqu’au moment où l’arbitre siffle la fin du match. Le vainqueur sera désigné après une séance de tirs au but. A ce petit jeu, Nantes compte un atout de choix : son portier Mickael Landreau. Le gardien alors âgé de 21 ans et a fait du penalty sa spécialité. Pour sa première apparition dans le monde professionnel, en 1996, il stoppe un penalty face à Bastia. Alors, les penalty des magasiniers et peintres en bâtiment ne devraient pas lui faire peur.

La malédiction de la Panenka

Il arrête le premier penalty de Mickael Gérard qui se tient la tête entre les mains… Antoine Sibierski transforme son tir au but. Nantes garde cet avantage jusqu’à l’échec d’Alain Caveglia qui aurait pu donner la victoire aux canaris. Emmanuel Vasseur tire le cinquième penalty et doit absolument le transformer. C’est réussi.

Plein d’audace, Mickael Landreau décide de frapper le sixième penalty. Il se retrouve face à Cédric Schille… qui ne tremble pas et stoppe la panenka tentée par Landreau… Le gardien de l’équipe de France espoir doit se rattraper en arrêtant le penalty du capitaine calaisien, Réginald Becque. Capitaine face à capitaine. Un silence de cathédrale dans ce Stade de France… Becque s’élance et transforme son penalty, qui touche tout de même le bout du genou de Landreau.

Epique ! Calais remporte la Coupe de France ! Landreau est abattu sur le terrain. Il a gâché les chances de son équipe… Mais on ne retiendra que cette image, des joueurs amateurs faisant la fête sur la pelouse du Stade de France. Des joueurs pratiquant ce sport par plaisir et qui devront retourner au travail dans quelques jours ont réussi à faire tomber des footballeurs dont c’est leur métier.

Une haie d’honneur est effectuée par les joueurs nantais, bons perdants… Landreau regarde le sol mais prend le capitaine calaisien dans ses bras. Le public est en feu ! Le Stade de France diffuse le tube du moment « Ces soirées-là » de Yannick mais également « Allumer le feu » de Johnny Hallyday et bien évidemment la traditionnel « We Are The Champions » de Queen. Les joueurs peuvent savourer au moment de lever la Coupe de France. Cette victoire en 2000 restera historique !

Quelques semaines plus tôt, c’est une autre équipe surprenante qui était venue faire trembler ce Stade de France. En effet, le FC Gueugnon était la première équipe de D2 à se hisser en finale de Coupe de la Ligue. Les forgerons avaient créé l’exploit en gagnant le trophée après avoir battu le PSG ! Avec la victoire de Calais, la Ligue Nationale de Football va présenter, à la prochaine Coupe de l’UEFA, Calais, Gueugnon et Bordeaux (4e de D1).

Pas de Calais en Europe ?

L’homologation du dossier calaisien à l’UEFA sera scrutée de près. Bollaert sera leur demeure durant les matchs et le board promet de faire des efforts financiers. Bien évidemment, le passage des calaisiens en Coupe de l’UEFA sera aussi rapide que la carrière footballistique d’Usain Bolt. Le premier tour leur réserve une équipe ukrainienne, le FK Kryvbass Kryvy Rih. Une formalité pour une formation de l’élite française, mais ici nous parlons d’une équipe d’amateurs. L’objectif de Calais n’est pas d’atteindre la finale qui se jouera à Dortmund (remportée par Liverpool contre Alaves IRL), mais d’offrir une joute européenne à son public.

Les ukrainiens seront trop forts pour le CRUFC et n’en feront qu’une bouchée en Ukraine (4-0) mais concèderont le match nul au Stade Félix Bollaert pour le match retour. Fort de cette expérience européenne, Calais rêve de regoutter, un jour à ce genre de soirée. L’apport financier engendré par ce match aidera le club à voir l’avenir d’une meilleure manière.

L’entame de cette saison sera signification car Calais validera facilement sa montée en National devant Boulogne. En Coupe de France, le public pensait avoir un bis repetita. Après une victoire en 32e contre Sedan, club de D1, Calais se qualifie facilement pour les huitièmes en battant le club de CFA de Vendée Fontenay Foot. Cependant, les calaisiens se font sortir au tour suivant face à l’Olympique Lyonnais.

L’équipe qui monte

Les saisons suivantes sont dans la lignée de la réussite calaisienne. En 2001/2002, Calais se maintient au grand dam de Noisy Le Sec, l’US Lusitanos Saint Maur et Pau. Le Racing Club de France fermera la marche, relégué administrativement. Calais termine même un point derrière de futur club de l’élite française : Dijon et Brest. Durant cette saison, Reims et Toulouse valideront leurs montées en D2.

La saison d’après, Calais signe une belle dixième place et valide son statut semi-professionnel, de quoi voir, avec grand optimisme, son avenir. Les années passent. Nous sommes en 2019 dans ce monde parallèle. Le club de Calais existe toujours. Mieux, ils ont disputé trois saisons en National avant de connaitre les joies de la Ligue 2 en 2004/2005. Quatre années plus tard, les calaisiens ne peuvent pas empêcher leur descente en National. Depuis, c’est le yoyo. En 2019, Calais est dans le ventre mou de la Ligue 2 et dispute ses matchs devant un Stade de l’Epopée qui peine à se remplir. L’année dernière, les calaisiens étaient à deux doigts de retrouver le Stade de France après un joli parcours en Coupe de la Ligue, éliminés par le PSG en demi-finale…

Mais tout ceci n’est qu’uchronie. Monsieur Collombo a sifflé ce penalty transformé par Antoine Sibierski.  Nantes a remporté la Coupe de France et Calais a coulé, petit à petit… Aujourd’hui, Calais est en troisième division de district… Mais tout aurait été différent si ce penalty n’avait pas été sifflé.

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