Julien Brun : “C’est vraiment un plaisir continu !”

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crédit : BeIN Sport
Ligue 1

Il y a 2 semaines, Julien Brun nous a offert 30 minutes de son temps. Un coup de téléphone lui a suffit pour transmettre toute sa passion et son amour pour le football ! Aujourd’hui, WeSportFR vous propose de partir à la rencontre du commentateur et journaliste de BeIN Sport en direct de Saint Petersbourg ! Il nous livre son point de vue sur la Coupe du monde et le football en général. En l’espace d’un instant, il nous emmène en Russie !

Vous êtes prêts ? C’est parti !

Bonjour Monsieur Julien Brun, merci de prendre le temps de répondre à nos questions.

Bonjour, pas de souci et c’est avec plaisir !

Tout d’abord, d’où vous vient la passion du football ?

Alors, je n’ai aucun souvenir de moi vivant sans penser au foot en fait. J’ai un grand frère qui joue au football depuis petit, et moi j’ai toujours eu l’envie d’en faire. Je l’ai d’ailleurs pratiqué quand j’étais gamin et même jeune adulte. J’habitais dans un petit village de l’Oise donc il n’y avait pas de très grosses équipes à côté, il y avait Beauvais que l’on allait voir. Mais sinon on essayait de se déplacer pour aller voir des matchs à droite à gauche. C’est quelque chose qui m’a toujours paru, quand j’était gamin, à la fois proche, car le foot amateur j’étais dedans 5 fois par semaine, et en même temps lointain, en ce qui concerne le foot professionnel avec les rares matchs que l’on pouvait aller voir de temps en temps. Ces matchs étaient un peu des sortes de cadeaux. Et on les appréciait comme tels.

Votre frère vous a donc fait entrer dans l’univers footballistique. Et vos parents dans tout ça ? Avaient-ils une certaine proximité avec le football ?

Alors, pour tout vous dire, mon père aimait plutôt ça, mais ce n’était pas non plus un truc de fou. Et ma mère est totalement rétive à la fois au football et à la télévision. Bien-sûr, je pense qu’elle est quand même très fière de ce que je fais. Elle s’est abonnée à BeIN Sport dés que la chaîne s’est lancée, mais c’est vraiment parce que c’est moi car le football ce n’est pas du tout son truc.

Elle vous regarde quand même lorsque vous commentez les matchs ?

Oui oui oui. Après, je ne lui donne pas tout mon planning à chaque fois. Il y a quelques jours, elle m’a demandé quand je partais en Russie alors que j’avais déjà commenté un match. (rires) Normal quoi !

On sait que vous avez un petit faible pour le championnat anglais, est-ce que c’est possible de vous voir un jour commenter la Premier League sur BeIN Sport ?

Alors, j’ai commenté la PL pendant 3 ans sur Canal +, avant d’arriver à BeIN Sport. C’est vrai que c’est un football que j’aime vraiment beaucoup. Pour tout vous dire, je n’ai pas un championnat que je mets au dessus des autres. Je suis aussi vraiment ravi de faire de la Ligue 1 depuis des années. Mais c’est vrai qu’avec le football anglais, j’aime vraiment ce qu’il y a au-delà du foot : les ambiances, les supporters, les couleurs, la manière dont cela fonctionne… En plus, je parle anglais, donc ça me plait. Et ce qui est quand même pas mal du tout, alors certes on a pas la PL, mais depuis le début de la chaîne à BeIN on a les 2 coupes nationales. Ça nous permet d’aller souvent en Angleterre, pour aller faire des matchs de Coupes de la Ligue ou encore de FA CUP. Evidemment je serais ravi que l’on récupère un jour les droits de la PL mais, de toute façon, premièrement ça ne dépend pas du tout de moi et deuxièmement même sans, je suis très heureux avec ce que l’on a.

On passe en mode Coupe du monde ! Certains disent en Russie que l’on peut voir les stades depuis l’espace. Sont-ils vraiment impressionnants ?

