Le confinement a débuté en France depuis désormais un peu plus d'une semaine, un moment que Vincent Poirier a décidé de passer en compagnie de sa famille récemment constituée. Détendu, franc et direct, le joueur des Boston Celtics a répondu sans détour aux questions de la rédaction de We Sport. Entre frustration et prestige, Paris et Boston, zoom sur l’histoire et l’actualité d’un des piliers de l’équipe de France de basket.

We Sport : Bonjour Vincent, d’abord merci de donner la possibilité à l’équipe de WeSport de t’interviewer aujourd’hui. On va d’abord parler du contexte général, ensuite de la NBA, de ton expérience à Boston avant de revenir sur l’équipe de France et tes ambitions pour le futur.

Avant tout, félicitations pour ta saison, la première outre-Atlantique, une saison qui a duré très longtemps. Finalement, tu as pu enfin rentrer en France. : comment se passe cette période de repos, entouré de ta famille ?

Vincent Poirier : Oui, bien sûr, cela fait du bien, on l’attendait, ça a été une longue saison. Cela fait du bien de revoir ses proches, sa famille et de s’évader un peu du quotidien basket, même si tout va revenir très vite.

Vincent Poirier, ici face au joueur des Rockets, James Harden. Crédits photo: David Sherman/NBAE via Getty Images/AFP

WS : Effectivement, selon les derniers bruits de couloir il semblerait que la NBA reprenne le 22 décembre, est-ce que tu as eu les mêmes échos ?

VP : Oui apparemment il y a un vote qui va se faire assez rapidement, je pense que ce sera le 22 décembre.

 

WS : Est-ce que dans ton cas tu as déjà fixé la date de ton retour aux US, est-ce que Boston vous a fourni un planning spécifique ?

VP : Non, le training camp commence le 1er décembre, de mon côté j’ai dit que j’attendais la free-agency pour voir éventuellement les quelques mouvements qui pourraient s’y dérouler. Je vais attendre aux alentours du 20 novembre avant d’y retourner.

 

WS : Durant cette période un peu spéciale, quelle est ta routine ici en France en termes de sport et d’hygiène de vie ?

VP : En tant que sportif professionnel, la chance que l’on a est que le confinement ne nous fait pas trop changer nos habitudes déjà. On a la possibilité de sortir, d’aller s’entraîner dans des gymnases, etc… J’ai un cuisinier qui vient tous les jours, on reprend une routine professionnelle comme en saison. Tous les matins je vais m’entraîner, je vais courir, j’ai mes petites routines, mon petit planning de fait. C’est surtout pour cela que je suis resté en France, si je n’avais pas pu faire tout cela pendant le confinement je serais reparti aux États-Unis.

Crédits photo: AP Photo/John Raoux

WS : Si on part du côté des États-Unis, parles-nous un peu de ta nouvelle expérience, de ta nouvelle vie, je pense que ça a dû beaucoup te changer. Après la signature de ton contrat tu as vécu ta première saison à Boston, et quelle saison ! D’abord Kobe, ensuite Black Lives Matter puis la Covid et la bulle d’Orlando. Comment as-tu vécu le début de saison, tes premiers pas, tes premières minutes en NBA ? Est-ce qu’il y a eu de l’excitation, puis rapidement de la frustration ?

VP : Oui, il y a eu beaucoup d’excitation au début, et puis après comme je ne jouais pas, que je n’avais pas de temps de jeu, il y a eu de la frustration forcément. Cela ne m’a pas empêché de rester pro et de continuer à m’entraîner. C’est difficile à gérer mais c’est une situation dans laquelle je savais que j’allais être en venant d’Europe, en première année NBA en tant que rookie. C’est un peu le processus, je savais à quoi m’attendre, c’est la première année qui est passée, maintenant il faut passer la seconde. Je le savais, comme vous l’avez dit ça a été une saison éprouvante sur et en dehors du terrain. Ça a été une très longue saison mentalement, donc ça fait du bien de respirer, de changer d’air un peu.

WS : Pour parler plus de Boston, de l’ambiance du TD Garden, comment as-tu trouvé ça, quel “souvenir” en gardes-tu ?

VP : Déjà je suis content d’avoir pu le voir, parce que l’année prochaine certains ne le verront peut-être pas. Je pense que Boston a une des salles les plus chaudes de NBA, et on le voit quand ils jouent, là-bas c’est le sport avant tout. C’est une belle expérience, un vrai truc à vivre.

