Cap sur l'Euro 2020 qui débutera vendredi prochain pour le groupe A et samedi pour le groupe B avec un alléchant Belgique – Russie. Si les Belges, numéros un mondial au classement FIFA, partent favoris, aucune équipe n'est réellement à enterrer, pas même la Finlande qui pourrait avoir sa carte à jouer entre la Belgique, la Russie et le Danemark. Avec beaucoup d'équipes venant du froid, il faudra s'éviter les chaleurs pour obtenir sa place pour les huitièmes de finale et pour le second de cette poule, retrouver le premier du groupe F avec notamment la France, le Portugal et l'Allemagne.
Décryptage des quatre équipes qui composent cette poule avec pour chacune d'entre elles ses forces, ses faiblesses mais aussi sa dynamique avant de débuter la compétition.
La Belgique, favorite du groupe
Les Diables rouges, emmenés par leur sélectionneur Roberto Martínez depuis 2016, se sont qualifiés haut la main pour cet Euro. En effet, la Belgique n’a perdu aucun de ses dix matchs de préparation. Cela fait même un moment que les Belges n’ont pas côtoyé la défaite. Hormis quelques matchs nuls, ils n’ont perdu qu’une seule fois en une vingtaine de matchs.
Cette équipe de Belgique doit beaucoup à son entraîneur. Avant d’être à la tête de la Belgique, l’Espagnol a principalement joué dans des clubs anglais en tant que milieu de terrain et évoluant en troisième et quatrième division. Un pays dans lequel Roberto Martínez a réussi à s’imposer comme un entraîneur innovant dans les clubs de Swansea City, Wigan Athletic et Everton FC.
Une équipe très expérimentée
Dans les joueurs convoqués pour cet Euro, on retrouve sans trop de surprise Eden Hazard. Même s’il n’a pas réalisé une très bonne saison avec le Real Madrid, il reste un pilier de cette équipe belge avec laquelle il est le capitaine. Kevin De Bruyne, un autre cadre de l’équipe, a lui aussi été appelé. Ce n’est pas surprenant étant donné la très belle saison qu’a réalisée le milieu de terrain avec Manchester City. Cependant, victime d’une fracture au nez et à l’orbite gauche après un contact avec Antonio Rüdiger lors de la finale de Ligue des champions face à Chelsea, Kevin De Bruyne devrait être absent lors du premier match de l’Euro.
Pour rappel, la Belgique affrontera la Russie le 12 juin prochain. D’autres joueurs phares du football européen font aussi partie de l’aventure comme Romelu Lukaku (24 buts en Serie A), au top de sa forme avec l’Inter Milan, ou encore Thibaut Courtois, gardien indispensable du Real Madrid.
Du sang neuf pour l’Euro
Par rapport à la Coupe du monde 2018, huit joueurs font leur apparition. Matz Sels, gardien de Strasbourg, qui a profité de la blessure de Koen Casteels (Wolfsburg) pour être appelé. Jason Denayer, défenseur central de l’OL, qui peut prétendre à une place de titulaire. Le jeune mais très prometteur Jérémy Doku (19 ans), ailier au Stade rennais, qui va disputer sa première compétition majeure avec la Belgique.
La jeunesse est à l’honneur puisque Timothy Castagne (Leicester) et Leandro Trossard (Brighton) âgés de 25 et 26 ans ont tous deux été sélectionnés. Christian Benteke (Crystal Palace) fait son retour chez les Diables rouges. Dennis Praet (Leicester) est également présent malgré une déchirure aux ischios cette saison. Et enfin Hans Vanaken évoluant au poste de milieu de terrain au Club Bruges qui a remporté le championnat de Belgique cette saison, fait aussi partie de l’aventure.
Contre toute attente, Roberto Martínez a convoqué Axel Witsel, convalescent. En effet, le milieu défensif du Borussia Dortmund s’est déchiré le tendon d’Achille gauche au début de l’année et s’est ensuite fait opérer. Il a repris la course le mois dernier mais ne s’est toujours pas entraîné normalement avec le groupe. Le sélectionneur espère qu’il sera apte pour le 11 juin.
Les joueurs à suivre dans cette compétition
Lors de cet Euro, deux joueurs sont à suivre tout particulièrement : Kevin De Bruyne et Eden Hazard. Élu meilleur joueur de la saison en Premier League en 2020, « KDB » réalise d’excellentes saisons avec Manchester City. À l’aube des ses 30 ans, il est considéré comme l’un des meilleurs milieu de terrain au monde. En plus de récupérer des ballons, de distribuer des caviars et d'organiser le jeu, il est aussi capable de marquer. Auteur de 3 buts en Ligue des champions cette année et 6 en championnat. Kevin de Bruyne va-t-il réussir à continuer sur cette lancée avec la Belgique ? Et saura-t-il imposer son jeu lors de cet Euro ?

Contrairement à son compatriote, Eden Hazard ne brille pas vraiment avec son club. Arrivé au Real Madrid en 2019, le joueur n’a cessé de décevoir ces deux dernières saisons. Des saisons rythmées par les blessures qui l’ont empêché d’atteindre le niveau qu’il avait dans ses anciens clubs, à Chelsea et à Lille, où il a été élu meilleur joueur (2011 à Lille, 2015 à Chelsea). Aujourd’hui, l’international belge n’est toujours pas à 100%, ressentant une gêne à la cuisse, il n’a pas disputé le match amical contre la Grèce jeudi dernier. Va-t-on retrouver le grand Eden Hazard lors de cet Euro ? Cette compétition sera-t-elle un second souffle pour lui ?