Pour le moment, je n’en ai vu que 2. Je suis allé à Rostov et là je suis actuellement à Saint Petersbourg. Le stade de Rostov est beau mais il n’est pas très très grand. Enfin, il reste impressionnant. Mais vraiment là, le stade du Zénith… (soufflement) Je n’étais pas venu depuis la reconstruction du stade. Je connaissais l’ancien stade. C’était un stade à l’ancienne avec une piste d’athlé autour. Et depuis qu’ils l’ont refait, c’est vraiment le type de stade que j’adore. Il a une grosse capacité, il y a quand même 68 000 places, mais il reste très compact en fait, les gens sont proches du terrain. Les tribunes ne sont pas à la verticale mais ont beaucoup d’angles. L’ambiance est hyper chaleureuse et c’est très agréable une fois à l’intérieur. C’est un petit peu comme… ce n’est pas Bernabeu mais il y a l’idée que le stade est « compact ». Et donc oui, le stade de Saint Petersbourg est vraiment très impressionnant. 

crédit : L’Equipe

A propos des stades, les constructions des installations sportives prévues pour la Coupe du Monde sont-elles totalement finies ? Certains journalistes étrangers se plaignaient du manque d’organisation car certaines installations prévues pour l’événement n’étaient pas terminées. Qu’en pensez-vous ?

Là où je suis allé pour le moment, tout est fini. C’est niquel. Franchement, au niveau de l’organisation, il n’y a aucun souci. On est au niveau Coupe du Monde.

Pouvez-vous nous décrire l’ambiance, l’atmosphère qu’il y a en Russie ?

Alors, ce qui est étonnant, c’est que par rapport à la précédente Coupe du Monde qui était au Brésil, où c’était évident d’une certaine manière, les gens étaient aux couleurs de la sélection du Brésil. Ici, il y a peut-être un peu moins d’engouement immédiat mais on retrouve cette atmosphère avec tous les étrangers qui viennent soutenir leur nation. Alors, il y a quand même un élément à relever. J’ai fait le match de la Russie, et le fait que la sélection qui accueille le tournoi ait gagné les 2 premiers matchs alors qu’ils ne s’y attendaient peut-etre même pas eux-mêmes, a déclenché un engouement… Ce ne sera peut-être pas une folie collective comme ça pouvait l’être au Brésil, mais on sent qu’il y a quelque chose qui a vraiment démarré depuis quelques jours.

D’ailleurs, vous connaissez bien les supporters russes. Vous les avez croisés pendant l’Euro. Il y avait eu même quelques échauffourées. Vous vous rappelez de cela ?

Ah ouais, je m’en rappelle. J’étais à Marseille pour le match Angleterre-Russie et c’était vraiment un des matchs où j’ai eu le plus peur. Pas pour moi car j’étais loin d’une certaine manière, mais pour les familles qui étaient installées, etc… Et c’est vraiment particulier car jusqu’ici tout se passe bien. J’étais sur le match Russie-Egypte et il n’y avait pas du tout ce genre d’atmosphère. Après, je pense que les dirigeants russes ont vraiment voulu montrer que ça se passerait bien chez eux. Il a dû y avoir une sorte de ménage avant la compétition pour que cela se passe de cette manière, il y a des grosses mesures de sécurité. Par exemple, on a voulu faire les malins et aller au stade en taxi et on nous a pas laissé nous approcher à moins de 6 kilomètres. Donc on a fini ces derniers kilomètres à pied, sous la pluie avec Bruno. Il y avait du vent, le parapluie s’est même retourné. Donc quand on est arrivé au stade, on était trempé. Mais je veux dire qu’on sent que c’est sécurisé, Il y a la police partout, enfin, c’est vraiment très encadré. Et je pense que l’image qu’ils ont donné à l’extérieur, ils ne veulent pas du tout que ce soit l’image de la Russie à la fois pour le pays mais aussi pour le monde entier.

Si vous aviez une petite anecdote à nous raconter depuis que vous êtes en Russie au delà du football en lui-même.