Vincent Poirier à l'œuvre dans l'antre fabuleuse des Celtics. Crédits photo: Brian Babineau/NBAE via Getty Images

 

WS : Si j’essaie de faire une petite chronologie, les Celtics te donnent début décembre plus de temps de jeu en te proposant d’aller jouer quelques matchs en G-League. Quelles ont été tes sensations là-bas et comment as-tu trouvé cette antichambre de la NBA ?

VP : Ils m’ont proposé d’y aller pour jouer un peu, car cela fait du bien pour la confiance et cela permet de se dégourdir les jambes . J’y suis allé, cela s’est bien passé. Le championnat est d’un niveau N1/Pro B avec beaucoup de jeunes, beaucoup de joueurs qui n’ont pas été drafté, qui ne veulent pas partir autre part et qui restent ici. Les installations ne sont pas les mêmes, surtout dans le Maine, mais ça permettait de jouer. C’était le but.

Un bref passage du côté de la G-League pour regagner en confiance. Crédits photo: Basket USA

 

WS : Ensuite il y a eu l’attraction de l’année, la bulle NBA du côté d’Orlando, à laquelle tu as eu la chance de participer. Tu as dû à un certain moment rentrer pour la naissance de ta fille ; comment as-tu trouvé la bulle en définitive ?

VP : Pour moi c’était un vrai championnat, de vrais play-offs. Les joueurs étaient compétitifs, ils étaient là pour gagner. On ne va pas s’enfermer trois mois dans une bulle pour ne pas gagner, donc à la fin tout le monde était plus concentré que ce que l’on ne peut l’être en saison normale. Il n’y a pas de sortie, pas de ‘’off-basket’’, tu es tout le temps dans la bulle basket. Franchement, j’ai trouvé cette bulle cool. Ils avaient fait les choses bien pour que tout le monde soit à l’aise et que ça paraisse le moins pénible possible.

WS : Tu as néanmoins parlé de certaines tensions au sein du collectif, mais quand on reste trois mois enfermés cela ne peut pas tout le temps bien se passer.

VP : Oui voilà, même les équipes qui s’entendent bien peuvent de temps en temps avoir des petits désaccords et forcément avec la bulle et ce qu’il se passait autour, les esprits s’échauffaient rapidement. Mais c’est quelque chose de normal, y compris pour les groupes qui vivent bien. Il n’y avait rien de grave.

WS : Est-ce qu’il y avait un petit moment ‘’frenchies’’ dans la bulle avec Rudy, avec Evan, un moment ou vous vous retrouviez ensemble ou ça restait restreint ?

VP : On a fait au début, avant le premier tour des playoffs un restaurant entre français, sans Evan qui avait match, mais avec Ian, Rudy, Timothé, Nico… et tous les français. C’était cool, on a bien mangé et cela nous a fait beaucoup de bien d’échanger et de discuter un peu.

Un groupe bleu et une connexion entre Frenchies bien développée outre-Atlantique. Crédits photo: Getty Images

 

WS : Si on en revient au sportif, Boston a surpris, impressionné, en atteignant cette finale de conférence. Comment as-tu trouvé ton équipe, et est-ce que tu t’attendais à une telle performance ?

VP : Oui, toute façon l’a vu tout au long de la saison, la façon dont on a joué le championnat. On sweepe les Sixers, on bat Toronto au Match 7 donc on savait qu’on méritait d’être là. Je pense que ce qui nous a le plus déçu ce sont les deux premiers matchs face à Miami où on leur donne deux fois le match et où on paie la défaite dans cette série. L’équipe tournait bien, jouait bien, et tout le monde était confiant.

WS : Comment on peut expliquer la contre-performance des Celtics face au Heat ?

VP : Il n’y a pas grand-chose à dire, Miami a bien joué, c’est le basket, ça se joue sur des détails. Des fois, il y a des désaccords, et puis comme on est dans une bulle, cela s’amplifie et ça peut se ressentir sur le terrain. Ce sont des choses qui arrivent, c’est une équipe qui manquait un peu d’expérience, on a des jeunes, on n’avait pas plus que cela l’expérience des play-offs. Je pense qu’il manquait un peu de tout ça, de quelqu’un qui sache calmer les choses, parler, mais on a montré qu’on en avait dans le ventre.

Une série compliquée pour s'incliner face au Heat. Crédits photo: Kim Klement-USA TODAY Sports

WS : Pour en revenir à toi, malheureusement tu n’as eu qu’un rôle mineur à jouer dans la saison. Un match avec un peu plus de temps de jeu en toute fin de saison régulière, comment envisages-tu l’année prochaine ? Est-ce que tu l’envisages aux Celtics et, le cas échéant, dans quel rôle ?

