Pourquoi le football portugais va-t-il mal ?

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Crédit : Ivo Perreira

Économie défaillante, guérillas médiatiques incessantes, mentalités pernicieuses… Enquête sur le pourquoi du comment de cette situation affligeante, dans laquelle est plongée un football pourtant traité religieusement par les Portugais.


Des difficultés financières accablantes

                                                             Crédit : Global Imagens

Le niveau global d’un championnat est très souvent reflété par les résultats européens de ses clubs. En un peu moins de 3 ans, le Portugal est passé de la 5ème à la 7ème place au coefficient UEFA. L’affaiblissement de certains effectifs est le principal facteur de ce déclin. La faute à un modèle économique défectueux employé par les deux principaux clubs : Benfica et Porto. Le Sporting a toujours su gérer ses comptes de manière plus sagace. Mais son niveau sportif est souvent sous-jacent à celui de ses rivaux. Le SC Braga, quant à lui, doit faire face à des moyens financiers contraignants.

Au final, les formations lusitaniennes effectuent des campagnes européennes continuellement mitigées. Le scénario de cette année tend à se répéter : Porto fait figure de proue en se qualifiant pour les huitièmes de Champions, tandis que Benfica et le Sporting échouent en phase de poules. Côté Europa League, les résultats de Braga sont souvent honorables. Mais le deuxième club engagé (dont l’identité change perpétuellement), ne parvient que rarement à sortir de son groupe.

Les difficultés financières frappent aussi durement les clubs considérés comme “petits.” Ceux-ci possèdent très souvent des infrastructures incomplètes et inadaptées à la première division. De nombreux stades tombent en désuétude, faute de ressources pour les rénover, comme l’illustrent ceux de Belenenses et du Vitória Setúbal. Les équipements sportifs sont souvent vétustes, limités au niveau de la capacité d’accueil et parfois dépourvus de toiture. Les stades construits à l’occasion de l’Euro 2004 figurent parmi les seuls à pouvoir être qualifiés de modernes. Un problème d’organisation se pose également aux petits clubs. Ces difficultés sont présentes à tous les échelons. Au même titre que les résultats sportifs, elles donnent une image appauvrie du football portugais.


Un aspect médiatique essentiel

                                                                Crédit : Lusa

Cette faiblesse subie par les plus petits s’explique notamment parce ce que l’on nommera vulgairement l’inégalité médiatique. L’individualisation des droits TV au profit des trois grands (Benfica, Porto, Sporting), prive les petits clubs d’une meilleure compétitivité. Cela freine la mise en lumière  des nombreux bons joueurs et entraîneurs qui y évoluent. Une collectivisation des droits télévisés permettrait une distribution plus équitable. Puisque nous sommes dans le chapitre audiovisuel, il est également bon de faire état du fait que les droits TV de la Liga NOS ne sont pas suffisamment vendus à l’étranger. Une telle pratique pourrait permettre de gagner en visibilité internationale et d’attirer l’intérêt de différents sponsors et investisseurs.

Les luxuriantes polémiques liées à des contentieux d’ordre arbitral empêchent l’avènement d’un débat purement footballistique. Entraîneurs, joueurs, dirigeants, journalistes… Tous privilégient la controverse sempiternelle au préjudice de discutions posées, portant sur des sujets drastiquement sportifs. Déclarations houleuses, presse racoleuse… Tels sont les éléments sources de cette étouffante hostilité. Un sentiment de méfiance lié à des suspicions de corruption. Les récentes accusations justifiées de trafic d’influence commis par Benfica prouvent leur véracité. Et ce quelques années après l’incommodante affaire du “Sifflet doré”, plus gros scandale de corruption de l’histoire du football portugais. L’un des principaux clubs inculpés était alors le FC Porto. Mais revenons donc au sujet primitif.

Une question de mentalité

Crédit : João Faria, YouTube
Chant du Vitoria Guimarães : “Lorsque j’étais petit, j’avais déjà cette mentalité.
Mon père me disait : fiston, défend le club de ta ville !”

