Sa jeunesse, ses épreuves, les chances françaises et les favoris pour le titre, présentation de l’épreuve d’escalade, une discipline qui fait ses débuts sur la scène olympique.
Une discipline jeune
Faisant son entrée aux Jeux olympiques cette année à Tokyo, au même titre que le basketball 3×3, le karaté, le skateboard ou encore le surf, l’escalade a une histoire assez récente d’un point de vue compétitif. Ne possédant une fédération internationale que depuis 2007, l’IFSC (International Federation of Sport Climbing), ce sport est reconnu par le CIO depuis la même année. Une jeunesse qui n’empêchera pas le comité olympique de rapidement s’y intéresser.
C’est récemment que tout s’est accéléré pour l’escalade. Sport spectaculaire attirant l’œil des jeunes, il représente parfaitement ce que recherche le CIO dans sa quête de rajouter de nouveaux sports plaisants à un public moins âgé. Ainsi, dès 2013, l’escalade est présente dans un rapport du CIO sur de potentiels sports à inclure au programme olympique des JO 2020 et 2024. Cette éventualité se concrétise finalement deux ans plus tard, en 2015, lorsqu’une liste de nouveaux sports est soumise au comité exécutif du CIO et validée l’année suivante. C’est officiel, l’escalade fera donc ses débuts aux Jeux en 2020 et sera même confirmée pour 2024 quelque temps plus tard.
Une épreuve en trois temps
Traditionnellement, l’escalade sportive se décompose en trois disciplines : la vitesse, le bloc et la difficulté, le tout formant une autre épreuve, le combiné. À Tokyo, et pour les olympiades à venir, c’est uniquement cette dernière qui sera récompensée, les différentes épreuves ne constituant que des étapes du combiné et non une épreuve à part entière, comme c’est par exemple le cas lors des championnats du monde ou de la coupe du monde. Si les notions de vitesse, bloc et difficulté vous sont obscures, voici quelques éclaircissements.
La vitesse
Épreuve peut-être la plus spectaculaire et la plus simple parmi les trois du combiné aux Jeux olympiques, la vitesse en est également la plus simple à comprendre. Sur un mur de quinze mètres de haut, deux grimpeurs se retrouvent côte à côte et ont pour objectif de terminer leur voie le plus rapidement possible. Sécurisés par des assureurs automatiques, ils doivent faire preuve de beaucoup de puissance sans pour autant tomber, une chute étant rédhibitoire et entraînant la fin de leur essai.
À titre d’exemple pour illustrer la vitesse à laquelle les grimpeurs montent, le record du monde est détenu depuis 2017 par l’Iranien Reza Alipourshenazandifar en 5.48, soit plus de 2.60 m par seconde.
Le bloc
Deuxième épreuve du combiné, le bloc – ou bouldering – est sûrement la plus complexe. Face à une paroi où sont disposés différents boulders, chaque grimpeur dispose d’un temps déterminé – quatre à cinq minutes pour chaque bloc dans les compétitions officielles pour observer et grimper – pour chacun d’entre eux et en réussir un maximum. Avec des prises imposées pour les mains et pour les pieds au départ de chaque bloc, les grimpeurs doivent toucher la dernière prise de chacun d’entre eux avec leurs deux mains pour en valider un. Le nombre de blocs réussis et d’essais pour y parvenir déterminent ensuite le classement de cette spécialité.
La difficulté
L’épreuve historique de l’escalade sportive. Disputée aux championnats du monde depuis 1991, elle est la discipline phare pour tous les grands champions. Dans cette épreuve, chaque grimpeur doit aller le plus haut possible sur un mur d’au moins douze mètres de hauteur, quinze de longueur et trois de largeur. Chaque athlète grimpe en tête, s’assurant au fur et à mesure qu’il progresse, et a donc pour objectif d’atteindre la dernière dégaine. Les grimpeurs ne disposent que d’un essai chacun, une chute mettant fin à leur essai et stoppant leur progression à la dernière prise qu’ils ont touchée. Si deux athlètes arrivent en haut du mur, ils sont départagés par le temps qu’ils ont mis pour boucler l’épreuve, le plus rapide prenant ainsi l’avantage.
Des Français en course pour une médaille ?
Les frères Mawem récompensés ?
À Tokyo, deux grimpeurs et deux grimpeuses français ont réussi à se qualifier parmi les quarante personnes (vingt hommes et vingt femmes) sélectionnées pour les Jeux olympiques. Chez les hommes, ce sont les frères Mawem, Mickaël et Bassa, qui porteront les espoirs tricolores. Qualifiés respectivement grâce à leurs performances lors des championnats du monde 2019 et lors du tournoi de qualification olympique qui s’est tenu la même année, les deux grimpeurs d’origine guyanaise présentent des qualités différentes.
Aîné de la fratrie, Bassa Mawem (36 ans) est plutôt un spécialiste de la vitesse. En équipe de France depuis 2011, il a décroché une médaille d’argent aux championnats du monde 2018 en vitesse avant de remporter la Coupe du monde de la spécialité en 2019. Pour son frère Mickaël, qui fêtera ses 30 ans demain, le point fort est plus sur le bloc avec un titre de champion d’Europe en 2019. Sur le combiné, les limites des deux Français dans les épreuves qu’ils maîtrisent moins se font ressentir.
Néanmoins, le format olympique pourrait favoriser le fait qu’ils soient spécialistes d’une discipline. En effet, le classement est effectué en multipliant les places que chaque athlète a obtenues en vitesse, bloc et difficulté (celui ayant le moins de points étant devant au classement), valorisant une très grosse performance dans l’une de ces trois spécialités. Ainsi, un grimpeur ayant terminé 1er, 10e et 6e aurait 60 points, soit autant qu’un autre ayant terminé 3e, 4e et 5e. Reste désormais à confirmer, les frères Mayem n’ayant jamais dépassé la septième place (Mickaël en 2018 et 2019) sur les deux éditions des championnats du monde qui suivaient la notation olympique.
