Néo-pro en 2020, Simon Guglielmi a justifié toute la confiance placée par ses dirigeants. Il a su profiter d'un calendrier chamboulé pour montrer ses qualités lors des plus belles courses italiennes. À la veille de la prochaine saison, le jeune Chambérien se pose et prend le temps de se confier à We Sport sur l'aventure qu'il vit avec Groupama-FDJ.
Le travail paie
We Sport : Simon, tu portes les couleurs Groupama-FDJ depuis janvier 2019 en intégrant la Conti, désormais tu es en WorldTeam, comment se sont passées ces deux transitions ?
Simon Guglielmi : Les transitions se sont vraiment très bien passées. En Conti comme en WorldTeam, j'ai toujours eu un staff présent pour m'accompagner. L'équipe a fait en sorte de lisser au maximum le passage au niveau supérieur. En arrivant en Conti, je n'ai pas forcément roulé beaucoup plus qu'en amateur. L'encadrement a fait une intégration linéaire, pareil en WorldTeam. Pour le choix des compétitions cette année, j'ai démarré par des courses de la coupe de France qui se rapprochent de ce que je faisais auparavant.
WS : Qu’est-ce qui a changé depuis que tu as quitté le rang des amateurs ?
SG : L'accompagnement. Déjà en Conti, j'ai découvert une structure très professionnelle. Le staff travaille sur la performance avec des entraîneurs et des mécaniciens qui nous étaient dédiés. À cela tu rajoutes un meilleur matériel, plus de stages, un calendrier plus étoffé. En WorldTeam, on est sur le même principe mais à plus grande échelle, avec des charges de travail augmentées, des courses plus longues.
WS : À quels niveaux as-tu senti ta progression ?
SG : Je ne peux pas donner un facteur précis, ma progression je l'ai senti sur la globalité. Par contre, je sais que j'ai progressé grâce au travail réalisé avec mon entraîneur. Et puis j'ai découvert le World Tour ; là tu n'as pas le choix, tu dois te mettre au niveau de la course. Le matériel m'a beaucoup apporté aussi, je roule sur des vélos plus légers. Même la façon dont je me nourris désormais me fait progresser, nous travaillons avec un micro-nutritionniste. Je suis suivi sur tous les aspects de la performance, la globalité de l'accompagnement fait que l'on progresse.
WS : L’année dernière tu as représenté la France sur le Tour de l’Avenir, et surtout, tu en as porté le maillot jaune. Cette aventure a-t’elle développé des ambitions personnelles ?
SG : Bien sûr, être maillot jaune est un souvenir inoubliable, une fois la course finie tu as envie de remettre ça. Par conséquent, tu revois tes ambitions à la hausse pour revivre des moments aussi forts.
WS : Tu as intégré la WorldTeam en début d’année, tes dirigeants t’ont mis dans le grand bain à la reprise en t’engageant sur les Strade Bianche et surtout sur un monument du cyclisme, le Tour de Lombardie. C’était initialement prévu ou ton programme a été modifié ?
SG : Non ce n'était pas prévu. À la reprise au mois d’août, beaucoup de courses se chevauchaient et j'avais une très bonne condition physique. J'ai donc eu l'opportunité de participer à ces deux courses italiennes. Cette année particulière m'a permis de m'aligner sur des épreuves que je n'aurais pas forcément couru sur une saison normale. C'est positif, je suis vraiment content de découvrir ces compétitions dès ma première année en WorldTeam.
WS : Que retiens-tu de ces deux courses ?
SG : Je n'ai pas terminé les “Strade”, il faisait extrêmement chaud, la course était très difficile. Le “Lombardie” était donc ma première World Tour, sans chemin, un vrai profil routier. J'appréhendais la distance, 231 km je n'avais jamais fait aussi long auparavant. C'est un excellent souvenir. Après environ 160 km on arrive au pied de la Madonna del Ghisallo, je suis encore avec Rudy (Molard), j'essaie de le placer au mieux. Ensuite je monte à mon allure, je finis ma course dans un petit groupe. À l'arrivée, je termine à quelques minutes de la quinzième place. Pour une première c'est satisfaisant, ça m'a boosté. Et puis, tu te retrouves avec les meilleurs coureurs, c'est l'élite, tu es face aux grands champions.
WS : Entre ces 2 événements italiens, tu t’es aligné sur le Tour de l’Ain, tu as a participé à l’échappée de la 2e étape. Parmi les fuyards, il y avait notamment Nils Politt et Julien Bernard, deux coureurs au style différent. Qu’apprend-on en roulant avec eux ?
