Davis Cup by Rakuten : Quel bilan tirer de la nouvelle formule ?

Après plus de 100 ans d’existence et des décennies de rencontres “home/away” sur plusieurs week-ends de l’année, la Coupe Davis telle qu’on la connaît a depuis cette année laissé place à une nouvelle formule, pour le moins contestée aussi bien sur le fond que sur la forme. Si vous connaissez désormais le principe de cette nouvelle épreuve, attardons nous désormais sur le bilan et sur le jugement de cette réforme, après en avoir observé la première édition la semaine dernière à Madrid. Une édition qui rappelons le, a accouché d’un sixième titre de l’Espagne en Coupe Davis.

 

Du tennis, encore du tennis… trop de tennis ?

Faire tenir 25 affiches sur une semaine ? Apparemment jouable pour l’organisation, mais cela demandait forcément de tenir un rythme très soutenu, que cela soit pour les joueurs ou les spectateurs. Les organisateurs ont ainsi fait le choix de programmer deux sessions par jour (à l’exception du lundi et du dimanche pour la finale) avec une rencontre par court lors de chacune d’entre elles (une première à 11h00, une deuxième à 18h00). Avec trois rencontres par affiche (deux simples et un double), on pouvait donc compter 18 matches par jour lors des phases de poules. Un match de tennis durant en moyenne entre 1h30 et 2h30, on vous laisse calculer le volume tennistique pratiqué chaque jour sur les courts de la Caja Magica.

Une aubaine pour certains, et notamment pour les spectateurs présents à Madrid qui en ont eu pour leur argent, mais on doit bien l’avouer parfois un peu de lassitude pour nous téléspectateurs, due à l’accumulation de rencontres simultanées tout au long de la journée, qui rendait tout cela bien difficile à suivre. Par ailleurs, la ferveur autour de l’événement lors de la phase de poule n’a évidemment pas aidé à ce que notre enthousiasme reprenne le pas sur un certain scepticisme de départ.

 

Une équité sportive faussée ?

Pour rester dans cette idée d’abondance parfois bourrative de tennis, on peut s’attarder sur l’heure souvent très tardive de fin des rencontres (Espagne – Croatie s’est par exemple terminé aux alentours de 2h du matin dans la nuit de mardi à mercredi, mais surtout, le double entre l’Italie et les Etats-Unis s’est prolongé jusqu’à 4h04 du matin la nuit suivante, rentrant ainsi dans la légende en devenant le match achevé le plus tardivement dans l’histoire de la compétition), qui ont suscité plusieurs vives réactions du côté de la Caja Magica lors de cette semaine de Coupe Davis.

Si Américains et Italiens étaient certains de terminer leur campagne 2019 sur ce double (ce qui pose alors moins de problèmes que s’ils avaient dû rejouer un ou deux jours plus tard), Rafael Nadal est en revanche monter au créneau, déclarant que finir les rencontres aussi tard n’était souhaitable ni pour le public, contraint de prendre pour la plupart les derniers transports en commun et donc de quitter les tribunes avant la fin de la rencontre, ni pour les joueurs, d’un point de vue du soutien du public d’une part, et de la récupération d’autre part.

Mais le grand débat sur l’équité sportive était surtout ailleurs. En effet, déjà qualifiés pour les quarts de finale avant même le dernier double de leur deuxième rencontre de poule, Australiens et surtout Canadiens ont littéralement “offert” la victoire du double à leurs adversaires. Pas de conséquences en apparence, sauf que dans ces cas précis, les Belges et les Etats-Unis ont bénéficié d’une victoire sur le score de 6-0/6-0, qui aurait pu valoir cher dans le cas d’une éventuelle égalité et donc d’un départage avec d’autres nations dans le cadre du décompte pour déterminer les deux meilleurs deuxièmes de poules.

“Coup de chance” pour l’organisation, la Belgique et les Etats-Unis étaient dès le mercredi soir assurés de ne pas finir dans le “cut”. Cependant, une révision de la règle sera à étudier pour les prochaines éditions, si les organisateurs ne veulent pas se retrouver confrontés à divers scandales dans les années à venir.

 

Un engouement qui reflète l’essence même de la Coupe Davis

On ne va pas se mentir, (très) difficile de trouver des ambiances dignes du format d’antan, excepté lors des rencontres du pays organisateur, l’Espagne. Malheureusement, on a trop souvent vu des stades clairsemés, à commencer par le Court Central lors de la cérémonie d’ouverture, pendant laquelle les délégations ont défilé devant un stade à moitié vide. Idem pour les rencontres sur les Stadium 2 et 3, où on a eu beaucoup de mal à attirer les foules à part quelques groupes de fidèles supporters venus soutenir leurs joueurs (à noter que les groupes de supporters français comme l’ASEFT avaient fait le choix de ne pas se rendre à Madrid). Néanmoins, le succès populaire lors des rencontres de la Roja montre paradoxalement bien la différence de ferveur lorsqu’une équipe évolue sur ses terres, principe qui faisait l’essence même de l’ancien format avec les rencontres “home and away”.

