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Arabie saoudite, Qatar… Quand la Formule 1 s’attaque au Moyen-Orient

La lutte pour le championnat du monde de Formule 1 semble plus serrée que jamais. À deux courses de la fin de saison, les pilotes vont découvrir le circuit urbain de Djeddah avant de conclure par le Grand Prix d'Abou Dabi. Plus tôt en novembre 2021, le paddock de la Formule 1 a découvert le Grand Prix du Qatar. Mais pourquoi la Formule 1 décide d'organiser ses courses au Moyen-Orient ? Les 4 Grands Prix disputés dans cette région du monde (Bahreïn, Arabie saoudite, Qatar et Émirats arabes unis) sont-ils vraiment bénéfiques pour la Formule 1 ?

 

L'argument financier ne fait plus aucun doute

Jamais la Formule 1 n'avait connu autant de Grands Prix au Moyen-Orient. Depuis 2004 et l'arrivée discrète du GP de Bahreïn dans le calendrier, ses voisins ont vu une occasion de s'ouvrir à l'international. Cette saison, les pilotes ont pu rouler, en plus de Bahreïn, au Qatar et s'apprêtent à découvrir le circuit de Losail, avant de conclure aux Émirats arabes unis. Si l'on agrandit la zone dite du Moyen-Orient (et les spécialistes peinent à s'accorder sur une réponse commune), la Formule 1 s'est également déplacée en Turquie et en Azerbaïdjan.

Alors, on ne vous apprend rien en vous disant que l'argument financier est majeur dans ce cas de figure. Dans une période difficile pour les écuries (et la Formule 1 dans l'ensemble) à cause de la COVID-19, cette rentrée d'argent permet à plusieurs acteurs de survivre. Ces 4 courses financent en effet une large partie de l'année de Formule 1 et le calendrier est adapté en fonction des revenus émanant de ces courses.

 

Des origines anciennes

Pour comprendre l'engouement de la Formule 1 pour le Moyen-Orient, il faut remonter en 1977. À cette époque, Franck Williams décide de placer sur ses monoplaces le logo d'un sponsor venant d'Arabie saoudite : Saudi Airlines. Dans les années 80, cette même écurie a fait venir le groupe TAG, dirigé par la famille Ojjeh. Quelques années plus tard, ce même groupe TAG devient l'un des actionnaires majeurs de McLaren avec la volonté de faire progresser l'équipe. Pendant plusieurs années, les négociations vont de bon train mais il faut attendre 2004 pour voir la première course se disputer au Moyen-Orient, au Bahreïn. Lorsque la Formule 1 s'est rendue là-bas, les interrogations furent nombreuses. En effet, quand est-il des voitures de l'époque, qui ne sont pas habituées à rouler dans le désert ? Et quid de la menace terroriste ?

Heureusement pour tout le monde, ce week-end s'est passé sans accroc et l'Allemand Michael Schumacher devient le premier vainqueur du GP de Bahreïn. « Avoir cela au Moyen-Orient est formidable. Je pense qu’ils ont fait un excellent travail, pas seulement sur la piste, mais je pense que tout le monde a vu que l’hospitalité est fantastique » déclare alors Ojjeh au lendemain de ce week-end de course. Cependant, les spectateurs n'étaient pas présents en nombre, sûrement à cause du prix excessif des places. En devançant les autres concurrents, le pays a pu se faire une bonne image. Au-delà de l'enjeu sportif et financier, il y a un véritable enjeu géopolitique pour ces pays qui essuient de nombreuses critiques.

 

Abou Dabi entre dans la danse

En 2004, Dubaï était déjà en capacité d'accueillir un Grand Prix, mais l'ancien patron Bernie Ecclestone préférait attendre et conserver un seul Grand Prix dans la région. Mais quelques années plus tard, en 2007, revirement de situation. À partir de 2009, il y aura bien un Grand Prix aux Émirats arabes unis. En plus d'une offre financière significative, le pays accepte de payer une prime supplémentaire afin de clôturer la saison. En 2009, Sebastian Vettel devient le premier vainqueur du GP d'Abou Dabi sur ce circuit Yas Marina.

