Rencontre avec Thibault Le Rol de beIN SPORTS

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Ligue 1

WeSportFR est parti à la rencontre de Thibault Le Rol, journaliste et commentateur Tennis chez beIN SPORTS. Parcours personnel, meilleurs souvenirs en cabine, Court Central, santé du tennis français, circuits ATP et WTA, Coupe Davis… Il nous dit tout !

Bonjour Thibault, tu es journaliste et commentateur, spécialiste Tennis chez BeIN SPORTS. Pour commencer, quel est ton parcours jusqu’à aujourd’hui ?

J’ai commencé un IUT en Commerce. J’ai vite constaté que ça ne me plaisait pas, donc j’ai arrêté en cours de route. Puis j’ai ressenti une certaine affection pour le journalisme. J’ai commencé à écrire pour Le Parisien Sports en tant que stagiaire, puis je me suis orienté vers l’ESJ Paris où j’ai terminé mon cursus par un stage chez I-Télé que je n’ai pas quitté.

D’où te vient cette passion du tennis ?

Elle est venue principalement de mes frères. A la base, je faisais du foot, puis mes frères m’ont initié au tennis, et depuis, c’est resté. Je regarde beaucoup de matchs en plus de les commenter, et surtout, je pratique 3 fois par semaine. J’ai même retrouvé un classement : je suis actuellement classé 15/3 !

Thibault Le Rol et beIN Sports, quand est-ce que ça a commencé ?

Je suis arrivé le 1er juin 2012, à la création de la chaîne. J’ai commencé par présenter la Matinale Week-End en attendant les droits de diffusion du tennis. Aujourd’hui, j’entame ma cinquième saison chez beIN Sports en tant que journaliste tennis. Je présente l’émission Court Central qui met en avant l’actualité tennistique, généralement avant un direct et je commente les matchs en cabine ou sur place à travers les tournois ATP 250/500, Masters 1000, Masters de Londres ou encore le tandem Coupe Davis/Fed Cup. Sans oublier Club House, diffusé sur les réseaux sociaux, avec qui je partage l’affiche avec mon collègue et patron de la rédaction Tennis, Frédéric Viard.

A quoi ressemble une journée de travail en tant que journaliste Tennis chez beIN Sports ?

Il y a 3 phases. En général, j’arrive vers 9-10h du matin, je prends le pouls de l’actualité, ce qu’il s’y est passé de majeur ces derniers temps, et je vois en fonction du planning si je peux en construire un sujet pour Court Central ou Club House. Ensuite, 3h avant la diffusion, on se met d’accord avec les consultants et les monteurs pour décider de la ligne directrice de l’émission, quels sujets diffuser, quand les diffuser, et enfin, on se prépare pour l’émission : maquillage, habillage, mise en place, tests avant le direct, et enfin la retransmission. Le consultant ATP, en général Fabrice (Santoro) ou Sébastien (Grosjean), arrive 30 minutes avant le direct, tandis que la consultante WTA, en l’occurence Tatiana (Golovin), Mathilde (Johansson) ou Séverine (Beltrame), est là 1h plus tôt.

On te voit naturellement complice et détendu à l’antenne avec la plupart de tes collègues et consultants. C’est à la fois rare de voir un tel phénomène et en même temps apprécié par la majorité des téléspectateurs ! 

Cette complicité est venue naturellement avec le reste de l’équipe. Avec le temps, depuis la création de la chaîne, on s’est construits une certaine alchimie entre nous, les journalistes, mais aussi avec les consultants (NDLA : Thierry Champion, Sébastien Grosjean, Tatiana Golovin, Fabrice Santoro), et on la conserve le mieux possible à l’antenne. On a carte blanche pour cela, donc on en profite autant que faire se peut, tout en restant pros et en apportant le plus d’informations techniques possibles pour les téléspectateurs.

Parlons un peu du circuit professionnel. As-tu un avis sur le circuit ATP aujourd’hui ?

