Une passe de Russell Westbrook. Un magnifique shoot en fadeway sur la tête de Kenrich Williams. Un public aux anges, qui, téléphone en main, immortalise le moment. LeBron James vient d'inscrire ses 37 et 38ème points de la soirée et dépasse donc la légende Karrem Abdul Jabbar. Avec 38 888 points inscrits en carrière, le King est désormais seul, tout en haut du classement des scoreurs de l'histoire de son sport. La NBA a décidé d'arrêter le match, pour rendre hommage au natif d'Akron. Il méritait bien au moins tout cela.
Le temps s'est arrêté, l'espace d'un instant. Il a su, on a su, tout le monde l'a su. Quand il a reçu la passe de Westbrook après un écran en fin de 3ème quart-temps, le record était là, tout proche. Le temps d'une petite isolation et d'un fadeway sur sa victime expiratoire et LeBron James, enfin, devint le meilleur scoreur de tous les temps. Salué par son prédécesseur, Abdul Jabbar mais aussi Adam Silver le patron de la ligue et tant d'autres personnes, LeBron James a reçu l'hommage qu'il méritait. Pour l'ensemble de son œuvre. Pour ce qu'il a donné au basket.
Un monde acquis à sa cause
Les égards ont continué tout au long de la soirée, et chacun y est allé de son petit mot pour le King. Magic Johnson: “ je ne pensais pas que le record de Kareem serait un jour battu. C’est encore plus significatif pour moi que LeBron porte les couleurs des Lakers pour battre ce record.”
Tous les joueurs actuels ont évidemment eu une petite pensée via les réseaux sociaux, de Ja Morant à Steph Curry en passant par ses potes, Carmelo Anthony, Dwayne Wade et Chris Paul. Son coach aux Lakers, David Ham, s'est dit honoré de pouvoir le côtoyer au quotidien : C’est un honneur et une sacrée chanceuse de faire partie de ce record. J’ai un certain âge donc je sais ce qu’était Kareem pour la ligue. Il fut un pilier qui a aidé la NBA à se construire. LeBron, lui, est devenu une icône globale avec son impact dans le business, ses prises de parole sur les questions sociales, son leadership, l’exemple qu’il donne aux jeunes”.
Pendant l'interruption du match, et alors que KAJ est venu sur le parquet pour la passation de pouvoir, LeBron, ému, a laissé son cœur parler: “je voudrais dire merci aux Lakers, car faire cela en présence d’une légende comme Kareem, c’est touchant. Merci à la NBA aussi de me permettre de faire partie de quelque chose dont j’ai toujours rêvé. Je suis un historien de ce sport, donc je connais les Kareem, Michael Jordan, Wilt Chamberlain, Magic et Larry Bird et tous les autres. Je pourrais passer la soirée à donner les noms de ces géants, de ces légendes.
C’est un honneur de faire partie de ce groupe, d’être évoqué avec eux. C’est incroyable comme sensation. J’ai eu un moment d’émotion quand c’est arrivé. Je vois ma famille, mes amis, les gens qui m’entourent depuis que je suis dans la ligue, c’est très émouvant. Depuis vingt ans, je peux compter sur les doigts d’une main les moments où j’ai pleuré, de bonheur ou après une défaite.”
Des mots forts, et alors que la rencontre face au Thunder était loin d'être terminée. Mais finalement, hier, le résultat du match (victoire d'Oklahoma City sur le parquet de la crypto.com Arena) n'avait que très peu d'importance.
Alors, GOAT ou pas GOAT?
Comme s'il n'en avait finalement pas assez, LeBron James a encore un petit peu plus repoussé ses limites. A 38 ans passé. Un nouveau record est tombé dans son escarcelle. Si la question de savoir jusqu'à quand pourra-t-il maintenir ce degré de performances, l'éternel débat est, forcément, revenu sur la table: alors, est-il le plus grand joueur de tous les temps. Loin de nous l'idée de trancher entre lui et Jordan, voir d'autres comme Chamberlain ou Abdul Jabbar justement, pour ne citer qu'eux.
L'ancien des Cavs, en revanche, a une petite idée sur la question. C'est en tout cas ce qu'il déclarait en conférence de presse, après la rencontre d'hier soir : “C’est une grande discussion pour chez le barbier. Cela ne s’arrêtera jamais. Si j’étais le GM d’une franchise qui démarre et que j’avais le premier choix, je me choisirais. Mais c’est juste pour moi, car je crois en moi. Je sais ce que j’apporte. Un gars qui a été capable de transformer son jeu pendant vingt ans pour jouer à toutes les positions dans cette ligue et exceller dans chaque position. Je peux jouer de 1 à 5. J’ai été le meilleur passeur de la Ligue. J’ai fait tout ce que le jeu m’a demandé et j’ai transformé mon jeu également.
Quand je suis arrivé dans la ligue, c’était très lent. Je me souviens que nous jouions tout le match contre Detroit (en finale de la Conférence Est en 2007), le score était de l’ordre de 70 points. Les matchs en finale avec San Antonio c’était 80. Maintenant, les équipes marquent 150 points et vous devez être capable de suivre. Il y a plus de tirs à trois points et d’autres choses de ce genre. Donc, simplement être capable de suivre la tendance. Changer mon jeu si j’en ai besoin, ou simplement améliorer mon jeu.
Mais cela n’enlève rien à personne d’autre. Il y a tellement de grands joueurs qui ont joué ce jeu et qui ont un long héritage. La NBA est une belle chose et il y a eu de très bons joueurs. Mais je ne peux prendre personne au-dessus de moi.” Cela semble clair, au moins dans son esprit.
Et maintenant ?
Le record enfin tombé, LeBron va pouvoir se concentrer sur la suite. Et aux Lakers, l'avenir n'est pas des plus radieux. Difficile pour la mythique franchise de Los Angeles d'ambitionner quelques choses cette année, tant l'effectif, bancal au possible, est déséquilibré. Mis à part Anthony Davis, personne ne semble en mesure d'élever son niveau en phase défensive. Pas le top pour espérer décrocher un titre.
Depuis le début de saison, LA ne montre aucun signe d'amélioration et seul un trade de dernier recours pourrait, éventuellement, changer l'avenir. Même si l'on est en droit d'en douter.
S'il paraît difficile aujourd'hui d'imaginer James décrocher une 5ème bague du coté de la cité des Anges, un dernier défi lui tient particulièrement à coeur : jouer au coté de son fils, Bronny, qui devrait rejoindre la grande ligue dans un an et demi désormais. Il n'a pas prolongé son contrat aux Lakers pour avoir la possibilité de signer là où le gamin sera drafté. Une aubaine pour la future franchise qui s'assure un regain marketing non négligeable. Reste à voir s'il pourra conserver un niveau de performances acceptable. Connaissant l'animal, peu de doute. Comment douter d'un joueur capable de tourner à plus de 30pts de moyenne à plus de 38 ans?
LeBron James a encore écrit une page de son histoire hier soir en devenant le meilleur scoreur de l'histoire de la NBA. Dans une saison contrastée, il prouve qu'il reste bien le King de son sport. Pour notre plus grand bonheur. Vivement la suite !
Crédit photo: Le Parisien