Eblouissant Karl-Anthony Towns! Lors de la spectaculaire victoire des Wolves sur le parquet des Spurs hier (149-139), KAT a tout simplement éclaboussé la rencontre de son talent. Juger par vous même : 60pts, record en carrière et record de franchise, à 19/31 au shoot dont 7/11 à 3pts, 17rbds et 3asts, rien que cela ! Mais finalement, cette performance historique n'est que l'aboutissement d'un travail acharné depuis de longs mois maintenant. Mais alors, jusqu'où l'ancien de Kentucky peut-il emmener sa franchise? 

Il l'avait clamé haut et fort. Il n'avait finalement fait qu'assumer. En s'auto-proclamant comme le meilleur big man shooteur à 3pts de l'histoire, Karl-Anthony Towns a fait grincer quelques dents. « Je suis le plus grand shooteur de tous les temps chez les Big men. C’est un fait, vous n’avez qu’à voir les stats. Je n’ai pas besoin de jouer comme quelqu’un d’autre. Tout le monde essaie de trouver des solutions pour être une autre version de moi. Moi, je reste la première version, je n’ai pas besoin de ressembler à quelqu’un, je suis l’original, pas besoin d’être une réplique », avait-il déclaré. Alors oui, ses stats sont superbes, notamment ce pourcentage derrière l'arc, 39.7% en carrière, en prenant en moyenne plus de 4 shoots longue distance par match. Mais encore fallait-il être capable de l'assumer. Ce qu'il a fait de fort belle manière.

Le All-Star, la consécration

Et pour cela, quoi de mieux que de se frotter à la crème de la crème, lors d'un événement regardé par les Etats-Unis tout entier. Le mois dernier, KAT  a été convié au All-Star Game de Cleveland pour mettre en exergue ses déclarations de la fin d'année dernière. Opposé à Trae Young, Luke Kennard, Zach Lavigne ou encore Patty Mills, il n'a pas tremblé. Il a même littéralement marché sur ce concours, le remportant sans trembler. Il a donc rejoint Nowitzki et Love en tant qu'intérieur vainqueur de ce concours longue distance. Et depuis, il marche littéralement sur l'eau ! 25pts, 8.5rbds de moyenne en 11 matchs. Six double-doubles de suite, série en cours. Surtout 56% d'adresse au shoot, et surtout, 40% derrière la ligne. N'oublions pas que c'est un big man ! Et, cerise sur le gâteau, depuis le break, Minnesota reste sur neuf succès en onze rencontres. Derrière des Nuggets qui ne tiennent qu'à un fil (à un Jokic pour être exact), les Wolves ont une vraie opportunité d'accéder directement en playoffs cette saison. Et ils le doivent en grande partie à leur pivot. Pour assumer, il assume, le gros chat.

Le Covid, la bascule 

Cette envie et cette abnégation, Towns la puise dans son travail. Et surtout, dans un changement d'état d'esprit. Frappé de plein fouet par le Covid, sa famille a été décimée. Six membres en sont décédés, dont sa mère. Un vrai choc. « Après son décès, j’ai dû passer les appels les plus difficiles de ma vie, confie-t-il. J’ai dû appeler ma tante, la famille de mon père, mais je pense que le plus difficile a été d’appeler sa mère, ma grand-mère, pour lui dire qu’elle avait perdu sa fille. C’était dur, elle a crié au téléphone, elle est devenue hystérique. Il n’y a rien de pire que de perdre son enfant. Je ne me souviens pas de mes précédents matchs, ni dans quelles équipes j’ai joué. Pour être honnête, je m’en fiche. Je ne me souviens que de ce qui s’est passé à partir du 13 avril. Vous me voyez sourire sur le moment, mais le Karl que vous avez connu est mort. Il ne reviendra jamais. Je suis physiquement là, mais mon âme est morte depuis longtemps. Je ne me souviens plus de l’homme que j’étais avant le 13 avril. » Sa mère était sa première fan, assistant à tous les matchs de son protégé. Towns a mis des mois à se remettre dans le sens de la marche, n'arrivant plus à faire surface. Mais il a su se remobiliser, pour sortir de cette spirale infernale. « Je pense avoir grandi en tant que personne. Je n’avais pas le choix. Maintenant, j’avance dans une nouvelle partie de ma vie. Une nouvelle version de moi. ». 

Depuis, ce n'est clairement plus le même homme. Il semble animé par un désir de revanche, non pas envers le basket, mais envers la vie. Il a su relativiser le reste, et se concentrer uniquement sur ce qui fait sa force: sa famille, et le travail. Et les résultats le montrent. Towns, All-Star cette saison, fait partie des meilleurs intérieurs de la ligue. Et si les Wolves continuent leur fin de saison canon, il n'est pas usurpé de les imaginer finir dans le top 6, synonyme de qualification directe pour les playoffs.

Une équipe autour de lui

Si KAT est la figure de proue de cette bande de jeunes loups affamés, il ne faut pas oublier qu'autour de lui, de solides lieutenants sont présents pour l'épauler. A commencer par D-Lo, D'Angelo Russell, son ami d'enfance. Enfin débarrassé des pépins physiques, l'ancien des Lakers s'épanouit pleinement dans le Minnesota, en tant que chef d'orchestre d'une jeunesse insouciante débordante de talent. Avec 18,8pts et 7.asts de moyenne, il régale. Mais surtout, il a enfin trouvé de la stabilité, et de la régularité. De la régularité, Anthony Edwards en fait preuve cette saison, pour sa deuxième au sein de la grande ligue. Avec 21pts de moyenne, il a su canaliser son jeu, lui le feu follet. Meilleur dans sa sélection de shoot, il est également plus altruiste (une passe de plus en moyenne que la saison précédente), démontrant un certain degré de maturité. Un vrai big three est en train de se dégager à Minneapolis.

D'autant qu'autour d'eux, la jeunesse fait rage. Jaden McDaniels, Josh Okogie, Jaylen Nowell, Nathan Knight, Naz Reid ou encore Jarred Vanderbilt ont tous moins de 24 ans ! Malik Beasley en a à peine 25, Towns et D-Lo tout juste un de plus.  Autant dire que de l'avenir, il y en a chez les Timberwolves. Et s'il fallait un peu d'expérience pour calmer cette fougue, comptez sur Patrick Beverly, le chien fou au sein d'une meute de loup. Oui cette année, on a décidé de montrer les crocs à Minnesota.

Il l'avait dit lui même, dans d'autres circonstances, pensant qu'il aurait du mal à se relever de cette déchirure. Mais il avait donc bien raison. Pour Karl-Anthony Towns, il y a eu un avant et après avril 2020. Décimé par le Covid, il s'est retranché dans son cocon, son travail, pour finalement en ressortir grandi. Depuis, KAT fait preuve d'une régularité à toute épreuve, et en plus, fait gagner son équipe. Il n'est évidemment pas le seul à redonner de la joie à toute la franchise de Minneapolis. Mais il est bien le facteur X d'une franchise qui espère enfin retrouver les playoffs et, pourquoi pas, y jouer un rôle de faire valoir. 

Crédit photo: Eurosport