Avec maintenant un Grand Prix en début de saison et un autre en clôture, le Moyen-Orient commence déjà à bien s'implanter, d'autant plus que le Bahreïn a renouvelé son contrat. Mais les idées de Liberty Media sont telles qu'il faut trouver de nouveaux tracés, d'autant plus après les échecs à Miami ou au Vietnam. C'est alors que l'Arabie saoudite vient s'ajouter à cette liste.

 

Djeddah puis Riyad, le projet titanesque de l'Arabie saoudite

L'Arabie saoudite ne manque pas d'imagination (et d'argent). Son projet est le suivant : construire un circuit urbain au bord de l'eau à Djeddah qui accueillera l'édition 2021, puis changer de ville et se diriger vers la capitale sur un complexe actuellement en construction pour les années futures. Particularité de cet accord, il a été validé en pleine pandémie de COVID-19, ce qui offre notamment une certaine garantie financière pour les écuries qui en ont besoin. Mais l'organisation d'un Grand Prix dans ce pays a fait bondir les ONG dont Amnesty International, qui condamne le non-respect des droits de l'homme en Arabie saoudite. Des appels au boycott ont même été lancés.

Il ne faut pas oublier non plus que les pays du Moyen-Orient et surtout le Bahreïn ont accueilli plusieurs courses en 2020 afin d'avoir un calendrier au minimum fourni. Par ailleurs, disputer le Grand Prix d'Arabie saoudite en toute fin de saison (surtout quand il y a du suspense comme cette année) permet d'attirer encore plus de monde, l'enjeu pour les championnats du monde étant encore très important.

 

Le Qatar, le petit dernier de la liste

Le temps où certains circuits sont venus dépanner la Formule 1 en 2020 est maintenant terminé. Le PDG de la F1 Stefano Domenicali était à la recherche d'un pays non-européen, avec de l'argent à dépenser et capable d'accueillir un Grand Prix de F1. C'est alors tout naturellement que le Qatar est apparu en haut de la feuille. Ici aussi, le projet est impressionnant : une course en 2021, une pause en 2022 (en raison de la Coupe du monde de football) puis un accord long terme sur une décennie. La Formule 1 a réussi à contenter tout le monde au Moyen-Orient et c'est un sacré exploit, d'autant plus quand on regarde les relations moyennes voire dégradées entre ces pays. Tout comme le Grand Prix de MotoGP, la course du Qatar sera un Grand Prix nocturne.

 

Mais les problèmes sont nombreux

Mais l'organisation de ces Grands Prix pose plusieurs problèmes : comment les circuits traditionnels européens vont-ils garder leur place ? L'un des arguments avancés est que les revenus des GP du Moyen-Orient permettent le financement des courses en Europe. Comme évoqué pour l'Arabie saoudite, le Qatar est également visé par Amnesty International concernant les droits de l'homme. De plus, la question du développement durable pose question. Dans une période où la F1 tente de s'impliquer contre le dérèglement climatique, se rendre dans des pays pétroliers qui sont parmi les plus gros pollueurs du monde amène un bon nombre d'interrogations.

 

Cette implication de la Formule 1 dans cette région du monde devrait encore durer longtemps. En effet, tous ces pays ont signé des contrats de longue durée, ce qui signifie que ces Grands Prix sont d'ores et déjà confirmés pour les prochaines saisons. Et pour cette année, l'Arabie saoudite ou les Émirats arabes unis auront le privilège de couronner le champion du monde de Formule 1 2021. Il ne reste plus qu'à savoir qui de Lewis Hamilton ou de Max Verstappen réussira à tirer son épingle du jeu dans les chaleurs du Moyen-Orient.

 

Crédit une : Le Parisien

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