Laver Cup : quel est le problème ?

La seconde édition de la Laver Cup s’est achevée ce dimanche. Pour la deuxième fois, 12 des meilleurs joueurs du monde se sont affrontés représentant l’Europe ou le reste du monde, dans un format très inspiré de la Ryder Cup de golf. Très controversée par certains, adorée par d’autres, cette exhibition/compétition par équipe divise et interpelle. Pourquoi suscite-t-elle tant de rancœur ? Est-elle forcément nuisible au tennis ?

Je ne suis pas un grand fan des exhibitions organisées en parallèle de la saison tennistique. En général, elles n’ont pas grand intérêt. Les joueurs n’y vont que pour récupérer un chèque à quelques zéros et éviter de se blesser. Sur la papier, la Laver Cup, c’est la même chose. Est-ce une machine à fric ? Oui. Le spectacle et la com sont-ils millimétrés ? Oui. L’enjeu est-il important ? Non… pour l’instant.

Conférence de présentation de la Laver Cup 2018 – Image The Telegraph

Un week-end au détriment du calendrier

En créant sa Laver Cup, Roger Federer a co-signé l’arrêt de mort de la Coupe Davis dans le format sous lequel on la connait. Une compétition par équipe sur 3 jours ça ne vous dit rien ? Cette fois-ci les tops joueurs se déplacent et l’excuse du calendrier surchargé est oublié. Pourtant, ces trois jours de spectacle ajoute une nouvelle date dans une année déjà bien rempli. Placée deux semaines après l’US Open, la Laver Cup chevauchent les tournois ATP250 de Metz et Saint-Petersbourg. Certes, Federer, Zverev ou Djokovic ne jouent jamais ces deux tournois. D’ailleurs, aucuns des 12 joueurs n’y étaient préalablement inscrits. Mais la Laver Cup est un événement qui se veut tellement gigantesque qu’elle draine toute l’attention des investisseurs et des spectateurs. Il devient alors extrêmement difficile pour ces tournois de survivre et attirer sponsors et top players. Mais alors, pourquoi ne pas l’avoir placée juste avant le début de la saison, quand il y a d’autres exhibitions ? Quand Roger veut, Roger a…

Trop surjoué ? Et alors

Une exhibition est souvent caractérisée par son faible intérêt tennistique. Ce week-end, le niveau était pourtant bien présent. Chaque joueurs a donné son maximum pour rapporter son/ses points à son équipe. Non, sur ces trois jours, ça n’était pas le niveau qui était principalement remis en cause. Tout le week-end, Nick Kyrgios et compagnie ont été critiqués pour leurs réactions excessives. L’an dernier, voir Nadal sauter dans les bras de Federer lors de la victoire finale ou encore les larmes de Kyrgios quand il a perdu l’ultime match m’avait convaincu de la réussite de la première édition.

La Team World après la victoire en double de Sock et Isner – Image Tennis Temple

Cette année, le Team World a fait le show, emmenée par l’Australien. Ils n’ont pas hésité à motiver aussi bien leurs coéquipiers que le public venu en nombre. Leurs réactions ont pu parfois paraître surjouées voire fausses d’après certains. Et alors ? Voir des joueurs se lever à chaque point c’est beau. Même s’ils en font trop, ils font vivre le jeu et imposent une ambiance à toute la salle. La Coupe Davis auraient surement gagné à avoir des joueurs se donnant autant sur le banc à chaque week-end de rencontre par équipe. Lors de la rencontre Espagne-Allemagne cette année, Nadal était comme un fou sur chaque point de son ami Ferrer : j’aurai aimé voir ça plus souvent et pas uniquement lors des balles de match finales.

Certains se demandent le but pour ces joueurs d’en faire autant alors qu’il n’y a aucun intérêt sportif. C’est justement parce qu’ils y trouvent un intérêt qu’ils agissent ainsi. Nadal avait raconté l’an dernier qu’il s’entraînait comme s’il allait jouer un Grand Chelem. Kyrgios, cette année, a affirmé qu’il s’agissait de sa compétition favorite. Opération de com ou vérité ? La preuve est sur le terrain : les joueurs ont répondu présents. Certes il n’y a pas de point distribué et le chèque est très gros mais si les joueurs aiment ce format, on ne peut pas les empêcher de s’amuser.

De plus, c’est parfois dans des compétitions sans intérêt qu’on prend le plus de plaisir. A mon faible niveau, j’ai pu disputer des compétitions universitaires (ne rapportant aucun point pour mon classement) et représenter mon école. C’est pendant ces week-ends que je me suis senti le plus porté et encouragé et que j’ai pu le plus “jouer” avec le public.

Quel avenir pour la Laver Cup ?

Il y aura une troisième édition de la Laver Cup. Elle se déroulera l’année prochaine à Genève, en Suisse. Si Federer sera à nouveau de la partie, que deviendra ce week-end quand le Big Four ne jouera plus ? Pour le moment, la communication était basée sur les présences de Federer-Nadal l’an dernier et Federer-Djokovic cette année. On le sait, ses trois joueurs attirent du monde, plus que les autres malheureusement. Est-ce qu’une telle épreuve pourra exister sans ces légendes ? Rien n’est moins sûr. Mais je reste convaincu que le tennis sera tout aussi attrayant une fois que ces joueurs auront pris leur retraite.

D’ailleurs, le futur s’annonce très compliqué. Avec la réforme de la Coupe Davis, le calendrier risque d’être chamboulé. Pour le moment prévu à la fin de la saison, Pique et Kosmos savent qu’à cette période, il sera très difficile de faire venir du beau monde. Forcément, il lorgne sur le créneau de la Laver Cup. Federer est de suite monté au créneau. Il a prévenu qu’il ne lâcherait pas son bébé en taclant l’Espagnol.

” Pour nous, joueurs de tennis, c’est un peu étrange qu’un footballeur vienne s’immiscer dans notre monde. Il devra rester très prudent. La Coupe Davis ne doit pas devenir une Coupe Piqué.

Roger Federer 

D’autant que le footballeur vient d’annoncer vouloir créer une nouvelle compétition : la Majesty Cup. Une sorte de Winner takes all avec un tableau de 64 joueurs. Finalement, l’année devra peut être durer 53 ou 54 semaines maintenant…

 

Le tennis est aujourd’hui à un carrefour comme il en a quelque fois connu. Les joueurs veulent plus de sous, les sponsors veulent plus de visibilité et les villes veulent plus de tournois. Il va falloir faire de la place pour tout le monde et contenter chaque partie : les petits comme les gros. La Laver Cup, emmenée par Federer, aura son mot à dire. Attention toutefois à ne pas oublier le tennis dans tout ça.

A propos de l'auteur

Grand joueur de tennis et ingénieur à ses heures perdues... ou l'inverse je sais plus. Une religion ? Le Federerisme @CaptainMiddle

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