Farid Baadj, gestionnaire de carrière de footballeurs se livre à WeSportFR



 

Aujourd’hui WeSportFR vous propose de partir à la rencontre de Farid Baadj, gestionnaire de carrière auprès de footballeurs ! Il nous raconte ses débuts dans sa profession ainsi que son avis sur le métier d’agent et tout ce qui le concerne. Rencontre avec un passionné du ballon rond.

Bonjour Farid, merci d’avoir accepté cette interview pour WeSportFR. Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

 

Bonjour, Farid Baadj, j’ai 35 ans. Je suis fondateur de la cellule World Football Consulting, cabinet qui comporte deux volets, l’un destiné à la gestion de carrière auprès de certains joueurs de football et le second au scoutisme indépendant. Une prestation que nous proposons aux clubs qui le souhaitent.

Ma relation avec le football est plutôt simple, j’ai pratiqué ce sport depuis tout petit dès l’âge de 4 ans jusqu’à l’âge de 24 ans où j’ai été contraint d’arrêter à la suite d’une double fracture du tibias-péroné, rupture des ligaments et luxation/entorse de la cheville. J’ai été formé à Villemomble, à Neuilly sur Marne et au Red Star FC, j’ai eu la chance de rejoindre un centre de formation mais malheureusement ça a été une expérience très courte. Je suis donc revenu dans mon club initial à Villemomble.

 

Etes-vous intermédiaire auprès de la FIFA ? Avez-vous suivi une formation ?

 

Non car pour être intermédiaire il faut s’enregistrer auprès de sa fédération, la nôtre (FFF) n’est pas, selon moi, en adéquation avec les normes de la FIFA, parce qu’elle ne reconnait pas les intermédiaires aux contraires d’autres fédérations comme l’Angleterre ou d’autres encore. Donc « intermédiaire » aujourd’hui n’est pas reconnu en France… mais attendons demain (rire).

Pour ce qui est de la formation, non elle ne m’intéresse pas. J’ai essayé de la passer une fois afin de ne pas écouter les « on dit » et j’ai malheureusement pu confirmer que celle-ci n’a rien à voir avec le football selon moi encore une fois. Un exemple sur l’une des questions de l’examen, vous savez, j’ai été joueur de football, j’ai eu affaire à des agents en étant plus jeune, je suis dans le milieu depuis un petit moment, je suis en contact avec les clubs et sincèrement je ne me rappelle pas une seule fois avoir eu besoin de savoir combien de fois un commissaire aux comptes a le droit de suivre les comptes d’une même entreprise ! Mais en quoi cela m’apporte-t-il avec mes joueurs ou mes échanges avec les clubs ?  La formation telle qu’elle est proposée aujourd’hui est totalement hypocrite vis-à-vis du football réel.  La meilleure formation que j’ai eu jusqu’à présent est celle du train-train quotidien, auprès des joueurs et clubs, du terrain et non pas payer des milliers d’euros pour apprendre des termes de droit.

En parallèle je suis cadre dans une entreprise, je sais donc comment fonctionne une entreprise et je n’ai pas besoin de ça car je le pratique déjà au quotidien. Je préfère être autodidacte !

 

Quand avez-vous commencé votre activité ?

 

J’ai commencé en 2012 suite à des échanges avec des joueurs de mon entourage, des gens avec qui j’ai grandi ou avec qui j’ai été formé ! Certains ont réussi, d’autres n’ont pas continué dans le football, comme par exemple Mamadou Diakité, formé à Caen, au FC Metz, qui a joué en Ligue 1, international Malien et qui à 28 ans a arrêté le football car il ne se retrouvait plus dans ce circuit-là. Je lui ai demandé « Comment t’as fait pour te retrouver là ? » Il m’a donc expliqué qu’il avait fait des mauvais choix, peut-être suivi des mauvais conseils, un mauvais entourage, tombé sur des agents qui étaient plutôt attirés par l’appât du gain. Mais personne ne lui a parlé de plan sportif, de projet de jeu, aucun agent ne lui a demandé son avis sur quel style d’équipe il aurait voulu évoluer et très peu d’entre eux ne lui ont parlé de valeurs sportives. Cela m’a poussé à la réflexion et orienté sur ma façon de travailler.

