Ce matin, Unai Emery est intronisé à la tête du sous-marin jaune de Villarreal. Une opportunité synonyme de dernière chance au très haut niveau pour celui qui reste sur deux échecs cuisants du côté du PSG et d’Arsenal. Explications.

Après avoir quitté son Espagne natale pour prendre les rênes du PSG il y a quatre ans, Unai Emery est de retour au pays. Ce matin, le technicien espagnol s’est engagé avec Villarreal et aura la lourde tâche de succéder à Javier Calleja à la tête du sous-marin jaune. Auteur d’une très belle saison, ce dernier a laissé le club à la cinquième place du dernier championnat. Villarreal disputera donc la Ligue Europa la saison prochaine. Une vieille connaissance pour Emery qui a soulevé ce trophée à trois reprises du temps où il était l’entraineur du FC Séville.

A Villarreal, Unai Emery aura à cœur de faire oublier ses deux récents passages mitigés à Arsenal et au PSG. En Espagne, celui qui s’était révélé à Almeria entre 2006 et 2008 conserve une belle image. Il faut dire que sa dernière expérience espagnole s’était clôturée par un troisième titre de Ligue Europa d’affilée remporté avec Séville. A Villarreal, il ne sera pas aisé de faire mieux que Javier Calleja.

Cette saison, les partenaires de Santi Cazorla produisaient un jeu aussi léché qu’efficace leur permettant de passer de la huitième à la cinquième place depuis le restart. Si la majorité de l’effectif devrait rester pour disputer la Ligue Europa du côté de l’Estadio de la Ceramica, les sous-marins jaunes perdront tout de même leur capitaine et maestro Santi Cazorla, parti rejoindre à 38 ans son ami Xavi à Al-Saad (Qatar) afin de clôturer une bien belle carrière.

Santi Cazorla, un joueur aimé de tous qui manquera à Villarreal et à la Liga

Une exportation ratée

Pour un suiveur modéré de foot, la trajectoire d’Unai Emery depuis quatre ans peut sembler étrange, à juste titre d’ailleurs car celle-ci aurait vraiment eu de la gueule à l’envers. Révélation à Villarreal, départ à Arsenal pour se frotter aux joutes du championnat anglais avant d’arriver au PSG avec l’objectif de gagner la Ligue des Champions, pas mal non ? Oui. Seul problème, le technicien de 49 ans a emprunté le chemin inverse.

En 2016, Unai Emery arrive à Paris plein de confiance. Son passage à Séville est une grande réussite, jamais aucun entraîneur n’avait encore remporté trois Ligues Europa, qui plus est de manière consécutive. Dans la capitale, le basque a la charge de construire quelque chose de nouveau, de partir sur un nouveau cycle et surtout de passer le cap des quarts de finale en Ligue des Champions, ce que ses prédécesseurs ne sont jamais parvenus à faire. Lors de l’intersaison, en plus du départ de Laurent Blanc, Zlatan Ibrahimovic quitte le club. Voilà un ego de moins à gérer pour celui qui souhaite réinventer la manière de jouer du champion de France. Sous Blanc, Paris évolue dans un 4-3-3 inamovible. Au menu, possession de balle à outrance jusqu’à trouver la faille chez l’adversaire. Pour beaucoup, le PSG de Blanc est le PSG le plus beau depuis l’arrivée des Qataris. Pour les Qataris, peu importe, l’objectif de victoire en Ligue des Champions n’est pas atteint.

Un manque de poigne criant

Unai Emery compte faire évoluer le PSG dans un 4-2-3-1 plus vertical à l’image de ce qu’il faisait à Séville. Dès les premières séances d’entrainement, le basque essaye d’inculquer ses principes aux stars parisiennes. Si certains accueillent l’idée sans broncher, d’autres se montrent rapidement plus réticents. Thiago Motta est le principal perdant de ce changement de système. Sous Laurent Blanc, du haut de ses 34 ans, l’Italien joue dans un fauteuil en tant que régulateur du jeu devant la défense. Dans le 4-2-3-1 d’Emery, la donne change. Blaise Matuidi n’est plus là pour effectuer le sale boulot et l’ancien de l’Inter Milan n’a plus vraiment les jambes pour ça. Finalement, le 4-2-3-1 ne sera jamais vraiment utilisé.