Alors, il y a quelque chose qui est marrant c’est lorsque l’on se déplace avec les taxis. On essaye de se faire comprendre, on parle lentement en anglais, on utilise même nos téléphones pour utiliser Google trad. Et franchement, (rires) les conducteurs nous répondent quasi systématiquement à 2 milles à l’heure en russe. Donc la communication va plus dans un sens que dans l’autre. Pour le moment, on a un petit problème de “translation” avec Bruno. Mais c’est plus marrant que grave.

D’ailleurs, au niveau des langues, c’est vrai qu’Anne-Laure Bonnet a appris parfaitement le Russe ?

Parfaitement je ne sais pas. Moi Anne-Laure, je l’ai croisé pour le match du Brésil. Je pense qu’elle ne parle pas parfaitement mais ce qui est sûr c’est que lorsque l’on prend les transports, que l’on va au restaurant etc, avec elle c’est beaucoup plus facile que quand elle n’est pas là. (rires)

A quoi ressemble une journée d’un commentateur sportif ? Que s’est-il passé le jour du match de la Russie par exemple ?

Alors, on n’a pas forcement une organisation précise. En tout cas, moi je sais que j’avais préparé toutes mes fiches de chaque équipe que j’allais commenter au premier tour. J’ai tout préparé en amont quand j’étais à Paris. Donc j’avais tout de même une grosse base avec les données sur les joueurs, les données sur les équipes etc… N’empêche que le jour même du match, j’ai pris mon ordi pour retravailler, remettre à jour des infos. Je me suis déjà occupé de cela le matin. Ensuite, on a une petite routine avec Bruno, on s’est fait un super restaurant au bord de l’eau. C’était magnifique. On a aussi eu quelques petites galère de transports comme je te l’ai raconté tout à l’heure. Puis, on est arrivé au stade, on a récupéré tous les éléments dont on avait besoin, on s’est installé dans le centre de presse et visionné les différents endroits où on pouvait être amené à aller. A la mi-temps du match précèdent, on a dû aller sur le bord de la pelouse pour aller faire un petit duplex pour expliquer les enjeux de la rencontre. Ensuite, on a fait un petit Facebook Live avec Bruno au centre de presse. On a essayé de répondre à un maximum de questions. Après cela on est retourné sur la pelouse pour faire un duplex avec Alexandre Ruiz. Puis, on a commenté le match. Enfin, je suis redescendu en zone d’interview. Ce sont des journées où, à part le moment où l’on mange, on n’a pas beaucoup le temps de traîner. En même temps, moi je ne le considère pas comme du travail. Le travail, je l’ai effectué dans la préparation avant de venir en Russie. Il y a de la recherche de statistiques, d’anecdotes… On essaye d’avoir cela sur chaque joueur. Là par exemple, j’ai quelque chose sur les 23 de la Russie. Donc cela c’est vraiment le gros du travail. Une fois que cela est fait, les galères de taxi et tout, ça en devient rigolo. Donc c’est une routine sans être une routine. Dans le sens où à chaque match on essaye de mettre en place un organisation mais cela reste tellement génial qu’on ne la suit jamais à la lettre.

Et c’est ce que je dis chaque fois à Bruno : « t’imagines la chance qu’on a d’être, après le Brésil, en Russie pour la Coupe du monde ? On est payé pour pouvoir regarder des matchs de haut niveau »

Et c’est ce que je dis chaque fois à Bruno : « t’imagines la chance qu’on a d’être, après le Brésil, en Russie pour la Coupe du monde ? On est payé pour pouvoir regarder des matchs de haut niveau » Cette question revient un peu à ce que je disais au tout début. Franchement, au départ, je suis un petit gars qui regardait le foot à la télé en me disant que tout cela c’était loin. Et au final, aujourd’hui, j’ai la chance de pouvoir vivre de ça. La boucle n’est pas bouclée mais voilà, c’est un truc dont je me rends compte systématiquement : la chance que j’ai de pouvoir faire ce métier.

