Les absents ont toujours tort. Pas cette fois. En franchissant la ligne d’arrivée des Sables-d'Olonne en troisième position, Yannick Bestaven a tout de même remporté l’édition 2020 du Vendée Globe, grâce à une compensation obtenue dans son tour du monde. À jamais premier, Charlie Dalin savait déjà qu’il ne fallait pas trop se faire d’illusions… Récit d’une fin d’aventure inoubliable.
Mercredi 27 janvier, après 80 jours 6 heures 15 minutes et 47 secondes de course autour du monde en solitaire sans escale et sans assistance, Charlie Dalin franchit la ligne d’arrivée. En temps normal, le skipper français d’Apivia aurait pu célébrer sans le moindre doute le plus beau succès de sa carrière. Mais cette année, la situation a forcé les organisateurs à déroger à la règle. En ayant décidé de se dérouter pour aller sauver Kevin Escoffier (PRB) entre l'océan Atlantique et l'océan Indien, Boris Herrmann (Seaexplorer) et Yannick Bestaven (Maître Coq IV) se sont vus récompenser d’une bonification respective de 6 h et 10 h 15. C’est dans ce contexte très difficile que le Havrais de 36 ans a avoué ne pas être complètement comblé à son arrivée.
« C’est particulier forcément. Je vais retenir que j’ai franchi en tête et ça, on ne me l’enlèvera pas. Après, il se passera ce qu’il se passera. En tout cas, j’ai le sentiment d’avoir fait mon job » a lancé Dalin avant d’expliquer ne pas vouloir être mis au courant de la situation de la course : « Il me suffirait de jeter un œil sur la cartographie pour voir si c’est fait ou pas. Je n’ai pas envie de regarder. Je n’ose pas regarder sur un téléphone… Je profite de l’instant présent. C’est hors de mon contrôle maintenant. Moi, j’ai fait ce que j’ai pu… »

Inévitable. Ce qui devait arriver, arriva. Et pour reprendre les propos de Thomas Villechaize lors de la qualification danoise à l’issue d’un quart de finale historique du Championnat du monde de handball : « ça ne pouvait pas en être autrement ». Le navigateur rochelais de 47 ans arrive jeudi 28 janvier aux alentours de 4 heures du matin. Le chronomètre s’arrête. Il compte alors 80 jours, 03 heures, 44 minutes et 46 secondes. Quelques cornes de brume frémissent. Un feu d’artifice extraordinaire est tiré. Les admirateurs les plus courageux de la plus prestigieuse des compétitions à la voile se font entendre. Les bras levés vers le ciel, Yannick Bestaven devient le nouveau vainqueur de ce Vendée Globe tellement particulier. Des bras qui laissent vite place à un point serré et une main tendue, tenant un fumigène de couleur rouge. L’émotion est énorme et c’est avec un visage de gagnant, des yeux fatigués, des cheveux totalement décoiffés mais un magnifique sourire que Yannick Bestaven s’exprime en reposant, enfin, les pieds sur terre.
« C’est un bonheur, je ne réalise pas encore ce qu’il se passe, je suis toujours dans ma course, alors que c’est terminé. C’est un rêve d’enfant qui se réalise… » lâche-t-il. Le vainqueur est d’ailleurs revenu sur l’exemplaire fair-play de Charlie Dalin. Le skippeur arrivé premier avait été très beau joueur quant à la situation. « C’est tout à fait normal que Boris [Herrmann] et Yannick [Bestaven] aient bénéficié de compensations. Si la direction de course m’avait appelé pour aller secourir un marin du Vendée ou un autre, j’y serais allé sans hésiter. Il n’y a pas de problèmes à ce niveau-là ! » La réponse est tout aussi sublime : « J'ai félicité Charlie pour sa très belle course, il s'est battu. Et je l'ai remercié aussi pour sa réaction malgré toutes les polémiques autour des bonifications. Il estime avoir terminé 2e en temps compensé. Je l'ai remercié pour sa sportivité et son fair-play. » Une belle leçon pour tous les médias qui s’étaient servis de cette situation pour créer une obscène rivalité.
« Donner, recevoir, partager : ces vertus fondamentales du sportif sont de toutes les modes, de toutes les époques. Elles sont le sport. Le sport est dépassement de soi. Le sport est école de vie » disait l’illustre Aimé Jacquet. Le Vendée Globe 2020 touche à sa fin et paradoxalement, cette édition a montré que la fin n’était, en vérité, que le début d’une nouvelle histoire…
M.D
crédit photo de couverture : Le Télégramme Sport