Le club des 700 – Romario

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Ligue 1

Le 14 octobre dernier avec le Portugal, Cristiano Ronaldo inscrivait son 700ème but en carrière. L’occasion pour We Sport  de dresser le portrait des cinq joueurs qui devancent encore CR7 au classement des meilleurs buteurs de l’histoire. Aujourd’hui, zoom sur Romario, deuxième joueur le plus prolifique de tous les temps.

 

D’aucuns diraient que la barre des 1000 buts est une tradition brésilienne. Arthur Friedenreich, Pelé, Tulio Maravilha, tous revendiquent avoir atteint ce chiffre mythique, quitte à gonfler leurs statistiques et être en désaccord avec le décompte officiel. Romario fait partie de ceux-là. Et si la Rec Sport Soccer Statistics Foundation (RSSSF) ne lui attribue « que » 772 réalisations, l’enfant de Rio de Janeiro n’en demeure pas moins le deuxième meilleur buteur de l’histoire. Mais Romario, c’est aussi une passion pour le foot-volley sur les plages de Rio, une quatrième étoile brodée sur le maillot de la Selecao et un retour au pays à même pas 29 ans, auréolé du statut du meilleur joueur du monde. Romario, c’est le football brésilien à son état le plus sincère.

 

Des favelas à la Dream Team

Au cœur de Jacarezinho, une favela de Rio, Romario n’en impose pas par son physique. Mais ballon au pied, celui qui est surnommé le Petit (1m67) impressionne par sa technique et son côté imprévisible. Assez en tout cas pour attirer l’attention des recruteurs de Vasco de Gama, où Romario fait ses débuts professionnels en 1985, alors âgé d’à peine 19 ans. Avec l’Expresso da Vitoria, le jeune prodige brille et remporte deux championnats de l’Etat de Rio en trois ans. Au risque de basculer dans le cliché, Romario s’extirpe de la misère des favelas grâce au football et gagne son billet pour l’Europe, après une finale avec la Selecao olympique et sept buts inscrits lors des JO de Séoul en 1988.

Direction alors les Pays-Bas et le PSV Eindhoven. Au sein du championnat batave, le Brésilien importe son génie, alliant performances exceptionnelles sur le terrain et vie tumultueuse en dehors. « C’était un joueur aussi brillant qu’ingérable, explique Bobby Robson, entraîneur du PSV de 1990 à 1992, dans son autobiographie. Certains matins, il pouvait être phénoménal à l’entraînement. D’autres jours, vous jetiez un coup d’œil sur lui et saviez qu’il avait laissé son énergie et ses jambes à la maison, ou dans une boîte de nuit ». Si ses matchs ne sont que très rarement précédés par une préparation digne du haut niveau, Romario peut faire basculer une rencontre à lui seul. Au-delà de son explosivité et de ses dribbles, le Brésilien est un excellent finisseur et représente un danger permanent pour ses adversaires. Entre 1989 et 1992, il rafle avec le PSV trois championnats, deux coupes et une Supercoupe des Pays-Bas. En parallèle, il plante la bagatelle de 127 buts en 142 matchs, dont un superbe triplé face au Steaua Bucarest en Ligue des Champions.

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Ses performances en Hollande tapent dans l’œil d’un néerlandais expatrié, un certain Johann Cruyff. Le légendaire numéro 14 de l’Ajax est alors à la tête du Barça et de sa non-moins connue Dream Team, qui a remporté la Ligue des Champions 1992. A l’été 1993, Romario pose ses valises en Catalogne, quelques mois après avoir remporté la Copa America avec le Brésil. Il rejoint Andoni Zubizarreta, Ronald Koeman, Pep Guardiola, Michael Laudrup mais aussi et surtout Hristo Stoichkov. Avec l’attaquant bulgare, il forme l’un des plus grands duos de l’histoire des Blaugranas. Lors de l’exercice 93/94, la doublette marque plus de 50 buts, Romario en inscrivant 30 en 33 matchs d’une Liga remportée par les Catalans. L’agressivité et la qualité de finisseur de Stoichkov alliées à la technique déroutante du Brésilien hissent le Barça en finale de la Ligue des Champions 1994, perdue 4-0 face à l’AC Milan.

