À l'aube de la troisième journée de Ligue 2 et un déplacement à Laval (samedi, 19h), l'entraîneur de Rodez, Didier Santini se confie sur le début de saison de ses hommes, le fameux match de la saison dernière contre Bordeaux, mais aussi sa méthode qui a permis au RAF de se maintenir lors du dernier exercice. 

We Sport : 4 points en deux matchs (match nul contre Ajaccio et victoire contre l'AS Saint-Étienne), j’imagine que le bilan comptable doit vous satisfaire au vu de l’adversité rencontrée ? 

Didier Santini : Oui, c’est vrai que débuter par deux si belles équipes, ce n’est jamais évident. Mais, on s’était préparé à ça. Maintenant, c’est un championnat qui va être difficile tout le temps avec des très belles équipes à affronter. Il faut s’habituer à ça chaque week-end, être compétitif, repartir de zéro en oubliant le match contre Saint-Étienne et se projeter tout de suite sur l’adversaire suivant en l'occurrence Laval (samedi, 19h). 

Justement, cette victoire arrachée au bout du temps additionnel contre l’ASSE (2-1), il ne doit pas avoir mieux pour lancer votre saison ?

L’année dernière, on avait attendu le mois de décembre pour remporter notre premier match à Paul Lignon. Le scénario est bien avec des émotions, les joueurs ont eu le mérite d’y avoir toujours cru face aux Verts et de les avoir poussé au plus mal pendant les quinze dernières minutes. Notre public a été vraiment fantastique jusqu'au bout.

Samedi, le RAF affronte Laval, un adversaire qui devrait tout comme vous disputer le maintien, quelles sont les forces que vous avez pu identifier chez les Tangos ?

Déjà, Laval dispose d’un gros collectif. C’est une équipe qui avait bien débuté son championnat la saison dernière, mais qui a connu un gros passage à vide. Que ce soit leur président ou même les joueurs, ils n'ont pas lâché leur coach (Olivier Frapolli), qui a fini par les sauver. Olivier a su fédérer ses joueurs derrière lui-même dans la difficulté ainsi c’est une équipe très solidaire, dure à jouer et qui a une mentalité exceptionnelle. Ça va être un super match. 

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Il y a un enchaînement contre des adversaires supposés tout comme Rodez jouer le maintien cette saison (Laval, Valenciennes, Pau), est-ce que c’est un moment de la saison que vous avez déjà ciblé ?

Moi je n'ai rien ciblé, je joue match après match. Je suis focalisé sur Laval. Je m’en fous pour l’instant complètement des autres matchs. Aujourd’hui, c’est vraiment prendre les matchs, les uns après les autres. Si on cible un match en particulier, on va se tromper. Tous les adversaires sont forts dans ce championnat, tout le monde peut gagner contre n’importe qui donc faut se remettre en question à chaque rencontre. 

Quel regard portez-vous sur cette Ligue 2 2023-2024 ?

Je pense que c’est l’une des meilleures Ligue 2 de l’histoire. Au niveau des clubs, je crois qu’il y a 15 formations qui ont évolué dans l’élite, ces 10-15 dernières années. Quand on voit les noms (Troyes, Auxerre, Angers, Bordeaux et Caen), ça fait beaucoup de monde. C’est un très beau championnat avec de belles formations, le RAF a également progressé. On travaille pour embêter un peu tout le monde.

“Je savais que Rodez (Ligue 2) était un club super et après en rencontrant les hommes, ça a matché de suite”

Si on revient dans le rétroviseur, vous êtes arrivé en cours de saison dernière pour remplacer Laurent Peyrelade, quelles ont été les clés qui ont permis à Rodez de se maintenir en Ligue 2 l’an passé ?

Les clés, c’étaient la continuité, le travail. C’est un club qui est très familial, cette ambiance qui règne dans le club avec un public qui nous a toujours soutenus, c’est tous ces facteurs qui nous ont permis de nous en sortir. 

Cet esprit familial, cela a été déterminant dans votre choix de rejoindre le RAF ? 

Pour moi, c’était l’un des facteurs qui m’a fait venir ici. Je connaissais le club de l’extérieur, je savais que c’était un club super et après en rencontrant les hommes, ça a matché de suite. Mon projet, c’était de me retrouver dans un club familial avec des gens qui ne se prennent pas pour d’autres, tout le monde se parle. Quand ça marche c’est bien, mais quand ça ne marche pas, c’est là que l’on voit les réactions, si les gens te tournent le dos ou pas. Et là, j’ai rencontré des gens qui sont toujours là. 

Vous attendiez-vous à cette proposition en Ligue 2 au vu de votre parcours essentiellement effectué en National 1 ?

J’ai déjà eu des propositions pour entraîner en Ligue 2 auparavant, mais ça ne s’était pas fait pour diverses raisons. Celle-là, elle m’a vraiment surpris. Je m’attendais pas du tout à entraîner le RAF au vu de la longévité de Laurent Peyrelade sur le banc, c’est le football. Si ça n’était pas arrivé, je serais parti dans un club en National ou plus bas et m’éclater avec des gens qui aiment bosser.

L’important maintenant, c’est que ça continue avec le staff, de trouver des idées avec Grégory Ursule (manager général), Guillaume Laurens (directeur du développement) et bien sûr mon président Pierre-Olivier Murat en étant toujours dans la communication et l'anticipation. Je suis un entraîneur qui n’aime pas qu’on me dise les choses le lundi alors qu’on pouvait me les dire le samedi avant le match. 

