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Entretien avec Jean-Pierre Tiéhi : “Fulham c’était idéal, le club m’a donné sa confiance”

Jean-Pierre Tiéhi célébrant un but avec Fulham

We Sport vous emmène à la rencontre de Jean-Pierre Tiéhi, jeune joueur Franco-ivoirien du centre de formation de Fulham. Son parcours, Fulham, son père, ses ambitions. Il nous dit tout.

 

Bonjour Jean-Pierre Tiéhi, merci de nous accorder cet entretien. Peux-tu te présenter en quelques mots pour nos lecteurs ? Raconte-nous comment tout a commencé.

Je m'appelle Jean-Pierre Tiéhi, j'ai 19 ans et je suis attaquant de pointe à Fulham Football Club. J'ai pris goût au football en allant voir les entraînements de mon frère, et puis j'ai commencé à jouer. J'ai débuté à Evry FC, je devais avoir 5 ou 6 ans. Ensuite, vers 10 ans, je suis parti au Havre et c'est là que ça a vraiment commencé à être sérieux, parce que tu rentres dans un centre de formation. C'est vraiment à l'âge de 10/11 ans que ça commence à être un peu plus qu'un loisir déjà, même si dans ma tête ça l'est toujours. C'est au moment où on te surclasse surtout. Tu commences à te dire que c'est sérieux, que tu n'es pas là juste pour être là. Donc c'est quand j'ai vu le surclassement arriver de plus en plus que je me suis dit qu'il fallait que je me mette au niveau des gens qui avaient deux ans de plus que moi.

 

Est-ce que le fait d’avoir une famille de footballeur ça influence un peu ? Est-ce qu'aujourd’hui ils t'aident et te conseillent dans tes choix ?

Ça influence totalement ! Toute ma chance elle est là en vrai parce que tu as une famille de footballeur, ton père a joué au haut niveau (Joël Tiéhi, joueur dans les années 1990 passé notamment par plusieurs clubs de Ligue 1, ndlr), ton frère joue, et toi automatiquement sans le vouloir, tu t'y mets, c'est-à-dire que si tu t'y intéresses un peu, tu rentres dedans et puis ça y est ! Tous les jours je suis conseillé par mon frère, mon père, et même ma mère maintenant. Avec trois footeux à la maison, elle s'est habituée ! C'est des conseils au quotidien, des conseils un peu basiques comme toujours travailler dur, avoir la tête sur les épaules, savoir où aller mais aussi au niveau du mental. Mon père me garde toutes ses expériences qu'il a eu, mon frère aussi parce qu'il est un peu plus âgé. Ils essaient de faire en sorte que je ne fasse pas les mêmes erreurs qu'ils ont faites et que je dépasse leur succès. Ce que mon père a pu faire de bien, il me dit ce qu'il faut faire de mieux pour aller encore plus haut. Comme tu peux imaginer, c'est une famille de footballeurs qui est passée par des épreuves dans la vie et qui justement donnent des conseils au plus petit pour que lui puisse éviter ces erreurs là et aller au plus haut niveau.

« Il ne faut pas avoir peur de prendre des risques. […] J'ai juste pris le stylo et j'ai signé. »

Comment fait-on le choix de quitter sa famille pour partir à l'étranger ? C’est un choix difficile à cet âge.

Oui, c'est sûr, mais je pense que c'est un choix qu'il faut faire. Il ne faut pas avoir peur de prendre des risques. Le football est un sport de risque et je me suis dit que le projet était là et que le choix était vite fait, dans le sens où dans ma tête je voulais jouer en Angleterre. Donc Fulham c'était idéal, le club m'a donné sa confiance, j'ai parlé au coach et aux dirigeants avant. Ça n'a pas été un choix difficile en fait. C'est un club que je connaissais par le passé, et j'ai vu qu'il y avait une opportunité pour moi d'aller dans cette équipe donc j'ai pas vraiment eu peur du risque. Peut-être que j'ai été un peu naïf de me dire de ne pas avoir peur du risque que ça entreprend d'aller à l'étranger, mais à ce moment-là je n'y ai pas pensé. J'ai juste pris le stylo et j'ai signé. Sans regret.