Unai Emery et Thiago Motta, une relation pas toujours placée sous les meilleurs auspices

Au-delà des réticences de certains cadres, les blessures à répétition de Javier Pastore ne permettent pas au technicien espagnol de mettre en place son animation, lui qui voulait faire d’El Flaco le centre de son projet. Réputé entraîneur à poigne en Espagne, Emery a déjà perdu. En cédant trop vite aux caprices de ses stars, il ne maîtrise plus rien. Lors de sa première saison, il ne parvient pas à gagner la Ligue 1, propriété du PSG depuis 2013 et subit même l’humiliation suprême de la « remontada » au Camp Nou.

Aux yeux des observateurs, Emery porte la responsabilité de cet énorme revers. Adulé trois semaines plus tôt après sa victoire 4-0 au Parc des Princes face au même Barça, il est désigné comme le responsable de cette déroute. « Sur son banc, il dégage tout sauf de la sérénité » disent certains. D’autres notent le fait qu’il n’ait « pas su tenir tête à Thiago Silva lorsque ce dernier a décidé de faire défendre son équipe à 30 mètres de son but ». C’est une déferlante médiatique. Une nouvelle chance lui est donnée l’année suivante, avec deux arguments en plus, et pas des moindres : Neymar et Kylian Mbappé.

Malheureusement, le courant ne passe pas avec la star brésilienne et c’est cette fois son management qui est remis en cause. Le PSG est de nouveau éliminé en huitièmes de finale de la Ligue des Champions, cette fois par le Real Madrid. S’il parvient tout de même à gagner la Ligue 1 ainsi que les deux coupes nationales, ce n’est pas assez pour les dirigeants qui lui indiquent gentiment la porte de sortie.

Des choix tactiques douteux

Pas le temps de cogiter pour ce travailleur acharné puisqu’Arsenal lui propose directement la succession du monument Arsène Wenger. Là encore, la tâche n’est pas aisée. Arsenal est en nette perte de vitesse depuis plusieurs saisons. Plus de Ligue des Champions à l’Emirates, les Gunners mangent leur pain noir et doivent se contenter de la Ligue Europa. Ça tombe bien, Emery est l’homme de la Ligue Europa. Le triple vainqueur de la compétition est même proche de faire la passe de quatre. Il hisse Arsenal jusqu’en finale mais perd face au Chelsea d’Eden Hazard. Toujours pas de Ligue des Champions en perspective pour des Gunners cinquièmes en championnat. Le point de retard sur Tottenham, Arsenal le perd dans le sprint final avec des défaites face à Wolverampton, Leicester et Crystal Palace. Mais c’est également face aux gros que le bât blesse. Unai Emery ne parvient pas à enrayer la mauvaise série d’Arsenal dans les matchs chez les membres du Big 6.

Arsenal, un sacré casse-tête pour Unai Emery

Dans ces matchs-là, bien souvent, les choix du technicien espagnol posent question. Ce dernier fait fausse route tactiquement à plusieurs reprises, se privant de ses meilleurs joueurs dans les matchs importants. Il décide par exemple de laisser Alexandre Lacazette sur le banc face à Tottenham et à Liverpool alors que le Français est le gunner le plus décisif dans ces matchs-là. Résultat, 100% de défaites Pour Emery, la deuxième saison démarre encore plus mal. Il est même remercié le 29 novembre dernier après une énième défaite survenue face à Francfort en Ligue Europa. Espérons pour lui que le destin soit différent chez les sous-marins jaunes…

Crédits photos: Instant foot, RMC Sport et Goal