“Honnêtement, on a attendu, on a subi les choses”,

Didier Santini revient sur la fin de saison dernière polémique en Ligue 2

Vous avez parlé brièvement de la fin de saison, il y a eu ce fameux match contre les Girondins de Bordeaux, comment en tant qu'entraîneur, on gère cette situation de ne pas savoir si le match va reprendre ou pas ?

Franchement, je pensais qu’on allait reprendre le match. Je crois que les joueurs sont restés presque une heure dans les vestiaires en tenue. On essayait de leur montrer les images du début de match, ce qu'on avait fait de bien et pas bien durant le début de la partie. L’objectif de notre staff, c’était de les préparer à reprendre, en les gardant sous pression.

Quand le médecin des Girondins de Bordeaux a estimé que Lucas (Buades) ne pouvait pas reprendre, le délégué de la Ligue de Football Professionnel m’a indiqué que son remplacement ne serait pas comptabilisé dans mes changements comptabilisés. On a essayé de repartir de zéro malgré le fait qu’on a subi les événements. Je sais qu’une semaine après, c’était plus possible en raison des dates FIFA. Honnêtement, on a attendu, on a subi les choses. On n'a pas trop parlé en attendant la décision de la LFP.

Revenons sur le mercato estival, est-ce que vous vous attendez encore à d’autres arrivées et si oui à quelle poste ?

On est en train de voir, on a perdu Éric Vandenabeele (fracture du péroné) en défense centrale pour plusieurs mois. Il faudrait peut-être un défenseur supplémentaire pour pouvoir bien travailler à l’entraînement. Après, il ne faut pas prendre pour prendre. On ne veut pas se tromper sur le joueur. On veut un nouvel élément qui est capable de très vite entrer dans le groupe avec une très bonne mentalité. 

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Quand on voit le recrutement effectué cette saison, on se rend compte que la recrue la plus âgée à 23 ans, c’était une volonté de votre part de continuer à rajeunir les troupes ? 

J’aime les jeunes joueurs mais aussi les anciens (rires). Il y a quand même pas mal de joueurs d’expérience dans ce groupe. Je pense à Éric (Vandenabeele), mais aussi Clément Depres, Joseph Mendes ou encore Joris Chougrani. On a pas mal de joueurs qui sont là depuis un bon moment mais aussi de jeunes éléments en devenir doté d’un gros potentiel, c’est intéressant pour moi.

Au niveau des départs, il y a eu le transfert de Rémi Boissier vers Dunkerque, c’était un joueur marquant, tu aurais aimé pouvoir le conserver ?

Bien sûr que oui, je l’ai eu pendant deux heures au téléphone. Après, comme je lui ai dit, c’est son choix et je le comprends. Moi-même dans ma carrière de footballeur, j’ai quitté Bastia (club dans lequel Didier Santini a évolué pendant 9 ans) pour découvrir un nouvel environnement. J’ai tout fait avec le club pour le garder, c’est la vie, c’est le football. Je connais bien la ville (Dunkerque) et le club, je lui souhaite vraiment de s'éclater car c’est une très belle personne. 

“C’est très facile d’aller voir les gens, faire des grands sourires quand on gagne un match, c’est dans la défaite qu’on voit la vraie personnalité de chacun”

Si on revient à votre personne, c’est quoi la méthode Didier Santini ? 

D’abord se servir de toutes les compétences des personnes qui bossent avec moi, leur laisser faire tout de A à Z. Laissez mon adjoint qui est hyper compétent laisser sur le banc de touche sans rien faire ça m’embête alors que personnellement j’aime bien m’occuper de l’aspect individuel du joueur. Un peu comme le sport individuel, je regarde quelle est sa marge de progression, ce qu’on peut améliorer tout en restant dans nos principes. Dès que je peux, je discute avec chacun de mes joueurs, leur montrer qu’ils sont très bons individuellement et qui peuvent progresser s’ils s’en donnent les moyens.

Être positif, que je perde ou que je gagne, je vais vers les gens, c’est la vie. C’est très facile d’aller voir les gens, faire des grands sourires quand on gagne un match, c’est dans la défaite qu’on voit la vraie personnalité de chacun. 

T’as parlé de l’aspect individuel, tu t’appuies sur des exemples d’autres sports ?

Beaucoup ! Que ce soit sur le tennis, le basket ou même le golf. Des fois, il doit me prendre pour un fou quand je leur parle de jouer point par point, la répétition de choses basiques comme le coup droit pour Novak Djokovic ou encore le lancer franc pour Tony Parker. C’est vraiment quelque chose que j’essaie de faire comprendre aux joueurs. 

Pour conclure, qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter ?

Je souhaite juste à mon staff, mon club que j’adore, de faire une très belle saison. Continuer à grandir, montrer qu’on a notre place dans ce championnat. Pour ma part, je serai tout le temps heureux .Quand je fais du foot, je prends du plaisir quoi qu'il arrive.

Merci à Didier Santini de nous avoir accordé cet entretien. Vous pouvez d'ores et déjà retrouver nos deux précédentes interviews de Nicolas Usaï (Pau FC) et Philippe Hinschberger (Niort).