SG : Nils est plutôt rouleur, Julien plutôt grimpeur. Je me souviens que Nils Politt faisait des gros relais sur le plat, là où ses qualités s'expriment le mieux. Julien Bernard a du vécu dans les échappées, allant même parfois au bout. Je l'ai observé, je l'ai écouté, je regardais comment il passait ses relais, je m'en inspirais. Il nous guidait, il nous disait d'en remettre ou au contraire de gérer. J'essaie donc de prendre exemple sur eux, c'est enrichissant. Je n'avais pas eu l'occasion de prendre d'échappée à ce niveau, il faut gérer au mieux ces tentatives pour que ça réussisse. Les favoris nous ont rattrapés avant l'arrivée mais je garde un bon souvenir de cette journée. Dans un coup comme celui-là, j'enrichis mon expérience.
Le rêve italien
WS : Suite à cela, tes dirigeants t’ont retenu pour participer au Tour d’Italie. Pourtant, tu ne fais pas partie du train habituel d’Arnaud Démare, quel était ton rôle dans ce dispositif ?
SG : Sébastien Joly, directeur sportif de mon équipe m'a appelé cet été. J'étais à Annecy, nous nous sommes retrouvés pour boire un café, et là il m'explique qu'il pense à moi pour compléter le groupe qui ira sur le Giro. Il voulait quelqu'un pour rouler derrière les éventuels fuyards, réduire les écarts. Arnaud avait pour objectif de gagner des étapes, il fallait donc favoriser les arrivées au sprint. Mon rôle initial était de rouler et de contrôler les échappées. Jusqu'au départ en Sicile, je me suis entraîné dans ce sens. Ça, c'est pour la théorie. En pratique on a eu des étapes débridées, des scenarii animés avec des bordures et des profils accidentés pour pimenter le tracé. J'ai alors pu jouer aussi un autre rôle, souviens-toi juste avant l'arrivée à Matera, il y avait un gros raidard ! Sur cette partie, je protège Arnaud puis il s'impose. Plus tard j'ai réussi à me placer devant dans une bordure, toujours pour protéger Arnaud, alors que d'autres coureurs étaient piégés. En fait c'était une course très ouverte et pour faire du bon travail je ne me suis pas limité à ce qui était demandé, j'ai saisi cette chance. Et puis belle récompense, j'ai pu voir de mes propres yeux Arnaud lever les bras et, crois-moi, à ce moment j'ai ressenti beaucoup d'émotions.
WS : Pour la bordure, tu fais référence à la 7e étape, en direction de Brindisi. Parle-nous de ce coup que tu as maîtrisé.
SG : Vu le profil, tout le monde se doutait qu'on allait bordurer. Forcément, chaque coureur veut se mettre devant pour ne pas prendre de mauvaise cassure. En tête de course tu n'as pas de place pour tout le monde, mais moi j'ai réussi à garder ma position, l'équipe est dans ma roue. C'est Deceuninck qui a lancé les hostilités, et là, on allait vraiment vite ! J'ai réagi tout de suite, je suis parti au sprint pour garder le contact. Je suis dans le vent, mes coéquipiers sont derrière moi, et quand ça casse nous sommes dans le premier groupe. À partir de là, je peux m'abriter et m'occuper d'Arnaud avec les rescapés de l'équipe. Manque de chance, Kilian Frankiny a cassé une roue et se retrouve en retrait mais il y a du monde autour du leader, ce qui nous offre une nouvelle victoire d'étape.
WS : 20e étape, tu as un bon de sortie, tu t’échappes en compagnie d’Arnaud. Sur les pentes vers Sestrières, tu découvres un comité d’accueil, ton fan club baptisé “la Team Gug”. Une surprise qui te procure une grosse émotion.
©Team Gug
SG : La veille, je suis en chambre avec Arnaud, ensemble on parle de cette dernière étape de montagne et on se dit qu'on pourrait prendre l'échappée. Le jour J, au briefing c'est validé, on a le droit d'y aller. Le tracé ne passe pas loin de chez moi, je m'attends donc à voir sur le bord de la route mes parents, ma copine et quelques amis. Au premier passage à Sestrières, je n'ai toujours vu personne. On monte une deuxième fois vers Sestrières mais par un autre versant et dans l'oreillette j'entends : Allez Simon accroche-toi, y a ton fan club ça va te pousser ! En plus à ce moment de la course, c'était vraiment débridé à l'avant. J'arrive dans le virage où ils se sont installés, je vois une quarantaine de personnes qui met une grosse ambiance. C'était dingue, j'avais des frissons, presque les larmes au yeux, ils m'ont régalé. Après, je les ai remerciés pour cette surprise, je suis échappé sur mon premier grand Tour et ils étaient là.