 

Est-ce que tu avais eu d’autres propositions de contrat ?

Oui, j'avais eu des propositions de plusieurs clubs anglais et également de Bordeaux. Fulham a été le projet qui m'a le plus convenu, aussi parce qu'ils me suivaient depuis longtemps. Ils m'ont montré que depuis mes 13 ou 14 ans ils avaient déjà un œil sur moi. Quand ils ont vu que je n'ai pas signé avec le Havre, ils ont vu la possibilité de passer à l'action. Les autres clubs étaient surtout anglais, mais Fulham est un grand club et j'aimerais m'y faire une place dans l'équipe première. C'était un choix un peu stratégique en fait.

« C'était phénoménal ! […] C'était vraiment la saison la plus riche que j'ai faite pour l'instant depuis que je suis ici. »

Ça fait bientôt 3 ans que tu es à Fulham. Est-ce que tu remarques une différence entre la formation française et anglaise ?

Oui beaucoup. La formation française est plus dans l'académie. C'est vraiment une formation, alors que l'Angleterre ça te plonge dès les 16/17 ans dans un monde professionnel. Quand tu arrives en U18 tu es obligé d'avoir un contrat pour faire partie du club, qu'il soit pro ou scolaire. La formation est très différente, ici c'est du lundi au vendredi, ou samedi selon les matchs, et on ne t'apprend pas à jouer au foot, on t'apprend à te dire : “Tu joues pour gagner ce match, tu dois bien jouer pour avoir des stats, etc”. À 16/17 ans ici ça va très vite, tu n'as pas le temps de te dire que tu es en formation. Je pense que tu apprends plus vite qu'en France dans le sens où tu peux, dès 16 ans, être en train de grimper vers les seniors.

 

Comment ton intégration au sein de l'équipe s'est faite ?

Déjà, je ne parlais pas anglais, du tout, mais il y a eu des gens qui m'ont aidé. C'est plutôt facile quand tu es dans l'équipe, les joueurs s'adaptent à toi. Ils veulent te montrer qu'ils vont essayer de parler plus lentement. Par contre, il n'y avait pas de francophone quand je suis arrivé, sauf des pros comme (Neeskens) Kebano, (Aboubakar) Kamara, (Floyd) Ayité. Quand on se voyait dans l'enceinte du centre de formation, on parlait français ou ils m'aidaient un peu. Je pense qu'en une semaine ou deux, avec les mêmes mots qui reviennent, tactiquement, ça va très vite.

 

Aujourd’hui c'est ta troisième saison à Fulham et tu as déjà remporté un trophée. Quel est ton ressenti personnel sur la saison dernière en U18 ?

C'était phénoménal ! C'était une super saison… Dommage que le Coronavirus ait tout cassé. On était vraiment sur une lancée où on pouvait aller en Youth League, on a été jusqu'en quart de finale de la EFL Youth Cup, on avait gagné le championnat et il nous restait les play-offs contre Manchester City. Dès le début de saison, le coach avait mis les points sur les “i”, on avait un bon groupe très talentueux, un des plus talentueux avec qui j'ai joué. C'était vraiment la saison la plus riche que j'ai faite pour l'instant depuis que je suis ici. C'était énorme, c'était fou, tout allait bien jusqu'à ce que ça arrive (la pandémie, ndlr). Comme on dit, tout ne peut pas être parfait.

Jean-Pierre Tiéhi est l'un des meilleurs buteurs de son équipe avec neuf réalisations cette saison. ©GT Tourist

Est-ce que tu sens une réelle différence cette saison en U23 ? Y-a-t'il une grande marche entre les deux ?

Quand même, oui. Les U18 c'est vraiment jeune, tu joues, tu te fais plaisir. Alors qu'en U23 c'est bien plus costaud, avec les pros qui redescendent. Il y a une différence physiquement et tactiquement, mais je peux pas dire une marche énorme même si tu sens la transition. Ça te montre que le football n'est pas tout beau tout rose à chaque fois et c'est là que tu dois vraiment faire preuve de caractère. Tu perds un match, tu te relèves et tu continues de bosser pour être plus sérieux au prochain match. Après sur le plan individuel c'est plutôt pas mal cette saison. Si moi je marque deux buts et qu'on perd 4-2, c'est bien pour moi mais moins pour l'équipe donc ça t'apprend vraiment à équilibrer tes émotions par rapport à tes statistiques individuelles et les performances collectives.

