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Arthur Rougier, pilote de GT3 : “Sans mon titre de F4, j’aurais dû arrêter les sports mécaniques”

Passé par le karting et la monoplace, Arthur Rougier est aujourd’hui pilote en GT3. Il a notamment décroché le titre de champion de France de F4 et a terminé 3e pour sa première saison en GT4.  Il a accepté de revenir sur les évènements marquants de sa jeune carrière pour We Sport. Rencontre avec un jeune pilote plein d’ambition.

 

Arthur Rougier est venu aux sports mécaniques dans son enfance. Avec des parents passionnés qui l’ont plongé dans cet univers, Arthur Rougier est arrivé sur les circuits de karting. Après une année au niveau régional, il débute en 2016, à tout juste 16 ans, au championnat de France de F4, en monoplace. Après 3 saisons, il est contraint de s’orienter vers le GT pour des raisons financières. Un choix qu’il ne regrette absolument pas.

 

Comment fait-on à 16 ans pour gérer en même temps sa vie de pilote et tout le reste ?

Tout d’abord, on se concentre sur le plan sportif. Il y a énormément de choses à apprendre que ce soit au niveau technique mais aussi psychologique. En 2016, ma saison était en demi-teinte donc c’est encore plus dur de se concentrer sur autre chose que sur la voiture. Et puis, il faut rater des cours et tout ce qui va avec, c’est assez difficile.

 

Cette même année, vous remportez votre première victoire sur le circuit de Barcelone, qu’est-ce qu’on ressent ?

C’est un super souvenir ! Ma progression n’était pas linéaire, il y avait des hauts et des bas selon les courses. À Barcelone, lors de la course 1, je monte sur le podium. C’était mon premier podium en F4, un évènement déjà exceptionnel pour moi. Le lendemain, lors de la course 3, je ne pars pas dans les premiers mais je finis sur la plus haute marche du podium avec le meilleur tour, c’était fabuleux.

 

Lors de votre 2e saison, vous devenez champion de France de F4. On pense à quoi quand on a tout juste 17 ans ?

C’est fort en émotion bien sûr. Je devais absolument remporter ce titre, sans ça j’aurais certainement dû arrêter les sports mécaniques et je ne serais pas là aujourd’hui. La prime qui va avec le titre m’a permis de pouvoir continuer le sport auto, surtout que le vainqueur avait aussi une place à la Renault Driver Academy. Je gagne de 4 petits points, c’était une libération sur le plan sportif car c’est l’accomplissement de beaucoup de travail. Et en même temps, c’était un soulagement au niveau financier.

 

Arthur Rougier à la Renault Driver Academy. (Crédit photo : Renault Sport).

 

Y-a t’il des portes qui s’ouvrent avec ce titre ?

Oui car la F4 France est la seule qui montre le vrai talent des pilotes. On a la même voiture et le même set up que les autres pilotes. Depuis plusieurs années, il y a une vraie transparence, chaque pilote doit montrer ses réglages dès qu’il change quelque chose. On est libre de faire comme lui ou non. À la fin, le vainqueur est celui qui pilote le mieux, donc les portes s’ouvrent plus facilement pour lui.

 

En mai 2017, lors de cette même saison, vous gagnez à Pau, en France. Est-ce un but de gagner dans son pays ?

Pas vraiment, pour moi le pays n’a pas une réelle importance. Mais gagner à Pau, c’est autre chose ! J’adore ce circuit, il est super cool. C’est un tracé en ville où je prends beaucoup de plaisir, c’est un de mes circuits favoris.

 

2019 est l’année de votre arrivée en GT, comment s’est fait le passage de la monoplace à la GT ?

La voiture est complètement différente donc c’était plutôt difficile. Une GT est plus lourde et va moins vite qu’une F4, et le pilotage est différent. Au niveau technique, si on veut attaquer, il ne faut pas trop en faire. À la différence de la F4, plus on en fait moins ça va. Il faut adapter son style de pilotage pour que les chronos tombent sans détruire les pneus. Comprendre cette notion et la mettre en place prend du temps.

 

Partager le volant quand on vient d’une monoplace, c’est difficile ?

