Sports Mécaniques

Sports mécaniques : ces femmes qui font l’histoire du sport automobile

S’il y a bien une catégorie de sport où les femmes restent trop peu considérées, ce sont les sports mécaniques. En ce 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, We Sport rend hommage à celles qui font l’histoire du sport automobile.

Maria Teresa de Filippis, Lella Lombardi, Divina Galica, Desiré Wilson et Giovanna Amati ; ces noms ne vous disent sûrement rien et pourtant ces femmes ont écrit l’histoire de la Formule 1. À ce jour, ce sont les seules à avoir participé au minimum à une séance de qualification de Formule 1. Les deux premières de cette liste sont les seules à avoir participé à une course, Lombardi étant l’unique femme à avoir inscrit des points (6e place en Espagne, 1975). Cinq femmes en 70 ans d’histoire, sur 776 pilotes au total. Simple calcul mathématique : les femmes représentent 0,6% du nombre total de pilotes de F1. Pour la parité, on repassera plus tard…

Pourtant, l’histoire nous a aussi montré que des femmes peuvent avoir du succès dans les sports mécaniques. Michèle Mouton en est le parfait exemple : quadruple vainqueur de rallye WRC, elle a participé aux heures de gloire d’Audi dans les années 80. Elle reste à ce jour la seule femme à avoir remporté un rallye WRC. Aujourd’hui, Michèle Mouton est membre du conseil de la FIA. En 2011, elle a été nommée présidente de la Women in Motorsport Commission par Jean Todt. L’objectif : promouvoir les femmes dans le sport automobile.

Michèle Mouton a remporté 4 rallyes WRC en compagnie de sa copilote Fabrizia Pons. © Getty Images

En 2001, l’Allemande Jutta Kleinschmidt a participé au Rallye Dakar automobile et s’est imposée sur sa Mitsubishi. Auparavant, elle avait pris part à l’épreuve en catégorie moto avant de passer sur quatre roues. D’ailleurs, en moto aussi, de grandes championnes se sont révélées. Nous pouvons citer, entre autres, Taru Rinne, première femme à inscrire des points en catégorie 125cc, ou encore Katja Poensgen, qui est la seule à avoir empoché des points en catégorie 250cc.

Une autre figure féminine du sport automobile est Danica Patrick, seule femme à avoir remporté une course d’Indycar en 2008. Hautement respectée aux États-Unis, elle est l’unique femme à avoir remporté une course de monoplace dans un championnat majeur. Danica Patrick a aussi réalisé l’excellente performance de terminer troisième aux 500 miles d’Indianapolis en 2009. Malgré cela, dans tous les sports mécaniques aujourd’hui, on est encore très loin du succès conjugué au féminin.

Les femmes, sous-représentées dans les sports mécaniques

Pourquoi le sport automobile reste encore un sport très masculin ? Plusieurs raisons expliquent une telle situation : les sports mécaniques, dans l’imaginaire collectif, restent un sport que l’on peut qualifier de “viril”. À la manière de “gladiateurs”, les pilotes s’affrontent, se rendent coup pour coup, tout ça pour empocher une certaine gloire. Alors, au milieu de cette description purement masculine, pourquoi y intégrerions-nous des femmes ? C’est la question qui s’est posée et qui se pose encore aujourd’hui.

Plusieurs excuses sortent de la bouche des plus réfractaires, des arguments plus ou moins valables. Il y aurait d’abord l’aspect physique et anatomique. Biologiquement, les femmes ne seraient pas capables d’assurer une course entière en encaissant des forces G importantes. Un préjugé infondé et même démonté par une étude américaine prouvant que les femmes peuvent encaisser autant de forces G qu’un homme. De plus, les femmes n’auraient le même “esprit de survie” que les hommes. Elles seraient donc moins enclines à prendre plus de risques lors d’une course même si cela reste à prouver…

“Les demandes physiques d’une F1 sont énormesC’est sans doute trop exigeant pour les femmes, sans parler de la dimension mentale liée à l’instinct de survie.”
Helmut Marko, dirigeant Red Bull Racing.

Le principal problème, et argument malheureusement irréfutable pour l’instant, est l’accès aux catégories de monoplace pour les femmes. Très jeunes, les filles subissent les préjugés de la compétition automobile. Il faut dire que les nombreuses idées préconçues concernant la capacité des femmes à conduire une monoplace n’aident pas la cause féminine… 

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les problèmes de sponsoring n’affectent pas tant que ça les femmes. En effet, il est même plutôt bien vu de soutenir une femme-pilote. Pourtant, certains dénoncent la démagogie de certaines écuries. De vives critiques avaient d’ailleurs éclaté en 2016, quand Renault avait décidé de poursuivre l’aventure de pilote de développement de Carmen Jordá, alors trop peu performante pour prétendre à ce poste.

