Les conseils culture de WeSportFr : “Le Grand Bain”

Le week-end de la Toussaint se pointe, et avec, les frimas d’un hiver qui s’annonce rugueux. Alors, pour ceux qui ne s’abîmeront pas dans les chrysanthèmes et les anis, la question se pose : qu’aller voir au cinéma ? “Le Grand Bain” !

Sur le papier, on n’aurait pas parié qu’on l’aurait autant aimé, ce « Grand Bain ». Non pas que l’on n’aime pas, a priori, Gilles Lellouche, avec ses airs se benêt beauf et ses amitiés 5 étoiles. Mais le coup du casting de potes, on nous l’avait déjà fait, et on voyait un peu le coup venir.

Oui, eh bien, en fait, non ! « Le Grand Bain » n’a pas grand-chose à voir avec cette manière de films. Rien ne nous faisait plus peur que d’y voir une caricature de mâles blancs de plus cinquante ans, provinciaux et paumés, qui trouvent leur salut dans la natation synchronisée. Un Full-Monty en moins bien. On en est loin.

Guillaume Canet en slip

Le film se joue de ces codes pour créer les siens. Ceux d’un film qui parle avec légèreté d’hommes qui tentent, avec sérieux, d’entreprendre. Moins pour réussir à séduire, à conquérir ou à prouver aux autres, que pour y trouver quelque chose en soi qu’on croyait perdu. C’est ce que vient y chercher le personnage de Matthieu Amalric, quinqua au chômage depuis 2 ans, et 2 boîtes de tranxene 200 au petit-déjeuner.

Surtout, « Le Grand Bain » fait du bien à la comédialafrançaise, genre noble s’il n’était pas constamment maltraité. Tous les personnages vivent, existent, ne sont pas les prisonniers d’un scenario bêtasson. Chacun d’eux a la liberté d’évoluer. En somme, Ahmed Hamidi, Julien Lambroschini et Gilles Lellouche – les scénaristes, ont bossé et ne se sont pas endormi sur 2 ou 3 situations vaguement cocasses qu’ils auraient pu imaginé. Il y a une idée du rythme, de la phrase.

La natation synchronisée, ici, n’est pas un prétexte pour voir Guillaume Canet et Benoit Poelvoorde en slip. Gilles Lellouche, sans faire un grand film sur le sport comme “Le Stratège”, assume. Bien sûr, le choix de la discipline n’est pas neutre et participe au comique, mais il ne suffit pas. Il n’y a aucun aplomb de la réalisation sur ce qui se joue à l’écran, aucun petit sourire en coin. Gilles Lellouche aime ses personnages, aime la natation synchronisée, aime cette ambiance de joyeux bordel et de franche camaraderie que peut créer le sport amateur. Au moins le temps du film.

Nouvel équilibre

Ce qui travaille le film, c’est surtout l’aveu d’une masculinité post-moderne, post-metoo. Celle d’une virilité non pas vaincue mais dépassée ; d’une façon d’être un homme aujourd’hui. Ce n’est pas pour autant cela qui a plongé tous les personnages masculins dans la dépression qui les fait couler. Ce nouvel équilibre ne concerne pas que leur vie amoureuse ou leur rapport aux femmes, mais bien plus leur façon d’être au monde en général. Ce qui mine les personnages a bien plus à voir avec l’intime, le travail, ou la société dans ce qu’elle a d’inhibitrice.

Bref, c’est un film bien.

Le Grand Bain, Gilles Lellouche.
Matthieu Amalric, Leïla Bekhti, Virginie Effira, Benoît Poelvoorde, Philippe Katerine, Jean-Hugues Anglade, Marina Foïs…

A propos de l'auteur

Fan de foot mais aussi de Serie A, je prends autant de plaisir à voir jouer Gilles Simon qu'à attendre une arrivée au sprint entre les Alpes et les Pyrénées. Talking Heads et Panetonne.

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