Les paroles de ce chant sont tout sauf anecdotiques. 95% des Portugais soutiennent l’un des trois grands au détriment de l’équipe locale ou régionale. Une mentalité vivement critiquable dont la ville de Guimarães est l’une des seules à être exemptée. Il y a en effet un régionalisme séculaire unique en son genre régnant sur ce territoire et se transmettant de génération en génération. Pourquoi ici et pas ailleurs ? Car c’est précisément là qu’est né le Portugal. De quoi susciter une impressionnante fierté se traduisant par une ferveur indescriptible dans les tribunes. Les supporters clamant avec ardeur : “Le berceau de la nation, c’est nous !” Magnifique, n’est-ce-pas ?

Malheureusement, cette idéologie reste peu présente dans le reste du pays. Alors qu’un club comme le SC Braga, possédant de très bons résultats sportifs et étant basé dans une ville de quelques 180 000 habitants, pourrait aisément se former une masse supportrice. Il en va de même pour des clubs comme le Vitória Setúbal et l’Academica Coimbra. 3500. C’est approximativement l’affluence moyenne des stades portugais si l’on enlève les 5 clubs les plus populaires (les trois grands ainsi que Guimarães et Braga.) Toutes équipes confondues, le nombre moyen de spectateurs grimpe à 11 500. Un chiffre dérisoire comparé à ceux des 5 grands championnats européens.

Alors certes, la population nationale Portugaise n’est pas mesurable à celle de l’Allemagne. Mais l’amour du peuple lusitanien pour le football, une discipline ancrée culturellement et fréquemment récupérée politiquement, ne compense-t-elle pas cette inégalité démographique ? “Ce qui fait bien, dans ce pays, c’est de supporter un club qui gagne. Il n’y a pas de culture d’appartenance. Le Portugais aime être du côté des vainqueurs.”  Ces mots prononcés par Marco Talina (ultra du Vitória SC) à nos confrères de Vice Sports, expliquent à eux seuls la quasi-absence de soutien aux clubs régionaux. Une situation incongrue au vue du fait que les Portugais sont généralement très attachés à leur terre.


Et pourtant…
                                                             Crédit : Lusa

Le football Portugais détient cependant des qualités inéluctables. Ce championnat regorge d’incroyables joueurs à foison et voit naître chaque années des révélations comme Rúben Dias, Shoya Nakajima ou encore Bruno Xadas. Des hommes de football à l’esprit concis et délicat ? En veux-tu en voilà : Abel Ferreira, Sérgio Conceição, Luís Castro, Vitór Oliveira, etc… Le Portugal peut compter sur des centres de formation toujours plus performants, à l’image de l’incontournable académie du Sporting, l’une des plus prestigieuses au monde. Celles de Porto, Benfica et dans une moindre mesure Braga sont également des manufactures à talents. La technicité d’un joueur moyen au Portugal est particulièrement intéressante. Enfin, la question comprend un aspect sociétal à ne pas minimiser. Le football est une discipline aimée qui fédère toutes les générations, tous les sexes, toutes les origines.

Des mesures phares pourrait faciliter la rémission de ce football. Le passage à 16 clubs en Liga NOS (contre 18 actuellement) permettrait une meilleure compétitivité. Si cela est techniquement réalisable, pourquoi ne pas supprimer la Coupe de la Ligue au bénéfice d’une Copa Iberica, compétition mêlant formations espagnoles et portugaises ? Enfin, il est important de préciser que si le football Portugais rencontre d’importantes difficultés, il n’est pas pour autant en perdition. Le constat présentement effectué est donc à relativiser.

Le football Portugais se heurte à de profonds achoppements, conséquences directes de problèmes économiques, médiatiques et sociétales. Les innombrables qualités de ce football combinées à l’amour du peuple lusitanien pour cette discipline suffiront-ils à y remédier ? Sans doute pas. Des décisions sémillantes doivent être prises en amont, pour une pleine cicatrisation.



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