La saison 2021 est désormais terminée sur le circuit ATP et s'est conclue par la grande victoire d'Alexander Zverev aux ATP Finals de Turin. Entre le retour progressif du public, Djokovic à trois sets de la suprématie totale et une sensation de vent nouveau de plus en plus fort, que faut-il retenir de cette année 2021 forte en émotions.
Le public enfin de retour ou presque
Après une année 2020 morbide où les rares tournois disputés se jouaient à huis-clos ou devant 1000 personnes maximum, 2021 a marqué le retour des fans dans les stades et ainsi de l'ambiance. Fini les bruits rajoutés en post-production par les chaînes de télévision qui sonnaient si faux. En trombe, l'Australie où le majeur du coin s'est joué devant une jauge de 50%, soit 30 000 personnes. Nous avons eu la chance d'assister à deux grands moments avec les Tsitsipás – Kokkinakis et Humbert – Kyrgios qui ont enjoué le public. Cependant, cette chance n'était pas possible partout, et ce dès le prochain Masters 1000.
En effet, sur la première tournée américaine, Indian Wells est reporté et Miami instaure des règles sanitaires très strictes qui effraient la moitié du top 15 dont le Big 3, mais également Thiem, Wawrinka ou Murray. Seulement 20% du public est autorisé à entrer, ce qui joue sur la qualité de la compétition. Finalement, chaque tournoi imposait sa jauge en fonction de la situation sanitaire du pays. Il faudra patienter jusqu'à l'US Open pour voir toutes les places occupées. Un “retour à la normale” qui fait extrêmement plaisir pour les joueurs, les spectateurs et les organisateurs.
Malgré cela, la situation reste très instable et certains tournois se voit obligés de retourner à des situations de huis-clos, comme la Coupe Davis à Innsbruck en Autriche. Pour le début de saison 2022 en Australie, le gouvernement local oblige les joueurs à se faire vacciner complètement avant de venir sur leur sol. Un choix qui pourrait en mettre certains de côté notamment Novak Djokovic. Toutefois, nous n'avons toujours aucune information officielle sur les jauges des futurs tournois australiens à venir.
Djokovic, si proche de la suprématie absolue
S'il y a bien eu un fil rouge durant toute cette saison 2021, c'est bien la quête du Grand Chelem calendaire de Novak Djokovic. À 34 ans, le n°1 mondial s'est aménagé son calendrier pour être au maximum de ses capacités lors des tournois qui comptent vraiment pour lui (11 tournois disputés). Cela exclut les tournois de préparations dont de nombreux Masters 1000. Son aventure commence “chez lui” à Melbourne où pour la 9e fois en 9 finales il fait de la Rod Laver Arena son jardin, remportant ainsi son 18e Grand Chelem.
Elle se poursuit Porte d'Auteuil où pourtant les embûches se sont multipliées. D'abord en huitièmes de finale face à Musetti. L'Italien mène alors deux sets à rien. Le Serbe sort du court, se change, et réinitialise son mental. À partir de là, ce n'est plus le même joueur. Il devient robot et terrasse le pauvre Musetti, ne lui laissant qu'un jeu sur les trois derniers sets et le contraignant à abandonner à 4/0 dans le 5e set. Puis, en demi-finale il affronte le propriétaire des lieux, Rafael Nadal. Les deux légendes livrent un match dantesque, historique, obligeant l'Élysée à délivrer une dérogation du couvre-feu pour les spectateurs présents sur place. Djokovic bat le joueur ultime sur terre battue et accède à la finale.
Il y retrouve Stefanos Tsitsipás qui, comme Musetti, joue sur un nuage et mène deux sets à rien. Mais comme face à Musetti, Djokovic rentre au vestiaire et fait appel à son robot intérieur. Il breake à 3/1 dans le 3e set et le Grec n'a jamais su retourner la situation à son avantage sur le reste du match. Le Serbe célèbre son 2e Roland-Garros, son 19e Grand Chelem et devient le premier joueur de l'histoire a avoir remporté au moins deux fois tous les majeurs.
Un mois plus tard, Nole part à Londres pour Wimbledon sans préparation sur gazon en simple. Mais de toute façon la concurrence n'est pas habituée à la surface et s'écroule contre le maître des lieux. Djokovic bat Berrettini en finale et égalise ses deux rivaux avec 20 titres du Grand Chelem.
Petite parenthèse à Tokyo pour les Jeux olympiques. Djokovic part en chasse d'un titre qu'il ne possède pas, la médaille d'or car quitte à faire le Grand Chelem calendaire autant le doré. Néanmoins, les choses ne se passent pas comme prévues. Djokovic disjoncte contre Zverev en demi-finale. Il s'incline également dans le match pour la médaille de bronze contre Carreno-Busta et laisse tomber sa partenaire de double mixte Nina Stojanović.
Notre Serbe préféré reviendra à New-York pour le moment le plus important de sa carrière. En effet, il n'est plus qu'à 7 matchs du 21e Grand Chelem, et du Grand Chelem calendaire, bref de la place de n°1 de tous les temps. Le stress lui fait perdre ses moyens en début de match et le premier set revient souvent à son adversaire. En demi-finale, il retrouve son démon Alexander Zverev et est poussé en cinq manches qu'il parvient à remporter. Arrivé en finale, il joue face à son dauphin au classement ATP, Daniil Medvedev. Pour la première fois, Djokovic va perdre contre lui-même, ses propres émotions. Medvedev le bat en trois sets et laisse le Serbe dans ses larmes pendant que lui fait le saumon.