VP : J’ai eu une discussion avec le coach à la fin de la saison, je lui ai dit clairement que j’avais fait une année dans ce rôle et que je comprenais le rôle, la politique du club, à vouloir gagner, à faire jouer ceux qui ont mérité leur place. Je lui ai dit simplement que je ferai une année comme cela mais pas deux. Je pense qu’une première année c’est aussi fait pour t’aider à découvrir, à prendre tes marques, et que la deuxième année est celle pour prouver les choses. Je l’ai pris dans cette optique là et je suis prêt pour la deuxième année.

WS : Donc clairement l’année prochaine tu seras là dans la rotation mais tu ne peux pas t’imaginer hors de la rotation des Celtics ?

VP : Je ne sais pas où je serai, mais moi dans ma tête il est évident que je ne fais pas une saison de plus en bout de banc à applaudir.

Crédits photo: Boston Celtics

WS : Pour cette free agency, on sait qu’il ne te reste plus qu’un an de contrat. Concrètement est-ce que tu y as des espoirs ou est-ce que tu as envie de rester à Boston ?

VP : Boston est une ville que j’apprécie, les joueurs aussi. J’aimerais bien qu’on gagne un truc tous ensemble, après je ne suis pas attaché à ce club plus qu’autre chose dans le sens où je n’ai pas grandi avec ce club, ce n’est pas mon club de rêve. Mais si je peux rester et gagner un titre avec eux je le ferai. Je suis là pour jouer, pour être un compétiteur et pas pour rester et faire le show, je n’aurai pas de remords à partir.

WS : Je sais qu’il y a eu pas mal de rumeurs selon lesquelles le Fenerbahce t’aurait approché. Est-ce qu’un retour en Europe est envisageable pour toi ou est-ce que ce sera uniquement de la NBA l’année prochaine ?

VP : Pour le Fenerbahce j’ai vu passer ça, mais j’ai aussi vu le Real, le Barça ou Moscou sur Twitter ; j’ai vu tout le monde. C’est normal après une saison comme celle que j'ai réalisé à Vitoria, c’était obligé que j’allais intéresser de gros clubs. Mais de mon côté, je vais en NBA, j’ai signé deux années, donc ça me donne deux ans pour réussir. Il me reste une année et je ne ferai pas machine arrière, je n’irai pas casser mon contrat pour retourner en Europe. Je me laisse deux ans, on ne sait pas ce qu’il peut arriver. Au bout de ces deux années, on verra ce qu’il en est.

Sa meilleure saison sur le plan des performances, un passage remarqué du côté de Vitoria. Crédits photo: Euroleague

WS : Pour toi, on sait que les JO de Tokyo sont un objectif, tu souhaites y participer, mais quelles sont tes ambitions ? Quelles sont celles des Bleus ?

VP : Forcément j’ai envie d’y participer, ce sera peut-être les seuls que je vais faire, donc c’est le bon moment pour les faire. Je pense que comme tout le monde on y va pour gagner, pour une médaille d’or. Je pense que tout le monde dans l’équipe est d’accord pour dire ça, l’équipe de France va aux Jeux Olympique pour les gagner.

Vincent Poirier, élément essentiel d'une équipe de France ambitieuse. Crédits photo: FIBA

WS : Pour en revenir à la France, à tes débuts, de la Pro B au Paris Levallois, que souhaites-tu retenir de ces expériences ? Est-ce que tu as un moment, une personne qui t’a fait grandir et devenir le joueur que tu es aujourd’hui ?

VP : Je n’ai pas forcément un seul moment, c’est l’ensemble du chemin parcouru, un chemin réfléchi, organisé et ‘’smart’’. J’ai grandi au fur et à mesure des années pour en arriver là, et si je devais retenir une personne je retiendrais Thomas Drouot parce que c’est lui qui m’a recruté en espoirs, qui m’a fait confiance, m’a fait grandir. Je suis encore aujourd’hui en contact avec lui donc ça prouve que j’ai fait le bon choix. Mais je dirais l’ensemble des coachs que j’ai eu, qui m’ont fait grandir d’une certaine manière, mes agents également. C’est un travail qui s’est fait sur des années, c’est un ensemble qui a compté dans ma carrière.