Une bien triste nouvelle, pour une compétition historiquement réputée pour susciter la passion et le déchaînement des foules. Si le format est discutable, force est de constater que l’engouement autour de cette Coupe Davis “new look” est dans l’ensemble loin de celui qu’on a pu connaître sous l’ancienne formule. Si les joueurs semblent la jouer à fond sur le court, on peut forcément regretter les ambiances de chaudron et être nostalgique de la communion joueurs/supporters qu’on a pu observer jadis.

De même, le fait qu’une partie des rencontres aient lieu pendant la semaine entraîne le même problème d’affluence que ce que l’on peut parfois voir sur le circuit le reste de l’année. Fini l’attente et l’excitation qui précède un week-end de Coupe Davis, bonjour la galère de devoir capter la 4G dans les transports en commun en revenant du travail un soir de semaine. Ce nouveau format est à l’évidence moins fédérateur que l’ancien.

 

Les phases finales (et l’Espagne) ont sauvé les meubles

Fort heureusement, lors de la seconde moitié de la semaine, nous avons pu retrouver un peu d’enthousiasme, lorsque sont arrivées les phases finales de cette compétition. Tout d’abord de par le suspense et le niveau de jeu plus attrayants dans l’ensemble que lors de la phase de poules. En effet, 3 des 4 quarts de finale et les deux demi-finales ont dû aller jusqu’au double décisif pour connaître leur vainqueur. Certains doubles comme celui entre Russes et Serbes, entre Canadiens et Russes ou encore entre Espagnols et Britanniques auront par ailleurs particulièrement retenus notre attention. De plus, l’ambiance lors du Espagne – Argentine, et la ferveur lors de la finale du pays hôte face au Canada nous auront permis de retrouver ce qui s’apparente aux sensations vécues sous l’ancien format.

Oui mais voilà, se pose forcément la question de savoir quel aurait été l’engouement si l’équipe d’Espagne n’était pas arrivée jusqu’en finale. Il aurait surement été moindre et notre discours aurait donc sans doute été différent (il n’y a qu’à voir la rencontre entre la Russie et la Serbie, pourtant une belle affiche, où l’affluence était très faible). Plusieurs observateurs se demandent même si Rafael Nadal, à travers tout ce qu’il dégage sur un court de tennis, n’a pas dans une certaine mesure emmené tout le monde avec lui, et ainsi permis à cette compétition de prendre une autre dimension.

 

Mais alors, quel(s) intérêt(s) ?

Malgré tout ce qui a pu se dire de négatif, il est important de s’attarder également sur les intérêts de ce nouveau format. Tout d’abord, il permet de conserver une compétition par équipe au niveau international où les meilleurs joueurs sont présents. Car si la forme est fortement discutable, il serait malhonnête de dire que le fond n’avait lui pas besoin de changement. En effet, cette compétition historique du tennis était depuis plusieurs années zappée par les meilleurs joueurs du monde. S’ils ont fait l’effort de la jouer par le passé, ceux-ci avaient tendance à la laisser complètement de côté une fois le Saladier soulevé, le calendrier étant trop exigeant pour combiner tournois ATP et week-ends de Coupe Davis dans des conditions optimales.

Nadal, Djokovic, Murray, Berrettini, Khachanov, Monfils, Shapovalov, Kyrgios, Goffin… tous étaient présents à Madrid pour y représenter leur pays. Et cela nous a permis de voir des affrontements de grande qualité (on peut penser au Berrettini-Shapovalov du lundi, au Rublev-Bautista du mercredi ou encore au De Minaur-Shapovalov du jeudi entre autres). Cette réforme propose également une nouvelle ambiance autour de ce qui s’appelle (peut-être à tord) toujours la Coupe Davis. Une atmosphère proche de celle d’une Coupe du monde de sport collectif, où toutes les équipes qualifiées pour la phase finale se retrouvent sur un même lieu pour s’y disputer le titre pendant une courte période. Cela a évidemment également permis au différentes nations de disposer de leurs meilleurs joueurs tout au long de la compétition, ce qui pouvait ne pas être le cas sous l’ancienne formule.

Si les supporters attachés à l’ancien format seront forcément déçus de ce nouveau système, cette réforme comporte donc plusieurs intérêts pour les autres acteurs majeurs de ce sport, qui ne sont pas non plus à négliger. Cependant, même si la Coupe Davis était surement vouée à l’échec en s’enfermant dans son ancien format, il aurait sans doute été préférable de choisir un autre nom pour cette nouvelle compétition qui, il est vrai, ne coche plus toutes les cases des principes mêmes qu’elle a mis en lumière pendant plus d’un siècle.

 

Crédit photo de l’image en Une : TV5 Monde

 

Grégoire Allain

A propos de l'auteur

Surnommé l'électron libre. Fan de Rafa, et heureusement car ce n'est ni l'OL ni le Stade Français qui satisfont mon capital victoires chaque week-ends. Bon sinon, je réussis quand même à être objectif dans mes articles, sauf quand il s'agit d'écrire sur pourquoi le PSG peut-il un jour gagner la Ligue des Champions.

Poster un commentaire

lectus vel, leo. sem, libero. dolor. id, ipsum ultricies sit