©Team Gug
WS : Tu as fait un Giro exceptionnel, ton leader et ton Directeur sportif ont souligné tes qualités. As-tu découvert en toi un niveau inattendu, as-tu repoussé de nouvelles limites ?
SG : C'est vrai que j'ai eu de bons retours, tout le monde était content et en effet je me suis surpris. Mais tu sais, je suis arrivé au top de ma condition sur ces trois semaines. Je me suis très bien pour préparé pour cette échéance, j'ai bien géré ma récupération également. Alors oui, j'ai découvert un nouveau niveau et j'ai œuvré dur pour ça. J'ai pris conscience que le travail paie, c'est un sentiment positif dans le sport. C'est une récompense quand la forme est là, grâce à ces efforts. Je ne m'attendais pas à si bien faire pendant de Tour d'Italie, mais ça me donne envie de continuer à progresser et de participer à d'autres grands Tours.
Travailler et optimiser la performance
WS : Tu travailles avec Marie-Laure Brunet, coach privée. Depuis combien de temps ? Quels sont les bienfaits de ce coaching ?
SG : Marie-Laure s'est présentée à notre équipe pendant le stage à Calpe, nous travaillons ensemble depuis le début de l'année. Nous pouvons l'appeler en cas de besoin, j'ai tout de suite senti l'intérêt de la solliciter. Ça permet d'avoir les idées claires, d'avoir les outils qu'elle peut apporter sur différentes problématiques. Je suis vraiment content de travailler avec Marie-Laure car elle m'apporte beaucoup de sérénité, elle m'aide à m'organiser pour l'entrainement, la récupération, elle est vraiment top ! Elle a une caisse à outils qui me permet d'optimiser tous les facteurs de la performance, qui permet aussi de mettre une certaine harmonie pour que tout fonctionne au mieux. Marie-Laure m'accompagnera également la saison prochaine.
WS : Également issus de la Conti, Alexys Brunel et Kevin Geniets se sont rapidement imposés, le dernier cité étant même devenu dès cette année champion du Luxembourg. De ton coté, même sans victoire, ta première saison est réussie. Quelles sont tes ambitions pour 2021 ?
SG : Les avoir vu gagner, ça me motive. Ils montrent l'exemple, grâce à eux je sais que c'est possible de m'imposer. Donc en 2021 je vais essayer de lever les bras. En coupe de France, j'ai vu que le niveau est accessible, j'arrivais à être acteur des courses. J'aimerais bien mettre au fond pour concrétiser tout le travail réalisé cette année et j'espère encore progresser pour jouer la gagne. Au delà des ambitions personnelles, je veux aussi participer aux épreuves World Tour pour aider mes leaders.
ITW décalée
La course qui te fait rêver ?
Le Tour de France ! Réponse un peu classique mais j'aime bien les courses à étapes.
Un coureur dont tu t’inspires ?
Kevin Geniets. Il est passé pro un an avant moi, il a tout de suite réussi à s'intégrer et à performer. Je me suis beaucoup inspiré de lui et comme je le connais bien j'ai pu échanger avec lui. Il a fait des choses qui ont fonctionné, nous sommes de la même génération, c'est un très bon exemple.
Le métier que tu aurais fait ?
Entraineur
Ta boisson préférée ?
Une bonne infusion réglisse menthe, posé sur mon canapé, sous un plaid après une sortie en ski de fond. C'est ma boisson fétiche.
Ton plat préféré ?
Je fais honneur à mes origines italiennes : pizza et tiramisu
Ton film préféré ?
Five, une histoire d'amitié. C'est un film que j'aime regarder entre potes.
La voiture de tes rêves ?
Aucune, je ne suis pas très voiture. Faut que ça roule, ajoute quelques options dont un régulateur de vitesse et c'est bon.
Ton pote dans l’équipe ?
Je m'entends bien avec beaucoup de coureurs, mais en premier je pense à Kevin Geniets. On habite à coté l'un de l'autre, on se voit souvent.
Trois mots pour te décrire ?
Perfectionniste, sociable et bienveillant.
Surnommé “Le Gug”, Simon Guglielmi est un énorme travailleur qui ne laisse rien au hasard. Dévoué pour ses leaders, nul doute que ce coureur aura l'occasion de s'illustrer à son tour.
Crédits photo en une : Equipe Groupama-FDJ .