On est en pleine période de transition en ce qui concerne le circuit ATP. L’ère du Big 4 sur les 15 dernières années est à considérer comme la plus belle décennie de l’histoire du tennis. La saison 2017 a été extraordinaire : on ne s’attendait pas à revoir Roger et Rafa rejouer ensemble, aussi bien, et truster les 4 Grand Chelems comme il y a 10 ans ! La saison 2018 est plus compliquée à apprécier car si Roger et Rafa maintiennent leur niveau de jeu, il manque Andy Murray, physiquement largué, et Novak Djokovic, mentalement largué. Quoique je le vois bien revenir cette année, à voir son état mental, meilleur depuis Monte Carlo et le retour de son coach de toujours, Marian Vajda. Il y a aussi l’avènement de la Next Gen qui entre en compte : les jeunes joueurs ont tous faim très tôt et cela tire cette période de transition vers le bas avec, pourquoi pas, une place de n°1 mondial plus indécise qu’avant, voire un vainqueur de Grand Chelem différent à chaque édition. Je ne suis pas sûr de revoir une telle domination dans les 10 prochaines années que celle du Big 4 des années 2000.

Toi qui parlais d’indécision, d’irrégularité, la WTA est actuellement un bon exemple, non ?

La WTA, c’est différent : même si on vit une période très indécise où les mieux classées peuvent se faire sortir par des joueuses parfois beaucoup moins bien classées, on commence à sortir un véritable noyau. Avant, on avait la période Serena-Maria puis Serena-Azarenka et plus loin, le reste du circuit. Aujourd’hui, si la première est sur le retour et la seconde a des complications sur le sien (NDLA : depuis sa suspension pour prise de Meldonium à l’aube de la saison 2016), on observe un petit noyau se former comprenant plusieurs joueuses : Simona Halep, Caroline Wozniacki, Garbine Muguruza, Elina Svitolina, Karolina Pliskova, Jelena Ostapenko, ça commence à être très solide, notamment en Grand Chelem. On sent une véritable hiérarchie qui est en train de se mettre en place sur le circuit WTA, hiérarchie qu’on distinguera de moins en moins bien sur le circuit masculin dans les années à venir.

Et au milieu de toutes ces considérations, il y a le tennis français. On te sait fervent défenseur de la génération des « Mousquetaires », mais à l’image du Big 4, ils sont eux aussi sur la fin. Quel regard pose-tu sur le tennis français ?

Si je peux vous donner un conseil : profitez un maximum de leur présence. Leur temps sur le circuit commence à être compté, et on assistera à une réduction drastique, pour ne pas dire alarmante du contingent français. On a déjà Lucas Pouille en porte-drapeau, mais derrière lui, ça se fait rare : Corentin Moutet est sur le point d’arriver sur le circuit principal, Calvin Hemery réalise la meilleure saison de sa jeune carrière mais possède encore quelques lacunes pour le Top 100, Quentin Halys est pas loin non plus… On a réussis à sortir 4 joueurs qui ont tous été dans le Top 10 mondial, qui ont obtenu des victoires références en Grand Chelem et repartent avec chacun plus de 10 titres, Coupe Davis compris. Mais les gens attendaient un vainqueur de Grand Chelem… LE leader tennistique sur lequel on peut durablement compter. La Suisse a sorti un grand champion avec Federer, deux avec Stan Wawrinka, pareil pour la Serbie avec Djokovic ou la Grande-Bretagne avec Murray. L’Espagne a eu Rafa comme leader d’une génération encore plus fructueuse que la notre. Quant au tennis féminin, c’est dramatique : Kristina Mladenovic, Caroline Garcia, Océane Dodin, et … c’est tout. Pauline Parmentier est sur la fin, et derrière, c’est le néant. Incroyable quand on sait qu’on a déjà sorti des joueuses comme Amélie Mauresmo, Nathalie Dechy, Mary Pierce, Julie Halard… Il faut poser une véritable réflexion à mener sur les 15 prochaines années à ce sujet. Mais il faut s’attendre dans tous les cas à vivre une décennie faible, où les secondes semaines en Grand Chelem se raréfieront.

