Depuis plus d’un an, les circuits professionnels de tennis ATP et WTA se trouvent durement touchés par la crise de la COVID-19 entrainant une baisse considérable des revenus des joueurs. La baisse du nombre du spectateurs, voire l’interdiction d’ouvrir les stades au public pour certains tournois, impacte de plein fouet la vente de billets et oblige les dirigeants à baisser drastiquement les gains versés aux joueurs. En conséquence, ces derniers connaissent également une baisse de leurs revenus de sponsoring. Retour en chiffres sur les difficultés financières que connaît le monde du tennis.
Une décision de survie inévitable
En raison de la pandémie mondiale, le circuit professionnel a connu un arrêt de cinq mois (de mars à août 2020) avant que les organisateurs de tournois ne mettent en place des « bulles sanitaires » permettant aux joueurs et à leur staff technique de reprendre leurs activités tout en éloignant les fans des stades. Selon le site Reuters.com, le circuit a subi des pertes comprises entre 60 et 80 millions de dollars en 2020, en raison des annulations de dernière minute, d'un effondrement des revenus de billetterie et d'une baisse de 30% des revenus provenant des sponsors des ligues et des tournois.
Pour relancer la machine et continuer de faire vivre le tennis, les décideurs et organisateurs ont bien été obligés de faire des concessions en réduisant les « prize money », argent reversé aux joueurs. C’est de cette façon que la grande majorité des tournois peut voir le jour cette année, avec de légers retards de calendrier, pour offrir aux fans de ce sport du joli spectacle et pour permettre de découvrir de nouvelles pépites en devenir tel Lorenzo Musetti ou Carlos Alcaraz. Une décision inévitable en raison des conséquences engendrées par la crise sanitaire sur la structure économique du milieu.
Des baisses considérables de prize money
Alors que la santé économique du tennis se portait merveilleusement bien depuis plusieurs années, la totalité des tournois se trouve touchée par ces baisses de sommes redistribuées aux participants :
L’Open de Dubaï, qui s’est tenu du 6 au 20 mars dernier et remporté par Aslan Karatsev, a vu le Russe gagner 149 490 $. Novak Djokovic qui avait remporté l’édition 2020 s’était vu encaisser un joli chèque de 565 705 $, soit une baisse de près de 75% d’une année à l’autre.
À Doha, Andrey Rublev avait empoché 227 930 $ pour le titre, alors que Nikoloz Basilashvili, tombeur de Roger Federer pour son grand retour, s’est vu offrir 69 520 $ (-70% entre 2020 et 2021).
Le Masters de Miami, qui se joue en ce moment même, a réduit ses gains totaux de 60%, et de 77% pour les champions. Ces derniers devront se « contenter » d’un chèque de 300 110$ $, contre 1.35 M$ reçu par Roger Federer et Ashleigh Barty en 2019 (le tournoi n’ayant pas eu lieu l’année précédente).
Si Roger Federer, était reparti de Miami avec un chèque de 1,35M$ en 2019, le vainqueur ne touchera cette année que 300 110 $. Soit une baisse de 77,83 %. Shapovalov : "Il y aura beaucoup de forfaits parce que le prize money est trop bas." https://t.co/cuXxPJ24Av
— Quentin Moynet (@QuentinMoynet) March 24, 2021
Même les Grands Chelems n’échappent pas à cette dévaluation. La COVID-19 a fait chuter les gains des vainqueurs en simple de l’Open d’Australie de 33%. Pour son titre en 2019, Novak Djokovic avait gagné 4.11 M$ AUS contre 2.75 M$ AUS pour sa victoire cette année. Une chute bien moins importante que pour les autres tournois, en raison notamment de l’ouverture au public pendant la majorité de l’événement.
Greg Tiley, directeur du tournoi majeur de Melbourne, a par ailleurs fait une déclaration sur cette baisse des gains : « Nous avons considérablement réduit les chèques de prix des gagnants, mais des joueurs comme Novak Djokovic et Serena Williams ont tous accepté de répartir les prix de manière plus uniforme, offrant aux joueurs émergents l'occasion de gagner plus, car l'année a été difficile ». Greg Tiley pour The Hindu Newspaper
Des conséquences sur la motivation des joueurs ?
Outre l’absence de soutien de la part des supporters et le manque de stars lors de la majorité des tournois, désormais la baisse des gains peut être un marqueur du manque de motivation de certains pros. En effet, l’enchainement des tournois peut inciter les joueurs à garder leur énergie pour ceux offrant le plus d’argent et donc les petits tournois motiveraient moins les joueurs à se surpasser.
« Je pense que ce n'est vraiment pas facile pour certains joueurs de s'adapter et pour moi, personnellement, c'est peut-être aussi un peu difficile en ce moment, parce que nous sommes un peu gâtés par les années où les prix étaient vraiment élevés. […] Maintenant, c'est sûr que vous avez moins de motivation à jouer certains tournois parce que le gain est beaucoup plus bas […] ». déclare Elina Svitolina, 5e mondiale, 15 titres WTA et 20 millions de dollars amassés tout au long de sa carrière.
Denis Shapovalov, 11e mondial, a également commenté la situation financière actuelle du tennis auprès du site Eurosport.com : « Je pense véritablement qu'il va y avoir beaucoup d’abandons et beaucoup de joueurs qui ne vont pas aux tournois parce que les prix sont bas […] D'une certaine manière, ce n'est pas motivant de jouer toutes les semaines et de jouer tous les grands tournois car il n'y a pas vraiment grand chose d'autres que les « Slams » à ce stade qui paient autant ou mieux, comme en Australie cette année. ».
Les récentes déclarations de Benoit Paire sur son rapport au tennis, à la COVID-19 et à l’argent traduisent une fois de plus un manque cruel de motivation de la part de certains joueurs.
Une chose est sûre, les difficultés financières que connait le circuit n’empêche pas les fans de la balle jaune de se régaler avec des tournois qui s’enchaînent et des performances de haute volée. Cette baisse de revenu va-t-elle durer et se généraliser ? Seul l’avenir sanitaire de la planète nous le dira.
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