Capitale de l’Empire romain, la ville de Rome est également connue pour son romantisme. On respire l’amour dans les rues, les restaurants et les films, bien évidement. Cet amour, on le retrouve sur le rectangle vert, celui du Stadio Olimpico, terre d’accueil de l’AS Roma et pendant 25 ans, celle de Francesco Totti. L’avant-centre italien est une légende du club, qu’il n’a jamais trompé au cours de sa carrière, l’unique amour éternel dans sa vie. Retour sur la carrière de l’un des derniers romantiques du football moderne.
Ti Amo Roma
Né à Rome en septembre 1976, Francesco est un enfant de la ville. Il joue avec les grands dans la rue et pour plusieurs clubs locaux, jusqu’à être repéré par les détecteurs de grands clubs, notamment l’AC Milan et la Lazio. Étant fan inconditionnel de Guiseppe Giannini, capitaine de la Roma à l’époque, le petit Totti se laisse conseiller par ses parents et signe finalement en 1989 dans son club de cœur. Il impressionne rapidement en équipe de jeunes et fait sa première apparition à 16 ans contre Brescia en mars 1993, mais il commence réellement à jouer pleinement la saison suivante. Sous les ordres de Carlo Mazzone, il démarre de nombreux matchs comme second attaquant, menant le jeune Francesco à sa première réalisation en septembre 1994 contre Foggia. Bien qu’il ne soit pas le plus prolifique, malgré ses 16 buts en trois saisons, Mazzone est impressionné par le caractère du jeune homme mais aussi son intelligence de jeu. Il n’est pas le renard de surface que pouvait être Inzaghi, mais plutôt un point d’appui créatif au service de l’équipe.
La ligne semblait tracée vers le succès. Il jouait avec son idole Giannini, avec un entraîneur qui lui faisait confiance. Cependant, l’été 1996 change tout avec le départ de Mazzone et son idole. Le nouveau coach Bianci lui fait moins confiance, menant Totti à préparer ses valises pour la Sampdoria, avant que le nouveau président s’interpose. Des frictions s’en suivent, menant finalement Bianchi au départ. Totti est, déjà, plus grand que certains membres du club, à 20 ans.
Il Capitano
Après cet épisode un peu compliqué, Totti change physiquement, tactiquement et techniquement. Son corps arrive progressivement à maturité, mais il doit surtout s’adapter à son nouveau rôle sur l’aile gauche. Ayant plus de place pour attaquer les défenseurs et repiquer dans l’axe, il développe des qualités de dribbles qu’il n’avait pas auparavant. Progressivement, il prend un rôle de plus en plus important dans l’équipe, jusqu’à ce que le club lui donne le numéro 10. Bien plus qu’un simple numéro, c’est un symbole fort du club qui lui fait confiance et qui fait entrer Totti dans un cercle un peu plus fermé de joueurs ayant porté ce numéro, avant de rentrer un jour dans la légende.
Malgré des belles performances en 1997-1998, il n’est pas appelé avec la sélection italienne pour la Coupe du monde en France. Cela ne l’empêche pas de continuer à travailler dur dans un système qui lui convient bien. Son attitude et son talent lui permettent d’achever ce que faisait son idole Giannini avant lui : devenir capitaine du club en octobre 1998, devenant le capitaine le plus jeune de l’histoire de la Serie A à l’âge de 22 ans. À la fin de cette même saison, il est nommé meilleur jeune joueur du championnat italien.

L’arrivée des titres collectifs
L’arrivée de Fabio Cappello à la tête de la Louve fit changer Totti de dimension. L’équipe était construite autour de lui, le repositionnant dans l’axe au poste de n°10. L’objectif était clair : gagner le Scudetto. Bien qu’un peu reculé, son positionnement dans l’axe permet au capitaine romain de marquer de plus en plus de buts. Des réalisations cruciales qui poussent l’AS Rome sur la première place du classement à la fin de la phase aller de la saison 2000-2001. Totti, Montella et Batistuta formaient un trident offensif majestueux, permettant à la Louve d’être couronnée championne d’Italie pour la troisième fois de son histoire.
Totti est au sommet de son art, il est nommé meilleur joueur italien de Serie A en 2000 et 2001, et finit 5e au classement du Ballon d’or 2001. Ses origines romaines ne font qu’aider le développement de son aura dans les travées du Stadio Olimpico. Tous les supporters s’identifiaient à lui, le jeune homme local qui était devenu empereur de Rome. Dans un stade proche d’un Colisée, les batailles du gladiateur Totti se répandaient à travers l’Europe. Le Real Madrid a fini un genou à terre après la victoire romaine en terre espagnole, grâce à l’inévitable Totti. Il finira, comme en 2000, meilleur joueur de Serie A (toutes nationalités confondues) en 2003. Il est intouchable. Enfin, c’est ce que l’on pensait à l’époque.
Les blessures arrivent
Après son repositionnement en attaquant de pointe, comme un faux 9 moderne, Totti marque de plus en plus. Il tente de mener son équipe à plus de succès, mais les clubs de Milan et la Juve l'en empêchent en gagnant tout. Juste avant la Coupe du monde 2006, une lésion de la fibule aurait dû l'empêcher de réaliser la grande compétition en Allemagne. Finalement, une opération et un morceau de métal plus tard, il arrive tout de même à voyager avec l’équipe qui sera couronnée championne du monde. Bien qu’il ne soit pas gêné dans les deux prochaines saisons, les meilleures de sa carrière, la saison 2007-2008 marque le début de son déclin.
Il devient le joueur avec le plus de matchs avec son club, puis le meilleur buteur, mais ses blessures aux genoux notamment commencent à ternir sa fin de sa carrière. Bien qu’illustre, la fin de carrière du capitaine romain ternit un peu l’image que le grand public a de lui. Pour un footballeur couronné à plusieurs reprises meilleur joueur de son championnat, c’est fort dommage. La question de la fidélité à la Roma est souvent revenue ; comme Steven Gerrard, nombreux pensent que rester dans un seul club sans le succès veut dire un manque d’ambition. Mais au contraire, il faut voir un amour éternel entre Totti et son club de toujours. Un amour partagé par une élite de joueurs tels que Ryan Giggs, Messi (pour le moment…) ou Zanetti, qui sont des joueurs célébrés pour leur longévité et leur attachement à leurs clubs respectifs. Un amour que de moins en moins de joueurs partagent aujourd’hui. Longue vie, à l’éternel Gladiateur de Rome, Il Capitano Totti.