Pour Rafael Nadal, 2020 restera à jamais une année marquante. Désormais à 20 titres gagnés en Grand Chelem, le Majorquin peut cependant nourrir un regret : celui de ne pas être parvenu à décrocher un des deux des rares titres qui manquent à son palmarès, Bercy et le Masters.

Lorsque l’on pense à l’année 2020 de Rafael Nadal, la première image qui nous vient est un classique. Quasiment un marronnier même, depuis 15 ans maintenant.  Cette image, c’est celle du Majorquin sacré à Roland-Garros. 20, comme le nombre de titres du Grand Chelem désormais dans la poche de Rafael Nadal, lui qui rejoignait en octobre dernier son ami Roger Federer en tête du palmarès du tennis masculin. Pourtant, penser que la saison a été un long fleuve tranquille pour l’Espagnol est une erreur tant les coups durs se sont accumulés pour lui et pour le monde du tennis dans sa globalité.

Un début de saison contrasté

Pour « Rafa », la saison avait débuté par l’ATP Cup, la nouvelle compétition par équipe créée par l'ATP. Se déroulant en Australie, la compétition faisait office de préparation pour le premier tournoi du Grand Chelem de l’année que Nadal n’a plus gagné depuis 2009. Pour le majorquin, la compétition n’est pas particulièrement convaincante. Toutefois, pas d’inquiétude particulière à avoir pour celui qui vient d’être battu par David Goffin et Novak Djokovic. Rafael Nadal sort d’une très bonne saison 2019 agrémentée de deux beaux sacres à Roland-Garros et à l’US Open et se présente à Melbourne dans la peau du numéro 1 mondial. Il est même le premier joueur à culminer à la première place mondiale sur trois décennies différentes, en l’occurrence 2000, 2010 et 2020. Pas mal.

Pourtant, pour le poulain de Carlos Moya, 2020 ne commence pas de la meilleure des manières. Après ses deux défaites lors de l'ATP Cup, il est battu sèchement par Dominic Thiem en quarts de finale de l'Open d'Australie. S’il s’était sorti du piège Nick Kyrgios en quatre sets en huitièmes, le Majorquin ne peut rien faire face à la puissance de feu d’un Dominic Thiem survolté. Statistiquement, c’est le pire mois de janvier depuis 2007 pour Rafa, qui se voit la tête du classement ATP reprise par Novak Djokovic, vainqueur du tournoi.

Après un mois sans jouer, c’est à Acapulco, tournoi qu’il apprécie beaucoup, que l’Espagnol tente de relancer la machine. Au Mexique, la tête de série n°1 se rassure et remporte le tournoi pour la troisième fois de sa carrière après 2005 et 2013. Malheureusement, à l’aube d’une saison sur terre qu’il affectionne tout particulièrement, la Covid-19 pointe le bout de son nez. Le verdict tombe : pas de tennis jusqu’en août ! Pendant le confinement, même Rafael Nadal ne peut pas jouer au tennis. C’est en tous cas ce qu’affirme le Majorquin dans une interview donnée à Stade 2 fin mai. En juin, au moment de reprendre l’entrainement, son pied pose problème : « Après le confinement, j’ai passé des mois très difficiles. Si l’arrêt a été bénéfique pour mon genou, mon pied a été complètement détruit. » confiait-il. Ce pied avait déjà été un souci plus tôt dans sa carrière, en 2007 plus précisément, jusqu’à poser la question de son avenir dans le tennis. Afin d’être prêt pour la reprise, c’est à Barcelone que le numéro 2 mondial se fait soigner. Focalisé sur la saison de terre battue, il renonce à la tournée américaine et l'US Open et prévoit un retour à Rome mi-septembre.

Ô porte d’Auteuil, ma tendre et chère…

Pour Nadal, le passage dans la capitale italienne est une préparation pour Roland-Garros.  S’il doit encore effectuer quelques réglages, l’Espagnol est très bon et ne fait qu’une bouchée de Pablo Carreno-Busta et de Dusan Lajovic lors des deux premiers tours. En quarts, il est pourtant surpris par un Diego Schwartzman en feu (6-2/7-5).

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À dix jours de Roland, le débat est lancé. Parviendra-t-il à gagner de nouveau Porte d'Auteuil ? Face à lui, deux autres prétendants sortent du lot. Novak Djokovic et Dominic Thiem. Pour la première fois depuis trois ans, le Majorquin se trouve d’ailleurs dans la partie de tableau de l’Autrichien, que l’on annonce comme le principal obstacle sur sa route. Ce dernier est finalement battu par Diego Schwartzman en quarts de finale au bout un match d’anthologie. Rafa lui, a emprunté l’autoroute censée l’emmener jusqu’en finale.
Pendant la quinzaine, le maitre des lieux ne perd pas un set et n’est même jamais inquiété, hormis peut-être lors de la première manche face au jeune italien Jannik Sinner, finalement remportée 7-6 au tie-break. Au terme de deux semaines de démonstration, l’Espagnol surclasse Novak Djokovic en finale (6-0/6-2/7-5). Sa prestation est exceptionnelle. Le Majorquin vole sur le court. Injouable, il soulève pour la treizième fois la coupe des mousquetaires. Son histoire d’amour avec le Philippe-Chatrier se poursuit. 13 Roland-Garros. La performance est grandiose. Elle nous renvoie à une époque pas si lointaine, lorsque l’on croyait le record de victoires de Björn Borg à Paris (6) intouchable. 8 ans après l’avoir fait tomber, Rafael Nadal lui a ajouté 7 unités. S’il gagne à nouveau l’an prochain, l’espagnol égalera le total de Grand Chelem de Pete Sampras (14), autre record que l’on pensait indétrônable il y a 15 ans de cela, rien qu’avec ses titres à Paris. Immense.