Sachez que très peu d’agents savent ce que c’est de jouer au football (même au niveau amateur) ou être dans la peau d’un joueur. C’est pour ça que je ne parle pas d’argent avec mes joueurs, je leur dis : « Si vous voulez gagner de l’argent, allez voir ailleurs, ce n’est pas avec moi que vous aurez le jackpot tout de suite. Par contre, si vous voulez trouver un projet sportif, exister sous un maillot, grandir avec un club, effacer les échecs, et faire les bons choix sportifs tout en gagnant bien votre vie, là je suis capable de vous accompagner. »

J’ai commencé avec Bafodé Diakhaby, un joueur qui m’est très cher, et qui est aujourd’hui entraîneur au centre de formation du Paris Saint-Germain. C’est un joueur qui a été formé au PSG, qui a connu le monde pro là-bas, mais qui a malheureusement connu des blessures et qui s’est retrouvé un peu voué à lui-même. Nous avons donc travaillé ensemble, nous avons avancé, rebondi au Paris FC en National, après quasiment deux ans de chômage. C’est le premier joueur qui m’a fait confiance, nous avons galéré ensemble, traversé le désert ensemble (rires) et connu les joies du résultat du travail ensemble.


Avez-vous remarqué des changements notables depuis vos débuts ?

 

Les mentalités évoluent forcément, dans le bon sens comme dans le mauvais. Ce qui va dans le mauvais sens à mon goût, c’est que tout le monde veut devenir agent par appât du gain ! Des hommes, des femmes, des gens qui ne sont pas issus du milieu du football et qui n’ont pas de connaissances et compétences du football. Je pense qu’il y a une telle médiatisation de ce métier que les gens pensent qu’ils vont gagner beaucoup d’argent. C’est pour ça que dans mon discours on entend souvent le mot « sportif » car malheureusement, quand on parle de l’activité d’agent, on ne parle pas football, on parle systématiquement d’argent ou de magouille, et ça me dérange. Je ne me reconnais pas dans cela. Pour ma part j’ai appris à me positionner en tant que gestionnaire de carrière, c’est beaucoup plus profond qu’être agent. C’est vraiment ce que je déplore ! J’espère que ça évoluera.

Ce que je déplore aussi, ce sont certaines relations de « copinage » qu’il peut y avoir avec certains clubs. En France c’est le copinage qui est valorisé au-delà de la compétence. J’ai remarqué qu’en sortant de nos frontières nous étions ridicules, j’ai parfois été mieux reçu dans certains clubs de Belgique ou Allemagne, qu’en France. Le responsable scouting du Borussia Dortmund m’a reçu dans son club et m’a dit : « Comment vous faites pour laisser autant de jeunes talents français partir à l’étranger ? » encore une preuve que la compétence n’est pas la priorité au détriment du copinage. C’est un exemple de l’évolution contraire de ce qu’il se fait à l’étranger, par rapport à notre pays en matière de mentalité. Dans certains pays, on s’en fout que le joueur ou l’agent soit comme si ou comme ça ! Ce qui compte c’est la qualité du joueur et ce qu’il va apporter dans le futur au club. On tape à la porte, on donne la possibilité au joueur de montrer durant même un essai… en France non il faut qu’il prenne des infos, appelle untel, puis l’autre et encore l’autre et cela juste pour montrer sur une séance !

Maintenant je vais parler de ce qui évolue dans le bon sens concernant certains clubs qui ont aujourd’hui moins d’argent, moins de moyens, ils s’investissent moins dans le scoutisme et cellule de recrutement et sont donc plus attentifs à ce qu’il se passe dans les divisions inférieures afin de faire des bons coups. Ils considèrent un peu plus notre travail, mais malheureusement il en existe très peu des clubs comme ça. Beaucoup de joueurs passent entre les mails du filet à cause du piston ou copinage, alors que nous sommes là justement pour les présenter aux clubs car on évalue le joueur (sur le plan sportif et humain), on fait des stats, on est capable de présenter le profil qui répond aux attentes des clubs en recherche.

Comment définiriez-vous votre activité comme un métier ou une passion ?

 

Pour moi c’est les deux. C’est une passion car le foot a toujours été présent dans ma vie, et c’est aussi un métier car c’est beaucoup d’investissement de par la méthodologie et le travail qu’on met en place pour accompagner le joueur ! Je fais des kilomètres, j’y passe du temps, c’est un métier, ça me passionne. Quand on accompagne un joueur, il faut étudier son profil et lui apporter quelque chose de nouveau. Quand on arrive au stade de recherche, de réflexions, de solution, d’une remise en question, d’innovation en terme d’approche et d’analyse ça devient forcément un métier.

 

Quelle est votre plus belle réussite ?