Une place de plus en plus importante

Fort heureusement aujourd’hui, une prise de conscience a permis aux femmes de mieux s’intégrer au monde des sports mécaniques. Même si le parcours reste assez compliqué, il s’avère que depuis les années 2010, il n’y a jamais eu autant de femmes qui peuvent prétendre à des baquets dans des compétitions majeures.

En 2019, Tatiana Calderón, une pilote colombienne de 28 ans, est devenue la première femme à concourir en Formule 2. Aujourd’hui, elle court dans le championnat LMP2 dans une équipe 100% féminine, au sein de l’écurie Richard Mille Racing. Elle sera accompagnée en 2021 de Beitske Visser et Sophia Flörsch, deux jeunes pilotes anciennement en monoplace.

Parmi les pilotes d’essais en Formule 1, nous retrouvons actuellement Jamie Chadwick, membre de l’académie des jeunes pilotes chez Williams. Il y a eu aussi Simona de Silvestro, pilote d’essais chez Sauber en 2014. Enfin, une pensée pour la regrettée Maria de Vilotta, ex-pilote d’essais chez Marussia en 2012. Victime d’une grave accident lors d’un test, elle décédera quelques années plus tard, très affaiblie par ce terrible drame. Autant de noms qui auraient où qui ont pu faire quelques tours en Formule 1, mais qui n’ont pas eu l’opportunité de participer à tout un week-end de course.

Susie Wolf, ex-pilote d’essais chez Williams et actuelle directrice d’écurie chez Venturi en Formule E. Photo : FIA Formule E

Nous avons beaucoup parlé des pilotes, mais qu’en est-il des directrices d’écuries ? En 2012, Monisha Kalterborn est devenue la première femme à diriger une écurie de Formule 1, chez Sauber. Malgré le succès très relatif de cette dernière, elle a ouvert la voie à plusieurs autres femmes dans le sport automobile. Claire Williams a succédé à son père en tant que directrice l’écurie Williams entre 2013 et 2020. Nous avons volontairement omis de parler de Susie Wolff dans la partie “pilotes d’essais”. Après avoir occupé ce poste chez Williams entre 2012 et 2015, elle endosse aujourd’hui la casquette de directrice d’écurie en Formule E, chez Venturi. Alors, on est encore loin du compte vis-à-vis de la parité, mais quand on regarde en arrière, on peut noter une petite (r)évolution…

Un futur au féminin

Une évolution qui reste cependant fragile, mais que la Fédération Internationale de l’Automobile essaye de consolider. En 2019, la FIA a donc lancé la première compétition automobile 100% féminine de l’histoire : la W Series. Utilisant des monoplaces monotype de Formule 3, le championnat permet aux femmes de faire leurs armes comme les hommes. Elles peuvent prétendre à des points de Super Licence, indispensable pour accéder à la F1. Malgré les nombreuses critiques (discrimination, opportunisme, impossibilité de montrer son véritable niveau…), la W Series a montré de belles choses pour sa première saison, remportée par Jamie Chadwick, avec des courses serrées et palpitantes. Malgré l’annulation de la saison 2020, les courses de W Series se dérouleront en lever de rideau des courses de F1 en 2021.

La première promotion de la W Series en 2019. Photo : W Series

La W Series est un marqueur de l’évolution de la place des femmes dans les sports mécaniques et pourrait être une nouvelle antichambre pour la Formule 1. Les femmes susciteront encore longtemps les critiques des plus pessimistes, des plus conservateurs. Mais il ne faut pas nier que depuis maintenant plus d’une décennie, leur place est de plus en plus importante. Il ne serait pas étonnant de voir, d’ici quelques années, une 6e femme participer à un week-end de course depuis plus 30 ans. La réserve de jeunes talents se garnit d’avantage chaque année : Calderón, Chadwick, Powell et bien d’autres.

Enfin, une mention spéciale à quelques jeunes pousses prometteuses. Juju Noda, jeune pilote japonaise de 15 ans, roulera en Formule 4 américaine cette année après des débuts encourageants en F4 danoise. Cocorico, la Française Doriane Pin est aussi une des espoirs féminines du sport automobile. Finaliste du programme de la FIA “Girls on Track – Rising Stars”, la jeune Francilienne prépare activement un programme en Formule 4 pour 2021. En espérant pour elles et pour toutes les autres le plus beau des parcours…

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