Je ne dirais pas que c’est difficile, je dirais que c’est différent. Personnellement, j’ai bien aimé car mon équipier m’a beaucoup aidé à mon arrivée, lorsque je devais comprendre comment la voiture fonctionnait. Et puis, il y a aussi le côté entraide qui m’a plu, on doit s’aider collectivement pour le bien de l’équipe. C’est moins un sport individuel car si on se tire dans les pattes, c’est toute l’équipe qui est pénalisée.

 

Être sur la grille aux côtés de personnages du monde auto comme Nicolas Prost ou Adrien Tambay, c’est un honneur ou une motivation ?

La première fois, ça fait bizarre de se retrouver à leurs côtés. Mais j’ai immédiatement désacralisé ces personnes. Si tu penses que c’est une star, tu vas te dire qu’elle est meilleure que toi et psychologiquement tu vas être moins performant. Alors, je me dis que c’est bien d’être à leurs côtés mais je n’en fais pas un monde.

 

Vous avez beaucoup roulé en e-sport, retrouve-t-on les mêmes sensations que la conduite réelle ?

Les nouveaux logiciels sur simulateur sont vraiment bluffants. Avant, un simulateur n’était disponible que pour les écuries de F1, aujourd’hui on peut l’avoir à la maison, c’est top. Les meilleurs jeux pour moi sont IRacing et RFactor, en tant que pilote, on arrive rapidement à être rapide dessus. Les sensations sont proches donc on est capable de concurrencer les Simracers (joueurs professionnels) après quelques heures d’entraînement. Après, il manque quelques petites choses. Par exemple, à Spa, on peut passer dans le Raidillon à fond. Si on se crashe, on appuie sur échap et c’est fini, ce qui est impossible en réalité. La seconde chose est surtout qu’on ne ressent aucune force, aucun G et cela n’arrivera jamais. Mais un pilote professionnel peut rapidement devenir bon en e-sport.

 

Arthur Rougier au volant de son simulateur. (Crédit photo : Kevin Cao).

 

Vous avez participé aux 24 heures du Mans virtuelles (13 et 14 juin 2020) et fini avec une belle 6e place, quelles ont été vos motivations pour participer à cette course ?

J’ai eu une opportunité avec une très bonne équipe donc je me suis lancé. Cette course m’a permis de garder une dynamique de roulage, c’était très important car à ce moment de l’année personne ne savait comment allait se dérouler la suite de la saison. Finalement, ça m’a permis de réellement me tester sur simulateur.

 

Quand on roule contre des grands noms de la F1 comme Alonso, Verstappen ou encore Leclerc, est-ce un objectif de les battre ?

Oui car le simulateur est tellement réaliste que la course a du sens. C’est un supplément de motivation de finir devant eux, je me dis qu’à armes égales, en pilotage pur, je peux rivaliser avec eux. Même si aujourd’hui je suis en GT et eux en monoplace, sur simulateur on est proche, donc c’est encourageant.

 

Lors de cette course, Pierre Gasly s’est battu en piste avec vous. En direct sur Twitch, il a dit : “Il va vite Rougier”, vous en pensez quoi ?

[Il sourit] Même si c’est sur un jeu, c’est vraiment sympa de recevoir ce type de compliments. On s’est battu tous les deux, à deux reprises : une fois dans la nuit et une autre au petit matin, j’ai aimé rouler contre lui.

 

Les 24 heures du Mans en réel, c’est la prochaine étape ?

C’est un des objectifs de ma carrière de pilote. Le GT3 va bientôt devenir une catégorie à du championnat du monde d’Endurance (WEC). Donc évidemment que participer à l’une des plus grandes courses au monde est mon intention.

 

À quoi va ressembler votre saison 2021 ?

Pour l’instant, rien n’est acté, il y a des discussions. On a plusieurs opportunités intéressantes en GT3 avec différents teams mais rien n’est décidé. Il faudra qu’en 2021 je confirme ce que le paddock a vu lors de la saison précédente.

 

Pour finir, quel est votre rêve en tant que pilote ?

Devenir pilote officiel serait le Graal ! J’aimerais arriver à vivre de ma passion, pour cela, je dois me faire repérer par des grands constructeurs. Et puis participer à des courses légendaires comme celles du Mans, les 24 heures de Spa ou du Nürburgring.

 

Un grand merci à Arthur Rougier pour avoir pris le temps de répondre à nos questions. On lui souhaite une bonne continuation et espérons qu’il puisse un jour s’aligner sur la grille des 24 heures du Mans.

 

Crédit photo Une : Olivier Lalanne.

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