« Oui, les stats sont importantes pour un numéro 9. »

Est-ce que tu te concentres beaucoup sur tes statistiques ?

Oui, quand même. Je suis quelqu'un qui aime beaucoup marquer et qui fait attention à ses statistiques surtout au niveau des buts. Pour être honnête, désormais c'est ce qu'on attend de nous, et je pense qu'il ne faut pas avoir peur de le dire, les stats sont importantes. En tant qu'attaquant tu dois être obnubilé par le but parce que marquer, c'est faire gagner l'équipe. Comme le défenseur fait en sorte de ne pas prendre de buts, l'attaquant fait en sorte d'en marquer. Donc oui, les stats sont importantes pour un numéro 9.

« J'aimerais bien finir ce que mon père a commencé. »

On arrive sur la question fatidique. Si je te dis sélection nationale, tu es plutôt Bleus ou Éléphants ?

[Rires]. J'ai beaucoup de discussions par rapport à ça en famille, parce que j'aimerais bien finir ce que mon père a commencé. C'est quelque-chose qui nous tient à cœur, à mon frère et moi. Mon père a gagné une CAN et il a marqué des buts. Le but c'est de le dépasser et me faire mon nom aussi sans avoir le nom de mon père dans le dos. Je veux qu'on parle de moi pour mes capacités et pas par rapport au passé de mon père. J'aime énormément le peuple ivoirien. Il a beaucoup souffert et pouvoir remonter ses souffrances par le foot et par mes possibles buts serait une grande satisfaction pour moi. Alors, si je suis amené à jouer pour la Côte d'Ivoire, je lui ai dit que j'allais faire mieux. Avec les Éléphants, je rêve d'aller loin en Coupe du Monde, de gagner plusieurs CAN ou encore d'être meilleur buteur de la sélection. Je suis très motivé à dépasser mon père, mais je suis aussi Français et fier de l'être. Je suis né, j'ai grandi et j'ai commencé le football en France, et représenter la France serait une fierté. Je ne sais pas de quoi est fait demain et je ne ferme aucune porte ! J'ai des envies personnelles mais on sait que les sentiments et les envies peuvent changer à tout moment. Comme je l'ai dit, il y a des opportunités qui ne se refusent pas. Donc je suis ouvert à toutes propositions, que ce soit en sélection de jeunes ou en A, avec les Bleus comme avec les Éléphants.

 

Envisages-tu de revenir en France pour ta carrière ?

Déjà c'est un championnat que les gens sous-estiment, pour moi. La porte est ouverte aux Français aussi, même si j'aime beaucoup la Premier League. Espérons qu'un jour je puisse atteindre un niveau où je peux accéder aux grandes équipes du championnat français. Ça peut être intéressant aussi.

 

Si tu ne dois choisir qu'une possibilité entre gagner le championnat en fin de saison, être promu en équipe A et être sélectionné en équipe nationale, que choisis-tu ?

Wow alors là ! Je pense que je choisirais l'option de l'équipe première en club. C'est mon rêve de jouer en Premier League alors si je peux l'atteindre je le ferai. Si tu réfléchis bien, tout suivra après. L'objectif principal c'est d'atteindre l'équipe première. Après la sélection, ça vient avec le mérite. L'objectif, c'est de commencer à briller au haut niveau. C'est l'objectif que je me suis fixé, à atteindre cette saison si possible. Ça m'est déjà arrivé de m'entraîner avec l'équipe première. Rien n'est fait, mais je travaille dur pour ça, c'est l'objectif. Je dois vraiment l'atteindre la saison prochaine, si je veux devenir ce que j'aspire à devenir.

 

Merci beaucoup d’avoir pris de ton temps pour nous répondre. On te souhaite d’atteindre tous les objectifs que tu t'es fixé, un bon courage pour la fin de saison et pour la suite de ta carrière.

Crédits Photo : GT Tourist

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