Des débuts en professionnel remarqués du côté du Paris-Levallois. Crédits photo: Karen Mandeau

WS : Plongeons désormais dans ton intimité, ta routine. Quelle est ta journée type de match à domicile, quel est le déroulé cette  journée ?

VP : Le matin je me réveille tranquillement, je vais à la salle shooter et j’enchaîne avec la musculation. Je rentre ensuite manger à la maison, après une petite sieste, partie de FIFA et après on se fait beau et on se dirige tranquillement vers le TD Garden. Ce sont les mêmes routines depuis des années, rien de plus rien de moins.

WS : Selon toi, quel est le meilleur pivot en NBA ?

VP : Si je ne veux pas faire de vagues je dirais Nikola Jokic, comme tout le monde dit. Il l’a montré durant les play-offs, il est capable de porter une équipe sur ses épaules. Ce n’est peut-être pas le plus impressionnant, mais il est efficace.

WS : Avant de te mettre au basket tu as fait beaucoup de football. Tu dis, modestement, que ta première convocation en équipe de France U18 était arrivée un peu ‘’par chance’’, mais quelle était ta réaction, la réaction de ta famille quand tu as été convoqué pour la première fois en U18 ?

VP : Je me suis dit qu’ils s’étaient trompés, je venais de commencer le basket, j’avais six mois de basket, et sur la liste des convoqués tout le monde était en centre de formation à Cholet, Nanterre ou à l’INSEP, et moi j’étais à Bussy-Saint-Georges, donc c’était un peu ‘’c’est qui lui ?’’. Mais après j’y suis allé, il n’y avait rien à perdre. C’est la première fois que je me suis dit que j’avais moyen de faire quelque chose d’intéressant, mais je savais que c’était clairement juste pour ma taille.

WS : Quel est ton meilleur pote dans le basket français ?

VP : Je vais dire Landing Sané, avec qui on a grandi à Levallois. Il était là dès que je suis arrivé et on est resté six ans ensemble. On a fait les quatre cents coups à Paris, donc que des bons souvenirs.

Landing Sané, une amitié qui dure pour le pivot des Celtics. Crédits photo: MoraBanc Andorra

WS : Ton meilleur pote en NBA ?

VP : Je pense que c’est Rudy (Gobert, NDLR), celui avec qui je traine le plus, avec qui je parle le plus. On s’entraine ensemble, on joue aux jeux vidéos ensemble.

Vincent Poirier et Rudy Gobert, amis sur et en dehors des parquets. Crédits phoro : Parlons Basket

WS : Quel joueur t’a le plus impressionné cette saison ?

VP : Je vais dire Jayson Tatum pour la façon dont il a grandi tout au long de la saison. Il a vraiment explosé et tout paraissait extrêmement facile pour lui sur cette fin de saison. Il y avait aussi Jaylen Brown, des joueurs que je vois tous les jours, qui travaillent beaucoup et c’est en grande partie grâce à eux qu’on est allé aussi loin.

Jayson Tatum et Jaylen Brown, deux joueurs qui ont impressionné Vincent Poirier tout au long de la saison. Crédits photo: The Boston Globe

WS : La dernière vidéo de toi sur les réseaux, à l’entraînement avec Rudy et le jeune Victor Wembanyama qui a fait en plus ses premiers pas en Eurocoupe cette semaine, a beaucoup tourné. Il a seize ans, que penses-tu de lui ? Quel est ton ressenti à propos de lui ?

VP : Je pense qu’il est un peu tôt pour s’emballer sur plein de choses. Il n’a que seize ans, cela ne sert à rien de lui mettre une pression incroyable sur les épaules, il faut le laisser se développer tranquillement. À Nanterre il est dans de bonnes conditions pour s’exprimer et être bien encadré avec Pascal (Donnadieu, NDLR). Il a les bons agents aussi. Après on ne va pas se mentir, il a seize ans, mesure 2m19, bouge, court et shoote à trois points, il est vu comme un top pick pour les deux ou trois prochaines années, mais on ne sait jamais ce qu’il peut se passer dans une carrière. Il faut qu’il fasse les bons choix mais il est bien encadré. J’ai pu rencontrer ses parents, ça a l’air d’être des gens qui savent cadrer tout cela. Rudy a un œil sur lui, il suffit juste de lui laisser le temps, de voir ce qu’il adviendra, mais pour l’instant faut qu’il kiffe et qu’il continue à kiffer ce qu’il fait.

Crédit photo: Nanterre 92

 

Crédit image à la une : AFP / David Lime Kyle