Donc une organisation très chargée impose un certain contrôle de soi. Est-ce que vous savez gérer le stress, avec l’expérience que vous avez cumulé au fil des années ?

Alors, le seul stress que j’ai, c’est de rater le premier duplex par exemple. Hier, quand on était à marcher les 6 kilomètres, je pensais qu’il fallait qu’on soit au stade à l’heure. Ça ne m’est jamais arrivé dans ma carrière. Souvent, les consultants avec qui je bosse disent que je suis un peu fou par rapport aux horaires etc… J’aime bien arriver très tôt au stade. Mais une fois que je suis au stade et que je suis sûr de tout faire à l’heure, et que le micro s’allume, c’est que du bonheur. Alors, j’en ai eu au tout début de carrière mais depuis des années maintenant. Ca parait ridicule de dire cela mais c’est vraiment un plaisir continu.

« ça parait ridicule de dire cela mais c’est vraiment un plaisir continu »

Une fois que le match démarre, il n’y a pas de moment où j’ai peur. Et puis, j’aime bien gérer un peu parfois l’imprévu. Alors je ne demande pas qu’il y ait des problèmes techniques tous les jours mais voilà, quand ça arrive ce n’est pas tellement gênant.

Une question tient en halène toute la France entière et même toute la terre entière : est-ce que vous vous êtes déjà séparé plus de 10 minutes de Bruno Cheyrou ? 

crédit : Julien Brun Twitter

Déjà, je vais avoir un scoop pour vous… on a deux chambres d’hôtels différentes. (rires) A Saint Petersbourg, on a deux chambres qui sont l’une à côté de l’autre. En revanche, on mange ensemble, on se ballade parfois ensemble. Mais de temps en temps, s’il y en a un qui veut faire la sieste, on peut quand même se faire des trucs chacun de son côté. Mais le soir, quoi qu’il arrive, sa chambre la 314 et la mienne la 313.

On sort de la CDM : Quel est le match qui vous a procuré le plus d’émotions dans toute votre carrière ?

Pour être honnête, au niveau des émotions, j’en ai peut être 2 qui sortent. Ce sont deux matchs de Ligue des Champions. Ah non ! il y avait un Pays Bas-Costa Rica en Coupe du Monde où j’avais pris beaucoup de plaisir. Alors, la rencontre n’est pas exceptionnelle, ce n’est pas un truc de ouf mais il finit sur une séance de tirs au but. Et ça, c’est quelques chose que j’adore commenter. Autrement, j’ai eu à faire un Dortmund-Malaga en Ligue des Champions il y a quelques années. Cela avait été un truc de malade mental ! J’étais vraiment dans un état second. Et sinon, cette saison, j’ai eu la chance de me déplacer de nombreuses fois à Liverpool. Et là…Pfff…Le Liverpool-Manchester City en Ligue des Champions m’avait mis un gros gros coup…

Pour preuve :

Ce n’était pas qu’au niveau du jeu. Il y avait vraiment la totale. Il y avait deux grosses équipes, le jeu avec Salah, le public, le stade, une sorte d’atmosphère positive tout au long de la rencontre. Ce match là a vraiment été un bonheur ENORMISSIME !

Dernière question : Quand je vous dis « pépite » vous pensez à qui ?

Depuis le début, j’ai un faible pour Dembélé. J’ai eu a la chance de commenter son premier match lorsqu’il était à Rennes. On était avec Bruno. On nous avait même parlé de lui avant le match. On avait discuté avec Mikaël Silvestre dans l’avant match, il nous avait dit : « ce gamin là, il a vraiment un truc, il a quelque chose et tout… » Et le gamin est rentré en cours de partie. Au bout de 10 minutes, sincèrement, avec Bruno on s’est regardé et je lui ai demandé s’il était droitier ou gaucher. (rires) Il me répond : « je ne sais pas mais en tout cas il est énorme. » A la fin du match, on s’est dit qu’on avait vu la naissance d’un gars qui va jouer le haut niveau, qui va cartonner quoi. Donc depuis ses débuts, je le suis un peu avec les yeux de l’amour.

 

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