Les douze travaux d’Arteta

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Ligue 1

Un petit peu plus d’un mois après sa nomination à la tête des Gunners, Mikel Arteta compte pour l’instant 2 victoires, 4 nuls et 1 défaite face à Chelsea. Dixièmes du championnat avec 10 points de retard sur la 4ème place, qualificative pour la Champions League, Arsenal est loin des objectifs affichés en début de saison, et se tourne progressivement vers un miracle en Europa League pour retrouver la fameuse coupe aux grandes oreilles. Ce bilan peu avantageux cache pourtant une transformation radicale de l’équipe qu’Unai Emery a longtemps fait stagner. Doucement mais sûrement, Arteta veut construire une équipe capable de rivaliser avec les titans qui siègent en haut de la PL. Arrivé de City, il a côtoyé des vainqueurs, il a participé à forger une équipe qui a marqué l’histoire du championnat. Il sait donc ce que le succès nécessite : du temps, de l’acharnement, de la passion. Ces qualités il les a, à lui maintenant de les transmettre à son club de cœur, où il a passé 5 saisons. Quels sont ses premières réussites dans la capitale ? Que peut-il encore améliorer ?

Arteta, le fils prodige de Wenger

Il y a eu un homme, son nom est Arsène Wenger, qui a cru en moi et qui m’a donné l’opportunité de jouer pour ce club. Et après ça il m’a nommé capitaine. Je ne serais pas assis ici s’il ne m’avait pas donné la chance de rejoindre ce club incroyable.

Dès ses premières minutes de conférence de presse en tant que nouvel entraîneur des Gunners, Mikel Arteta sait toucher juste. Depuis le départ de la légende Wenger et l’arrivée de “l’erreur de casting” Emery, les supporters sentaient leur club plonger lentement dans l’indifférence. 3 saisons sans Champions League, des joueurs démobilisés avec des envies d’ailleurs, un jeu apathique, beaucoup de choses doivent changer pour redonner son éclat d’antan au club du Nord de Londres. Se présenter comme l’héritier idéologique d’Arsène Wenger est donc la meilleure façon de commencer son mandat.

Mais maîtriser une conférence de presse ne suffisant pas pour remonter le classement du championnat, Arteta a dû prouver sur le terrain qu’il était capable d’apporter une plus-value à cet effectif. Et ce fut le cas dès son premier match face à Bournemouth, où ceux qui étaient habitués au jeu d’Emery ont pu découvrir un effectif transcendé, des consignes claires et de vraies ambitions de jeu.

Comme résumé parfaitement dans ce thread de Julien Momont, auteur aux Cahiers du Football, Arteta a su implanter ses idées, héritées à la fois de son passé à City, mais aussi de son expérience en tant que joueur à Arsenal. Il a repris à Guardiola le placement de Maitland-Niles, qu’on sait plus à l’aise au milieu ou comme ailier, pour le faire jouer intérieur en phase offensive, sur la même ligne que Xhaka et Torreira, permettant au jeune Saka d’occuper le couloir gauche sans handicaper l’équilibre défensif (2-3-4-1). Ce placement du jeune anglais permet aussi à Aubameyang d’être plus proche de l’axe, lui qu’on sait plus en difficulté sur les ailes.

Mais c’est surtout l’activité d’Ozil qui a impressionné dans ce match, car Arteta a compris qu’il est la clé de voute du jeu des Gunners (lorsqu’il est à son meilleur niveau). Il l’a donc positionné entre les lignes, dans le half-space droit (espace entre le défenseur central et le latéral), ce qui lui a permis de ne plus recevoir ses ballons dos au but mais face au jeu, lui rendant la tache créative plus simple. Certes cela n’a pas suffit pour décrocher la victoire, ni dans ce match ni dans les suivants, mais il l’a dit lui-même, il va avoir besoin de temps pour transformer cette équipe.

Ce qui fut intéressant aussi dans ce match, c’est de voir qu’Arteta a réussi à donner à cette équipe une structure solide, un équilibre qui lui faisait défaut. Ce qu’on peut voir ci-dessous, ce sont les positions moyennes des joueurs lors du dernier match dirigé par Emery (gauche), et lors du match d’Arteta contre Bournemouth (droite). C’est surtout en attaque que la différence est choquante, là où les attaquants se marchaient dessus, on voit maintenant une vraie organisation où chacun à son rôle défini. Aubayemang ne rentre plus continuellement dans l’axe comme il avait l’habitude de le faire, il laisse cette responsabilité à Lacazette, ce qui lui permet en plus de mieux protéger son couloir en phase défensive.

Mais au-delà des changements tactiques, c’est avant tout l’état d’esprit des joueurs que Mikel Arteta a changé. L’engouement lié à un changement d’entraîneur observé dans les premiers matchs, le nouvel entraîneur des Gunners veut en faire une constante. Il a déjà ramené à Arsenal le contre-pressing, porté disparu depuis plusieurs mois, mais surtout une solidarité sur le terrain entre tous les joueurs.

Lors du dernier match contre Chelsea (2-2), les Gunners se retrouvent à 10 à la 28ème minute suite à une erreur flagrante de Mustafi qui donne le ballon à Abraham. En essayant de rattraper cette erreur, Luiz va provoquer un penalty et écoper d’un carton rouge direct. A l’extérieur, avec un joueur en moins, personne n’aurait parié sur un match nul il y a encore quelques mois. Pourtant, ils vont trouver la force mentale de revenir au score par deux fois, sauvés par les exploits de Martinelli et Bellerin, alors qu’ils sont acculés dans leur camp pour les Blues. L’Arsenal d’Arteta, c’est aussi ça : l’abnégation de chacun au service du collectif. Il veut transformer ses joueurs en vainqueurs. “Quand vous gagnez des trophées, ces moments restent dans le groupe. Vous ne voulez plus vous arrêter de gagner. Vous devenez accro et c’est ce qu’on doit essayer d’installer dans ce club“.