Le n°1 mondial doit digérer cette cruelle défaite et se repose jusqu'en novembre. Dès son retour, il gagne le Masters 1000 de Paris Bercy face au tenant du titre, Daniil Medvedev. Puis aux ATP Finals, il montre un excellent niveau de jeu, mais est dépassé par Zverev à son meilleur. Novak Djokovic termine tout de même l'année comme il l'a commencé, numéro 1 mondial pour la 7e fois de sa carrière, un nouveau record. Pour lui 2022 sera la route vers le 21e Grand Chelem pour distancer Nadal et Federer.
Medvedev et Zverev, les nouveaux dauphins
En l'absence de Roger Federer et Rafael Nadal notamment à la mi-saison, Novak Djokovic était le seul représentant du Big 3. De plus, Dominic Thiem n'a pas beaucoup joué non plus et se prépare pour revenir sur le devant de la scène en 2022. Pour combler ce vide, deux joueurs ont vite trouvé leurs places : Daniil Medvedev et Alexander Zverev. Stefanos Tsitsipás est encore trop court malgré sa bonne saison sur terre battue.
Le Russe a passé un nouveau cap, devenant le premier joueur de la Next Gen à enfin gagner un Grand Chelem et briser cette série d'échecs face au Big 3. Il empoche également le Masters 1000 du Canada et l'ATP Cup en début d'année avec la Russie. On note aussi les finales à l'Open d'Australie, Bercy et au Masters de Turin. Une saison bien remplie pour le n°2 mondial qui n'a jamais vraiment déçu. Il s'améliore même sur terre battue, sa surface antinomique.
De son côté, l'Allemand est le joueur le plus titré de l'année avec six trophées et pas n'importe lesquels. Médaillé d'or aux Jeux olympiques, Masters de Turin, Masters 1000 de Madrid et Cincinnati, ATP 500 de Vienne et Acapulco avec une forte concurrence. Alexander Zverev a dépassé son plafond de verre et s'est imposé un niveau de jeu minimum bien au-dessus de la moyenne. Son titre olympique lui a donné une confiance phénoménale pour la fin de saison. En 2022, Zverev devra finir son puzzle et intégrer la pièce finale à son chef-d'œuvre avec un Grand Chelem.
Karatsev, Norrie, Alcaraz, ces révélations qui ont marqué l'année
Dans les livres d'histoire, on s'apercevra peut-être que 2021 était une année de changement pour le circuit ATP. De nouvelles têtes sont arrivées et se sont maintenues au plus haut niveau toute la saison. En premier, impossible de ne pas citer Aslan Karatsev, invité plus que surprise du dernier carré de l'Open d'Australie. Inconnu au bataillon début janvier, 18e mondial en novembre et 13e à la Race. Le Russe de 28 ans n'a percé que cette année au plus haut niveau mondial.
Peu après son parcours exceptionnel à Melbourne, il s'empare du titre à Dubaï. Il retombe ensuite de sa folie, mais s'installe dans le top 40. Son prochain exploit est de battre Djokovic chez lui à Belgrade en demi-finale. La suite de sa saison n'est pas aussi exceptionnelle, mais le Russe a su se maintenir à un bon niveau moyen lui permettant de prendre du galon dans la hiérarchie du tennis mondial.
Autre révélation de cette année, Cameron Norrie. Le Britannique avait livré une petite interview en début d'année où il disait que 2021 allait être sa saison. Force est de constater qu'il a eu raison de croire en lui. Un niveau moyen solide, une patte de gaucher toujours embêtante pour ses adversaires et une détermination sans faille. En Grand Chelem, il fait face à des tirages compliqués, tombant deux fois contre Nadal, une fois face à Federer et une fois en opposition à Alcaraz. Sa saison se ponctue par un grand titre à Indian Wells à la surprise générale. Il participe même au Masters de fin d'année en tant que deuxième remplaçant. Il s'incline contre Ruud et Djokovic. Désormais 12e mondial, il faudra certainement compter sur lui pour la saison à venir.
Un autre joueur a beaucoup fait parler de lui cette saison, Carlos Alcaraz. Le jeune espagnol de 18 ans possède un jeu et une maturité hors-norme. Il a escaladé les échelons du circuit à une vitesse folle, provocant un véritable raz-de-marée médiatique. Sa fin de saison laisse sans voix. Pour sa première participation à l'US Open, il sort l'un des matchs de l'année contre Stefanos Tsitsipás en le battant en cinq sets. Avec le soutien de tout le stade Arthur-Ashe, l'Espagnol commence sa folle histoire. Il connait aussi des bas. À Bercy, il s'effondre face au public et à Hugo Gaston, mais engrange de l'expérience. Néanmoins, il sait rebondir en remportant le Masters Next Gen et termine la saison sur une bonne note. Avec son talent indéniable, il est fort probable qu'on reparle de Carlos Alcaraz en 2022.
Cette saison 2021 très spéciale marque peut-être le début d'une nouvelle ère tennistique. Le Big 3 commence à s'effriter. La Next Gen vient vraiment éjecter les trois grands de leurs trônes. De nouvelles têtes font leur apparition. Des vétérans comme Murray ou Nishikori, ne lâchent pas le morceau. De très bon augure pour 2022.
Crédit photo : AFP