A l’heure où ma carrière sportive personnelle résonnait au rythme de mes sauts en extension, smashs claqués et aux rush d’interception d’un volant de badminton, je découvrais avec délice mes premiers frissons tennistiques à travers l’écran de télévision du salon parental.
Bien sûr que je connaissais les grands noms du tennis qui avaient et continuaient de créer l’exaltation de mon père, passionné de la discipline. « J’ai tout appris en regardant ces grands joueurs » m’avait-il un jour confié. Néanmoins, je commençais à écrire ma propre histoire d’amour avec cette adaptation du jeu de paume et de ses protagonistes qui, sans le savoir, me bouleverseraient à différentes échelles pour les dix années suivantes.
Je me souviens symboliquement de ce 25 mai 2008, veille de l’anniversaire de ma sœur qu’on s’apprêtait à fêter en famille et qui m’empêcherait de visionner la finale masculine. Je ne m'étais pas conditionnée à traverser ce premier tourbillon d’ivresse tennistique face au duel qui opposerait Ivanovic à Safina.
Finale Dames Roland Garros 2008
A l’époque, les deux jeunes joueuses se suivaient sur de nombreux points : même génération, même nombre de tournois gagnés sur le circuit et même caractère ravageur sur le court malgré leur flegme de l'Est. L’une retrouvait la terre battue du court Suzanne Lenglen, avec sa douloureuse cicatrice de sa défaite en finale l’année précédente face à la quadruple championne de l’Open de France, Justine Henin. La seconde arrivait avec un gain de confiance suite à sa victoire en finale sur Elena Dementieva à Berlin quelques semaines plus tôt. Tournoi d’ailleurs symbolique pour Ivanovic et Safina qui avaient triomphé tour à tour au Qatar Telecom German Open au cours des deux dernières éditions avant que ce celui-ci ne disparaisse du calendrier.
L’année précédente, en finale du Grand-Chelem de Paris, Ana Ivanovic avait été victime de la tornade Belge en s’inclinant sèchement 6/1 6/2. Une déculottée pour l’espoir du tennis mondial qui malgré des débuts percutants dans le match s’était vite laissée contracter par l’enjeu et ses tensions. Ce 25 mai 2008, dans sa robe rouge couleur feu, Ana Ivanovic débarquait dans cette seconde finale dans la capitale Française avec une approche psychologique bien différente de l’année passée. Consciente de ce qui l’attendait et certaine d’accéder à la plus haute marche du classement WTA malgré le résultat.
Dans l'arène…
Dans mon canapé, je soutenais assurément et bruyamment la Serbe qui, à ce moment-là me paraissait prête à remporter ce titre. Premier break, puis deuxième break quelques minutes plus tard, Ana Ivanovic menait déjà 4/1 sans s’éparpiller. De l’autre côté, Safina, rescapée heureuse après ses tours chaotiques au cours de la semaine, se frustrait, jetait sa raquette. Une extériorisation bénéfique à la Russe qui se reconnectait avec la réalité de l’événement et recollait à 4/4. Mon sourire disparaissait, captivée par la tournure qui n'allait pas dans le sens que j'aurai voulu. Finalement, dans un dernier élan sans grande envergure, Ivanovic concluait le premier set sur le score de 6/4 et prenait un avantage dans cette finale. Une situation qui prenait le chemin de mes espérances et me conduisait dans une crispation inexplicable.
Une bataille de fond de court faisait rage, me laissant dubitative jusqu’à la faute qui se profilait à l'issue de chaque point. Grâce à ses débordements, Safina installait ponctuellement le doute chez son adversaire. Ana Ivanovic survivait, remportant les points aux moments opportuns. La moscovite ne parvenait pourtant pas à faire la différence comme elle avait su le faire face à Sharapova ou Dementieva. Sûrement éreintée par l’énergie laissée dans son quart et sa demi-finale, elle n’aura jamais réussi à passer la troisième pour reprendre le lead. Ivanovic avait pris confiance au fil du deuxième set et nous avait même offert de sublimes amorties qui n'étaient pas sans me rappeler ces amorties revers croisés qui marquaient mon jeu de filet au badminton. Une réputation qui, sans prétention, suivait mes qualités de déplacement.
Dans un effort ultime, sur le score de 6/4 6/3, Ana Ivanovic remportait son premier tournoi du Grand-Chelem et sans le savoir m’avait fait vivre l’une de mes premières émotions de tennis. Avec du recul, ce match n'avait pas été le plus grandiose que la displicine nous avait offert mais pour moi sa saveur empreintait encore mon esprit. Sans nul doute, Ana Ivanovic avait été la première athlète de ma génération à laquelle je m’étais identifiée dans le milieu sportif et qui m'avait permis de donner une dimension à la fois innocente et psychologique au sport.
Photo credit : Centerblog