L’apaisement populaire

Si les résultats sont encore poussifs, le futur est encourageant, et cela pacifie le climat autour du club. Ceux qui souhaitaient quitter le navire cet hiver (Xhaka, Torreira, Aubameyang) ont changé d’avis et sont convaincus des capacités de leur nouvel entraîneur à les emmener au sommet. Même Xhaka qui était il y a encore quelques semaines haï par les supporters, et maintenant redevenu titulaire indiscutable, le système d’Arteta lui permettant d’exprimer au mieux ses qualités. Le groupe est heureux, les joueurs sont motivés, et croient encore à un top 4. Cette abnégation est aussi une résultante du jeu proposé par Arteta, car lorsqu’un joueur voit ses coéquipiers lancer le pressing, prêts à se battre pour lui, cela crée une émulation collective qui soude l’effectif.

Alors forcément, cet engouement se transmet aux fans, eux qui étaient désespérés par le jeu proposé par Unai Emery, retrouvent aujourd’hui du plaisir à venir voir leur équipe, l’Emirates se remplit de plus en plus et ils sont de nouveaux nombreux à aller soutenir les Gunners à l’extérieur. Ils ont confiance en Arteta même si ils savent que les résultats ne viendront pas tout de suite.

Ce changement d’état d’esprit autour du club, c’est sûrement celui dont Arteta peut être le plus fier, car sortir ce club de la léthargie vers laquelle il se laissait doucement glisser, c’est le premier pas (et le plus dur) vers un retour au sommet.

Le début d’un long chemin

Alors oui, les débuts sont très encourageants, Mikel Arteta est sûr de lui et a réussi à galvaniser son effectif, mais ce ne sera pas suffisant pour retrouver le haut du tableau.

Les Gunners ont encore un effectif trop léger et irrégulier pour être vraiment compétitif, notamment en défense, et sont en plus affaiblis par les blessures longues durées (Chambers pour la saison, Tierney pour 3 mois, Bellerin qui n’est pas encore affûté physiquement). On le sait, c’est l’équilibre défensif notamment sur transitions qui les handicape depuis plusieurs saisons, et des investissements majeurs sont encore nécessaires. Les centraux disponibles sont trop exposés sur contre-attaque et n’ont pas les qualités pour repartir proprement de derrière (Luiz est le seul à maîtriser le jeu long, Sokratis et Mustafi perdent trop souvent le ballon dans des positions dangereuses, Holding n’est toujours pas remis de sa rupture des ligaments croisés).

Même dans le secteur offensif, Arsenal est encore trop dépendant d’Aubameyang, et Lacazette peine à revenir à son niveau d’avant blessure. Seul Pépé et Martinelli sont réguliers, mais ce sont deux joueurs qui découvrent encore la PL, ils sont en progression mais ont encore du déchet. Malgré ses bons débuts sous Arteta, Ozil redevient aussi un sujet de discorde, lui qui est trop peu influent dans des matchs où les espaces entre les lignes sont réduits, notamment lorsque les adversaires joue nt avec une sentinelle. L’exemple parfait, c’est le match contre Chelsea (1-2), où Lampard fait rentrer Jorginho à la 34ème minute pour repasser en 4-3-3, limitant grandement l’influence d’Ozil sur le reste du match. Il est plus à l’aise lorsqu’il joue contre des doubles pivots, comme contre Manchester United (2-0), où il peut recevoir le ballon entre les deux ou se servir des décrochements de Lacazette. Arteta va devoir réfléchir à la pertinence actuelle d’un 4-2-3-1, là où la majorité des équipes de Premier League contrent assez facilement ce schéma.

Enfin, on parlait de la force mentale des nouveaux Gunners, celle-ci leur a permis d’ouvrir le score contre Palace, Sheffield, et Chelsea, mais ils se sont à chaque fois fait rattraper au score en fin de match, reculant petit à petit par peur de ne pas conserver leur avantage. Ce fut encore pire contre Chelsea puisqu’ils ont fini par perdre le match dans les dernières minutes (1-2). Ils vont devoir apprendre à gérer leurs temps faibles, car ils n’ont pas encore les capacités physiques de tenir un pressing constant comme le fait Liverpool par exemple.

Pour le moment, on ne peut donc pas espérer de miracles de la part d’Arteta, même si il a déjà montré en 1 mois qu’il était capable d’apporter beaucoup à cette équipe. Pour revenir au sommet de la PL, il lui faudra cependant des renforts conséquents, notamment en défense. On parle cet hiver de Pablo Mari, défenseur de Flamengo, de Kurzawa, mais ce n’est pas ce qui révolutionnera l’effectif. Des choix forts devront être faits cet été, notamment sur le cas Ozil, qui ne doit plus être une solution à moyen terme pour le club, et qu’Arteta aimerait remplacer par James Maddison, le jeune anglais de Leicester (6 buts et 3 passes décisives cette saison). Il va aussi falloir casser la tirelire sur un gros défenseur central, qui pourra accompagner le jeune Saliba, qui débarquera à l’Emirates l’été prochain. Pour le reste de la saison, les Gunners vont devoir s’accrocher en championnat, avec l’espoir de retrouver la 4ème place, et faire le meilleur parcours possible en Europa League, car elle pourrait être leur seule chance de se qualifier en Champions League.

Clément François

 

Crédit Photo : @Arsenal

Sources graphiques : Whoscored

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