 

La saudade

Les deux coéquipiers s’entendent aussi bien sur le rectangle vert qu’en dehors. Alors qu’ils présentent tout deux des gros caractères et que leur cohabitation semblait impossible, ils deviennent inséparables. « Cela paraît bizarre et je me demande encore aujourd’hui comment c’était possible, confie Stoichkov. Nous étions le jour et la nuit. Mais nous sommes devenus de bons amis dès le départ ». Tant et si bien que l’attaquant Bulgare devient le parrain de Romarinho, le fils de Romario.

Romario et Stoichkov, dirigés par Cruyff, ont formé l’un des plus grands duos d’attaquants en Europe.

 

S’ils brillent ensemble au Barça, la Coupe du Monde 1994 voit les deux compères éblouir la planète football avec leurs sélections respectives. Stoichkov est le meilleur buteur de la compétition et atteint les demi-finales avec la Bulgarie. De son côté, Romario est élu meilleur joueur du tournoi et remporte le Mondial sous le maillot auriverde, formant avec Bebeto une attaque qui se déteste autant qu’elle performe. Le Petit devient alors le héros de tout un peuple, hissant une quatrième étoile dans le ciel brésilien, 24 ans après la dernière. La première sans Pelé.

Mais l’après Coupe du Monde est délicat et marquera la fin du formidable duo Stoichkov – Romario. Pendant la saison déjà, le turn-over opéré par Cruyff fait des mécontents au sein de l’effectif du Barça. Un règlement interdisant d’aligner plus de trois joueurs étrangers sur le terrain, le tacticien est forcé de choisir entre Koeman, Laudrup, Stoichkov ou Romario pour occuper une place sur le banc. Parallèlement, son arrivée au Barça n’a pas changé les habitudes festives de l’attaquant brésilien. « Vous allez comprendre quel genre de lascar était Romario avec une seule anecdote, racontait Johan Curyff en 2012. Une fois, il est venu me demander s’il pouvait sécher deux jours d’entraînement pour rentrer au Brésil, il devait y avoir le carnaval de Rio… Je lui ai répondu que s’il marquait deux buts le lendemain, je lui donnerais deux jours de repos de plus qu’au reste de l’équipe. Le lendemain, il a marqué son deuxième but à la 20e minute de jeu et il m’a immédiatement fait signe qu’il voulait sortir. Il m’a dit : « Coach, mon avion part dans moins d’une heure ! ». Si le goût pour les sorties nocturnes de Romario nous gratifie aujourd’hui d’amusantes anecdotes comme celle-ci, elle inquiète à l’époque ses coéquipiers, Stoichkov en première ligne. « Nous avons discuté de son entourage et de ses amis que je n’aimais pas du tout. J’ai essayé de l’éloigner d’eux mais j’ai échoué », confie le buteur bulgare.

Le coup de grâce intervient à l’issue du Mondial 1994. Romario a le mal du pays, la saudade, et ne souhaite pas rentrer en Espagne. Il a accompli son rêve de remporter une Coupe du Monde avec la Selecao, et ne voit plus d’intérêt à jouer en Europe. Son train de vie frénétique et une brouille avec Stoichkov le coupent presque totalement du vestiaire barcelonais. Alors qu’il est élu meilleur joueur de l’année 1994 par la FIFA et que l’attaquant bulgare est dans le même temps désigné Ballon d’Or, Romario plie bagages en janvier 1995. Le duo qui fit trembler l’Europe n’est (déjà) plus.

O Baixinho (Le Petit en portugais) rejoint Flamengo et quitte l’Europe à même pas 29 ans. Il ne reviendra que deux fois sur le Vieux Continent, pour deux piges de six mois à Valence. La suite de la carrière de Romario est une succession d’expériences aux quatre coins du globe avec des aventures au Qatar, aux Etats-Unis et en Australie, quatre clubs brésiliens différents et trois retours à Vasco de Gama. Mais l’amour du jeu pousse Romario à empiler les buts jusqu’en 2009, année où il prend sa retraite à 43 ans, après 24 années de carrière et 1000 buts revendiqués. Et si ce chiffre n’est pas officiel, la trace qu’a laissé le Brésilien dans la grande histoire du football va bien au-delà de cette barre mythique. Romario, c’était de la passion, des buts, des fêtes, des dribbles. Romario, c’était le football brésilien à son état le plus sincère. Celui qu’on préfère.

 

 

Crédit photo : AfriqueSports.net

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