L’Instant Tactique #1 : du dur à la terre battue

C’est le changement de côté, vous êtes mené 4-1, double break de votre adversaire. Là, vous avez besoin de conseils, vous avez besoin que quelqu’un vous vienne en aide. A WeSportFr, on est là, juste derrière vous, pour vous chuchoter astuces et stratégies. Asseyez-vous tranquillement sur votre chaise, la tête dans la serviette, c’est l’Instant Tactique.

Comme Rafa, Roger, Simona ou Naomi, vous avez passé votre hiver à jouer sur des surfaces dures, sous des bulles ou dans des hangars. Vous avez mal aux genoux et ça va trop vite pour vous ? Vous jouez 50% de balles fautes parce que vous ne pouvez pas voir les marques ? Pas de soucis, le printemps arrive et avec lui, les joies de l’ocre. Vous allez enfin pouvoir glisser sous le beau soleil de mai puis boire une bière (ou un Perrier pour les plus sportifs) devant Monte Carlo, Rome ou Roland Garros. Pour ne pas que vous tombiez lors de vos premières glissades de l’année, on vous a préparé une petite séance de coaching sur le passage du dur à la terre.

Une tactique à adapter

Le jeu sur terre battue est spécifique. Tout d’abord, parce que c’est la seule surface où l’on peut glisser, mis à part certains qui ont des chevilles bioniques et qui sont un peu fous pour glisser sur dur. Il faut alors adapter ses courses et les contrôler. Un sprint vers l’avant ou de côté se terminera en général par un dérapage “contrôlé”. Cette fameuse glissade doit être effectuée avant la frappe. Eh oui ! Si vous glissez après votre coup, vous perdez quelques précieux mètres pour attraper la balle suivante. Alors qu’avec une glissade PUIS la frappe, vous pourrez vous replacer rapidement. Plus facile à dire qu’à faire, mais essayez, ça ne fait pas de mal.

Plus généralement, l’ocre permet aussi d’alterner attaque et défense au cours d’un même point. Il faut savoir gérer ces phases de transition aussi bien dans un sens que dans l’autre. Repousser son adversaire loin de sa ligne en défense par exemple, ou alors bien se replacer après une attaque un peu manquée. En parlant de placement, sans imiter Rafa en étant 5 mètres derrière sa ligne, il faudra vous placer un peu plus en retrait que lors de vos matchs sur dur. Pourquoi ? C’est bien simple : le rebond sur terre battue a tendance à être plus haut.

Rafael Nadal, le Roi de la transition défense-attaque sur terre battue – Image le Monde

D’ailleurs, cette surface prend très bien les effets. Ainsi, le lift sera encore plus accentué et le rebond d’autant plus haut. Vous l’aurez compris, un jeu lifté est à privilégier pour pousser votre adversaire dans le grillage. Attention toutefois, pensez à mettre un minimum de puissance dans vos coups ; un lift mou retombe dans le carré de service et là, c’est penalty pour votre adversaire. Cet effet vous permettra aussi d’arrondir la trajectoire de la balle et ainsi de vous donner plus de sécurité.

Le grand frère du lift, c’est le chop. Effet le plus joué jusqu’à la fin des années 80, il est de moins en moins utilisé. Il est aussi de plus en plus détesté par les joueurs qui le reçoivent. Profitez en pour varier vos coups dans l’échange. Un bon revers chopé sur le coup droit, pour casser le rythme et les jambes du joueur en face, est redoutable. C’est aussi la variation qui vous fera gagner des matchs. En général, on aime quand l’adversaire nous donne tout le temps le même type de balle.

Enfin, quoi de mieux que de conclure un point par un amorti gagnant. Avec un effet bien dosé, la balle restera scotchée sur place et votre ennemi du jour courra en vain, voyant le 2ème rebond bien avant qu’il ne dépasse la ligne du carré. Petit florilège de coups (très) bien sentis de l’Allemand Dustin Brown au Challenger de Sofia Antipolis la semaine dernière. Attention régal 😍

Une condition physique optimale

“Pas besoin d’avoir un gros physique sur terre, c’est la surface la plus len…” Je vous arrête tout de suite ! Lenteur ne rime pas avec repos (si si, vérifiez vos cours de poésie de primaire). Pour jouer sur terre, il faut être prêt. Physiquement dans un premier temps. Si la surface est plus lente que ces copines, les échanges sont plus longs. En effet, le rebond ralenti la balle d’environ 10 à 15% de plus que le dur et le gazon. L’adversaire (et vous par la même occasion) aura plus de temps pour renvoyer la balle et l’échange s’éternisera. Il faudra donc vous armez de patience et ne pas avoir peur de la sueur si vous voulez performer sur la surface rouge.