 

Ma plus belle réussite sera la reconnaissance du travail ! Quand j’arrive à faire évoluer un joueur qui jusqu’à lors n’arrivait pas à avancer, c’est toute une fierté. La fierté c’est aussi d’avoir réussi à faire tomber des obstacles pour qu’il puisse évoluer, lui faire prendre conscience de ce qu’il devait corriger pour avancer, et qu’il prenne conscience de ses qualités pour l’avenir. Mais la reconnaissance c’est aussi lorsqu’un joueur me dit « Merci j’ai avancé, j’ai évolué avec toi », j’ai le sentiment qu’une partie du travail a été réussie mais il reste beaucoup de travail encore derrière. Tous les joueurs qu’on a été chercher en bas et qui ont accepté de travailler avec World Football Consulting ont tous évolué, aucun n’a reculé sur le plan sportif. Ils ont tous évolué avec nous. Pour prendre un exemple, Edson Seidou qui évolue aujourd’hui en ligue 2, jouait en CFA pour 500€ par mois quand on a commencé a travailler ensemble. On a été le chercher, on a mis en place un projet sportif, il a ensuite pu évoluer, puis construire une famille. Il a évolué sportivement, mentalement mais aussi sur le plan humain.

 

Comment avez-vous vécu votre première signature professionnelle ?

 

Je n’ai pas été plus heureux que lors de ma toute première signature avec un joueur amateur ! Pour la première en pro, j’ai été certes fier et heureux de voir une partie du travail aboutie, mais je n’ai pas été aussi fier que lorsque j’ai acté mon premier contrat, qui était un contrat fédéral, avec le tout premier joueur qui m’a fait confiance (Diakhaby NDLR), parce que j’en avait bavé ! On a traversé ensemble un vrai grand vide. Je suis toujours fier de donner de la satisfaction à un joueur, c’est pour moi une récompense, c’est le fruit de mon travail, surtout quand on signe pro un joueur qu’on a été chercher en bas, dans des divisions amateurs. Mais au final une signature, ça ne veut rien dire ! La réelle satisfaction se fait à la fin de la saison quand le joueur a rempli sa part du contrat et ses objectifs sportifs ! Je préfère travailler avec un joueur qui signe un contrat amateur dans une équipe pro et qui fait ses preuves, plutôt qu’un joueur qui signe pro en disant « Oui je suis professionnel », mais qui ne produit rien sur le terrain, car c’est l’anéantissement d’un long travail !

 

Avec quel type de joueurs travaillez-vous aujourd’hui ? Y a-t-il un profil type ?

 

Il y a effectivement un profil type. Dans la globalité, je préfère travailler avec des bons joueurs, pas forcément les meilleurs, mais qui ont une réelle marge de progression sur le plan sportif et humain ! Il est indispensable que le joueur ait des principes, du respect, des valeurs humaines très riches plutôt que l’espérance du portefeuille financier. Les valeurs humaines, c’est la base. On ne peut pas avancer sans cela avec un respect de soi-même, des gens qui nous entourent, et définir un projet sportif. Avant de signer un joueur je vais le voir jouer trois fois afin d’être sûr que son comportement sur les terrains et les valeurs humaines vont nous permettre de travailler correctement.

Au début, quand j’ai commencé la profession on m’a un peu collé l’étiquette de celui qui est capable de relancer un joueur, qui va au feu, au charbon, à la guerre ! Donc beaucoup plus de joueurs viennent vers moi plutôt que je ne vais vers eux et je reste attentif a l’humain.

 

Avez-vous de nouveaux objectifs ?

 

Nous avons toujours des objectifs, une personne qui n’en a pas, c’est une personne qui n’avance pas. Les miens sont de continuer mes affaires, mon apprentissage au quotidien auprès des terrains et de mes joueurs. D’afronter les difficultés et d’apprendre parmi les échecs et ne jamais baisser les bras. J’espère un jour être parmi les meilleurs agents de France, pas médiatiquement, mais dans la reconnaissance du travail auprès des cellules de recrutement, des directeurs sportifs et des joueurs en priorité. Les joueurs commencent à comprendre que c’est important d’être bien entouré, d’avoir une personne de confiance qui l’épaule ! L’important n’est pas d’avoir un agent avec un nom connu, mais d’avoir une personne qui sera là dans les bons comme dans les mauvais moments, et surtout les plus difficiles, de leur carrière.

Être l’agent d’un joueur courtisé, médiatisé et au sommet tout le monde peut l’être….

Mais être l’agent d’un joueur qui est dans le noir, dans les divisions inférieures, l’accompagner et le mettre progressivement à la lumière par le travail commun… très peu sont capables de le faire et c’est mon métier !

 

Merci Farid pour cet entretien, bonne continuation.

 



A propos de l'auteur

Amoureuse du ballon rond depuis mon plus jeune âge, j'essaye d'exploiter mes talents sur les terrains depuis quelques années, même si mon profil ressemble à celui de Gregory Vignal. Le sport est ma religion, l'humour mon passe-temps.

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