On te sait aussi grand admirateur de Roger Federer, comme beaucoup de téléspectateurs en France et à travers le monde. En dehors de lui, as-tu un joueur que tu apprécies particulièrement ?

Non, pas spécialement. J’ai un regard plus global sur le circuit, notamment sur la Next Gen. Ce petit groupe de jeunes joueurs peut, potentiellement à eux tous, aller chercher au moins un Grand Chelem lorsque l’ère du Big 4 tirera sa révérence sur le circuit.

En France, il est impossible de ne pas parler de la réforme de la Coupe Davis. Tous les joueurs français, mais aussi quelques joueurs étrangers se sont déjà exprimés à ce sujet.

Oui, et je salue bien bas cette prise de position adoptée par nos joueurs français. Pour être honnête, cette réforme fait beaucoup de mal au tennis mondial. On se trompe totalement d’orientation car tout le monde sait en privé que c’est l’argent qui motive ce projet. 20 millions de dollars de dotation, c’est 3 à 4 fois plus que ce que remporte un vainqueur de Grand Chelem actuellement ! Le projet de réforme présenté par Kosmos et Gérard Piqué montre aussi l’omniprésence de l’argent dans le sport. Le foot est particulièrement touché, mais des sports qui en sont moins habitués comme le rugby ou le tennis, prennent ce phénomène de plein fouet, au détriment des émotions, de l’humain. Et c’est vraiment dommage car ça galvaude complètement les valeurs de ce sport : aujourd’hui, on a des agents de joueurs qui demandent des garanties financières en fonction des résultats de leurs joueurs ! Cet argent ne fait en réalité qu’arranger les plus anciens : Roger et Rafa ont fait sauter la banque en s’appuyant sur leur rivalité sportive. Sponsors, diffuseurs, fédération… aujourd’hui, il faut sortir des sommes astronomiques pour les faire venir. Bref, je suis contre cette réforme à 200%.

On va détendre l’atmosphère en revenant sur beIN Sports. Quel a été le meilleur match que tu aies déjà eu à commenter ?

Il y en a deux : le match entre Federer et Murray, Wimbledon 2015 en demi-finale. 7/5 7/5 6/4 pour Roger, 2h09 de match avec un niveau absolument démentiel déployé par les deux joueurs, notamment Roger, et un public anglais entièrement acquis à la cause de Murray, des passing-shots en bout de course sur commande, des points gagnants tous plus exceptionnels les uns que les autres. Petite anecdote : à l’époque où Sébastien (NDLA : Grosjean) était coach de Richard Gasquet, il était sur le bord du court pour soutenir son poulain. A la fin du match, Gasquet avait perdu contre Djokovic, et Seb’ s’était empressé de réconforter son joueur. Il avait couru jusqu’à notre cabine et était arrivé essoufflé à la fin du second set. Un peu fatigué au départ, puis le match est passé et il a pris comme moi un plaisir sans fin. Le second match, c’était la finale de Wimbledon 2014 entre Federer et Djokovic. Il y avait notamment un tie break qui avait duré plus de 10 minutes extraordinaire. J’ai carrément demandé à ce que ce jeu de service soit présent sur le site de beIN Sports, et il y est encore !

Et ton pire match à commenter ?

Il faut remonter à 2014. Un match infâme entre Ivo Karlovic et Daniel Brands à Zagreb. 6/7(4) 7/5 7/6(3), 2h15 de jeu, et zéro échange. Le match s’est résumé à des aces, des fautes directes, et encore des aces. Karlovic gros serveur, face à une brute épaisse en fond de court comme Brands, c’était un véritable calvaire à suivre et à commenter.

Merci à toi d’avoir pris le temps de répondre à nos questions. Bonne saison Tennis sur beIN Sports.

 

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