Un autre petit conseil qui va de soi : ne changez pas brutalement de surface. Votre corps n’aimera pas ça. Mais surtout, si vous jouez en tournoi sur terre sans vous y être entraîné avant, vous sentirez une différence qu’il vous sera difficile d’appréhender au début. L’idéal : la semaine précédant votre premier tournoi de la saison sur terre, vous trouvez dans votre club, un adhérent qui est là tous les jours, prêt à jouer avec n’importe qui. Et vous lui proposez de taper la balle 2, 3 fois dans la semaine. Lui, ça lui fera plaisir et vous, vous serez prêt et les questions du genre “je me place où ?”, ou “à quelle hauteur dois-je jouer ?” ne vous traverseront plus l’esprit 😉

Préparez vous à souffrir

Certes on s’y blesse moins, la terre étant moins traumatisante pour les articulations, mais on y souffre tout autant. Comme je vous l’ai expliqué, les échanges sont beaucoup plus longs et il faudra tenir un marathon. J’exagère… tenir un semi marathon sera suffisant. Une bataille physique se mettra alors en place. Avec l’arrivée des beaux jours, la chaleur se fera bien plus sentir que cet hiver. Bouteilles d’eau, serviettes et casquettes seront vos meilleures amies.

Le lift de Dominic Thiem, une véritable arme sur terre battue – Image Tennis Magazine

Un peu plus haut, je vous parlais d’être physiquement prêt sur terre. Et bien, il faut être prêt mentalement aussi. Jouer sur terre est une souffrance psychologique (jouer au tennis tout court peut l’être aussi me direz-vous). A partir d’avril, les “spécialistes” de la terre battue sortent de leur hibernation et enchaînent tous les tournois à 50km à la ronde. Ils sont faciles à reconnaître : on ne voit plus le logo de leurs chaussures recouvertes de terre. Ces professionnels de l’ocre connaissent tous les rouages que je vous ai énoncés. Leur oncle ou grand-père hispano-argentin les a fait jouer tout petit sur terre. Même leur berceau était rempli de brique pilée. Votre chance face à ces “cadors” : ils font tellement de matchs qu’ils ne jouent pas forcément leur classement. Par contre, eux, ils sont prêts.

Sur terre, on trouve aussi les vieux briscards qui veulent protéger leurs genoux. Ils ont grandi avec Laver et Emerson, donc ils ne connaissent que le chop. Au premier abord, ça ressemble au match piège. Pas d’inquiétude ! Qu’est ce que je vous ai dit tout à l’heure ? La variation c’est la clé. Vous leur montrerez que vous êtes plus malin. Un lift sur leur revers à une main et ils se déboîtent l’épaule. Ça marche aussi avec tous les joueurs ayant un revers à une main. Avec le haut rebond, ils devront soit reculer, soit frapper la balle au dessus de l’épaule, et ça, ils n’aiment pas . Maintenant, à vous de jouer maintenant mais soyez gentils.

 

Petit récapitulatif :

  • Utilisez le lift un maximum pour repousser votre adversaire et vous donner de la sécurité
  • N’hésitez pas à varier avec un chop ou un amorti
  • Préparez vous à courir et longtemps
  • La surface est lente, armez vous de patience et acceptez les échanges longs

 

Pour finir, un dernier petit conseil : après votre match, n’oubliez pas de prendre une bonne douche. Autant après avoir jouer sur dur, vous pouvez passer inaperçu, mais quand vous revenez d’un match sur terre, le rouge vous colle à la peau et il est difficile de le cacher à la société entière.

 

Source Image en Une : Républicain Lorrain

A propos de l'auteur

Grand joueur de tennis et ingénieur à ses heures perdues... ou l'inverse je sais plus. Une religion ? Le Federerisme @CaptainMiddle

Poster un commentaire

id adipiscing dapibus risus suscipit ut eleifend efficitur. dolor. at nunc