Rafael Nadal » : la première fois que « Le Monde » l'a écrit

Malmené par la « Next Gen »

 Si 2020 est une année pas comme les autres sur beaucoup d’aspects, en tennis, certaines questions ont continué d’être posées. « Nadal va-t-il gagner Roland-Garros ? » en est une. « Les trois dinosaures (Federer, Nadal, Djokovic) vont-ils laisser la place à la Nextgen ? » en est une autre. Au 1er janvier 2020, le dernier Grand Chelem remporté par un autre joueur que ces trois-là remonte à 2016 et au sacre de Stan Wawrinka à l’US Open. Dans l’armoire des Thiem, Tsitsipas, Zverev et autres Medvedev, toujours rien. En 2020, la donne a (un peu) changé. Ça y est, à l’US Open, Dominic Thiem a remporté son premier titre majeur. Parfois, ce n’était pas passé loin, comme lors de la finale de l’US Open en 2019 dans laquelle Daniil Medvedev avait, dans un match à couper le souffle, poussé Rafael Nadal dans ses derniers retranchements. Comme souvent, l’Espagnol s’en était finalement sorti, montrant à son cadet la marge qui existait encore entre eux deux.
En 2020, marge il ne semble quasiment plus y avoir. C’est en tous cas ce que laisse présager le mois de novembre qui vient de se terminer. Souvent éreinté au moment de clôturer la saison par les tournois de Bercy puis du Masters, 2020 a offert à Rafael Nadal la possibilité d’arriver frais sur deux des tournois majeurs qu’il n’a encore jamais gagné. Pour le Majorquin, l’occasion est trop belle pour ne pas la saisir. C’est pourtant sans compter sur Alexander Zverev, Dominic Thiem et autres Daniil Medvedev. Ayant finalement assez peu joué cette saison, situation sanitaire oblige, Rafa se présentait donc à Paris les jambes fraiches. Ce n’est pourtant pas l’impression qu’a laissé son tennis. À Bercy, le Majorquin affiche un niveau moyen pour ne pas dire décevant. La balle ne sort pas comme d’habitude de sa raquette, les déplacements pas aussi fluides qu’à l’accoutumée. L’Espagnol est finalement battu par Alexander Zverev en demi-finale.

Si fort et pourtant impuissant

Londres est donc la dernière croix du calendrier 2020. Au moment de traverser la Manche, Rafa se veut confiant et dit se sentir bien physiquement. L’objectif est clair : gagner le tournoi. Au sein d’une poule composée de Dominic Thiem, Stefanos Tsitsipas et de la surprise de la saison Andrey Rublev, le poulain de Carlos Moya affiche un bien meilleur visage qu’à Paris. Pourtant, lors de son deuxième match, l’Espagnol est dominé par un impressionnant Dominic Thiem (7-6/7-6). Face à Nadal, l’Autrichien déroule sa partition et écœure le Majorquin. Le visuel est d’autant plus marquant que l’Espagnol évolue à un niveau impressionnant, ce qui n’était pas le cas les années précédentes à Londres.

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Toutefois, étrange ressenti que de voir le très bon Rafael Nadal impuissant face au récent vainqueur de l’US Open. Dans la troisième rencontre face à Stefanos Tsitsipas, Rafa décroche son ticket pour le dernier carré.  Après Thiem, un deuxième os l’attend en demi-finale : Daniil Medvedev. Récent vainqueur à Bercy, le Russe finit 2020 en boulet de canon après un gros passage à vide ces derniers mois. On a retrouvé le Daniil de 2019, celui de cette incroyable finale à l’US Open. Face à un Rafael Nadal lui aussi en forme qui se présente face à lui. Le choc s’annonce monumental. Il tient toutes ses promesses. Si l’Espagnol prend le premier set, Daniil trouve les ressources et s’impose finalement au terme du combat attendu. Pour la deuxième fois de la semaine, Rafa vient de prendre une claque. Pour lui comme pour Novak Djokovic, battu par Dominic Thiem dans l’autre demi-finale, 2020 s’arrête net. Un sentiment subsiste, l’impression que malgré ce nouveau sacre historique à Roland-Garros, l’Espagnol est passé à côté de quelque chose d’encore plus fort. Bien sûr que pour 99% des joueurs, la saison est exceptionnelle mais ces dernières années, l’Espagnol a placé le curseur tellement haut qu’avec lui l’exigence semble devoir toujours être élevée à son sommet.