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Chanourdie attendue, Jaubert pour l’exploit ?
Configuration différente chez les femmes avec une grimpeuse qui semble taillée pour le combiné olympique : Julia Chanourdie. À 25 ans, la Savoyarde présente un profil complet, enchaînant les résultats encourageants sans toutefois remporter d’étape de Coupe du monde. Après avoir inscrit son nom dans les livres d’histoire de l’escalade en falaise, devenant en novembre 2020 la troisième grimpeuse de l’histoire à sortir d’une voie cotée en 9b, elle devra se surpasser pour monter sur le premier podium olympique de l’histoire de la discipline.
Pour l’accompagner côté tricolore, Anouck Jaubert devra croire à un exploit. Contrairement à Chanourdie, à Tokyo grâce au tournoi de qualification olympique de 2019, la Stéphanoise de 27 ans a obtenu son sésame grâce à une réattribution de quota. Plutôt spécialiste de la vitesse, où elle possède un palmarès plus que fourni (notamment championne d’Europe 2015 puis médaillée de bronze en 2019, mais aussi vice-championne du monde 2016 et troisième mondiale en 2019), elle devra faire preuve de polyvalence pour espérer une médaille olympique. Les deux Françaises restent tout de même sur des performances encourageantes lors du combiné olympique des championnats du monde 2019, bouclé à la onzième place pour Jaubert et à la douzième pour Chanourdie.
Un trio de tête et une favorite ?
Un match à trois chez les hommes ?
Si les hommes et les femmes disputeront les mêmes épreuves, la hiérarchie est en revanche totalement différente sur le plateau masculin et celui féminin. Chez les hommes, nombreux sont les candidats à un podium olympique et il est difficile de dégager un véritable n°1. S’il fallait retenir trois hommes pour un podium, trois noms peuvent néanmoins se dégager. Chez lui, le Japonais Tomoa Narasaki sera un candidat sérieux au titre. Depuis quelques années, le Nippon s’impose comme une référence sur le combiné : vainqueur des Coupes du monde 2017 et 2019 (également sacré sur le bloc cette année-là), il est aussi champion du monde en titre de cette discipline dans le format olympique. Tout laisse à penser que Narasaki aura à cœur de devenir le premier champion olympique de son sport dans son pays, lui qui s’est invité deux fois sur les podiums du bloc en Coupe du monde cette année.
Parmi ceux qui pourraient le faire douter, le Tchèque Adam Ondra et l’Autrichien Jakob Schubert seront en embuscade. Véritable légende de l’escalade à seulement 28 ans, le premier cité excelle sur des voies à cotation élevées et est un spécialiste de la difficulté, en attestent ses trois Coupes du monde (2009, 2015 & 2019) et ses trois titres mondiaux (2014, 2016 & 2019) dans le domaine. L’autre menace sera donc Jakob Schubert, moins connu que le Tchèque mais très régulier depuis dix ans. Avec trois Coupes du monde et deux titres mondiaux en difficulté, mais aussi un sacre en combiné aux championnats du monde 2018 et quatre Coupes du monde dans cette épreuve pluridisciplinaire (de 2011 à 2013 puis en 2018), le trentenaire a toutes les qualités requises pour monter sur le podium.
Si d’autres grimpeurs ne seront pas à sous-estimer, comme l’Allemand Jan Hojer ou le Russe Aleksei Rubtsov, les deux derniers champions d’Europe du combiné, Narasaki, Ondra et Schubert semblent se détacher légèrement par rapport à la concurrence. Pas étonnant d’ailleurs que ces trois hommes aient pris les trois premières places de la Coupe du monde du combiné (dans cet ordre-là) il y a deux ans.
Janja Garnbret intouchable ?
Chez les femmes, en revanche, une favorite se détache clairement du reste des concurrentes : Janja Garnbret. À seulement 22 ans, la Slovène écrase la discipline et ne semble pas avoir trouvé une grimpeuse en mesure de lui faire de l’ombre. Son palmarès depuis 2016 parle pour elle : huit Coupes du monde (trois en difficulté, une en bloc et quatre en combiné), six titres mondiaux (deux en difficulté, bloc et combiné) et un européen (le combiné en 2017), personne n’a fait ne serait-ce que la moitié de ce qu’elle a réalisé sur la même période.
Ultra dominante dans deux des trois disciplines de l’escalade sportive, le bloc et la difficulté, rien ne semble pouvoir l’empêcher de décrocher l’or dans une discipline où elle est la meilleure du monde. Plutôt en forme en 2021 avec quatre victoires sur des étapes de Coupe du monde, le bloc à Meiringen mi-avril, la difficulté et le bloc fin juin à Innsbruck et à nouveau la difficulté à Villars début juillet, Garnbert arrivera en forme, renforçant encore plus son statut de favorite.
Pour la faire douter, Akiyo Noguchi est peut-être la mieux placée. Si, à 32 ans, la Japonaise n’est plus dans ses belles années, elle arrivera quand même sur ses terres en tant que vice-championne du monde du combiné et du bloc, à chaque fois derrière Janja Garnbret. Pour ses Jeux olympiques, la Nippone pourrait, pourquoi pas, créer l’exploit.
Rendez-vous dès demain matin (10h00) pour le début des épreuves d’escalade, avec les qualifications du combiné hommes. Pour les médailles, le rendez-vous est déjà fixé aux 5 et 6 août à 14h10 pour le dénouement de l’épreuve masculine puis de celle féminine.
Crédit image en une : IFSC