Auteur d’une très belle prestation lors du match contre la Grèce, Jérémy Doku pourrait bien surprendre à l’Euro. Il y a certes du monde à son poste, mais le jeune joueur a montré de quoi il était capable en faisant la différence et en surprenant ses adversaires. À sa sortie, le jeu belge a baissé en intensité. Roberto Martínez lui accordera-t-il du temps de jeu ? Jérémy Doku sera-t-il le joker de la Belgique ?

C’est la sixième fois de son histoire que la Belgique participe à l’Euro, elle a déjà été finaliste en 1980 (battue par la RFA) et demi-finaliste en 1972. Après une terrible désillusion lors de la Coupe du monde 2018 en s’inclinant 1-0 face à la France en demi-finale, les Diables rouges n’ont qu’une envie : prendre leur revanche et remporter leur premier titre majeur.
La Russie, une volonté de confirmer
Récente quart de finaliste de la dernière Coupe du monde avec à son actif une élimination de l'Espagne aux tirs aux buts, la sélection nationale russe doit confirmer les espoirs placés en elle à la sortie du dernier mondial.
Plutôt intéressante dans sa campagne en Ligue des nations avec une deuxième place dans la Ligue B, la Russie reste néanmoins sur un dernier goût amer avec une défaite lors de la finale d'accession à la Ligue A face aux Suédois dans la Friends Arena de Solna.
Une nouvelle génération
Exit l'équipe de la génération russe en place depuis le Coupe du monde 2010 et place pour ce championnat d'Europe à un groupe tout frais avec de nombreuses belles individualités.
La génération russe a du mal à s'exporter avec seulement trois joueurs en Europe, un en Turquie et le reste dans le championnat national. Avec une grande communauté dans les clubs historiques du championnat russe comme le Zénit, le CSKA et le Dinamo Moscou, l'équipe devrait comme à son habitude afficher une vraie consistance avec l'intégration qui sera nécessaire de joueurs comme le Monégasque Aleksandr Golovin ou Alekseï Mirantchouk.

Parmi les forces de cette équipe russe, on notera sa capacité à s'imposer dans les matchs décisifs comme en atteste leur campagne de qualification de ce championnat d'Europe où les Russes se sont imposés à 8 reprises sur les 10 rencontres, s'inclinant uniquement contre les Belges qu'ils retrouveront dans cette poule.
La défense russe, le nerf de la guerre
Le point fort des Russes ? Leur défense. Plus qu'une spécialité, c'est une marque de fabrique de la sélection russe que de faire de la défense la base de leur jeu. Au terme d'une Coupe du monde où les Russes n'ont encaissé qu'un but face aux Espagnols avant de se qualifier pour les quarts de finale, le sélectionneur Stanislav Tchertchessov s'est imposé à 7 reprises sur ses 8 succès sans encaisser le moindre but.

Parmi les joueurs expérimentés de la défense russe, le joueur de l'Akhmat Grozny de 32 ans Andreï Semionov est le vrai taulier d'une défense centrale que Gueorgui Djikiya complète.
Même si la charnière ne possède pas une expérience importante dans les grandes compétitions, il n'y a que peu de doutes sur sa capacité à repousser le plus possible les assauts des attaques belges, finlandaises et danoises qui misent beaucoup sur la vitesse, un des principaux défis que devra régler le technicien russe avant le début de cette phase de poules.
Les joueurs russes à suivre
Si les jeunes joueurs russes plutôt méconnus du grand public, comme le latéral droit Karavaïev, seront à suivre si vous voulez vous délecter d'une technique irréprochable, les joueurs évoluant en Europe de cette sélection seront les pépites à observer de très près.
Les amateurs de Ligue 1 ne seront pas surpris d'observer un Aleksandr Golovin qui sera le dépositaire du jeu russe, mais un des facteurs clés du jeu sera assurément un autre milieu de terrain, le joueur de Bergame Alekseï Mirantchouk est défensivement le garant de la stabilité du 11 russe, tandis que son compère Golovin assurera l'animation offensive.
Le duo Mirantchouk – Golovin faisant office de détonateur de cette sélection, un joueur sera à suivre pour sa longévité, l'imposant Artyom Dziouba, 1.97 m pour 98 kg et qui devrait comme à son habitude jouer son rôle de renard des surfaces.

Le Danemark bien armé
Si la sélection danoise n’est pas favorite dans ce groupe B, elle y a pourtant une belle carte à jouer. Menée par l’ancien entraîneur du FC Nordsjælland Kasper Hjulmand, qui a profité du report de l’Euro pour prendre la main en août 2020, l’équipe n’a connu que deux défaites depuis sa désillusion aux tirs au but face à la Croatie durant la Coupe du monde 2018.
Cependant, ces deux défaites sont toutes deux survenues face à la Belgique (2-0, 4-2), l’un de ses futurs adversaires, et ont été accompagnées par quatre matchs nuls lors des qualifications. Mais c’est bien le Danemark qui se montre favori pour la deuxième place, profitant de l’une des plus belles générations de son histoire.
Parmi les 26 joueurs qui seront de la partie, Schmeichel, Eriksen, Delaney, Poulsen ou Christensen attirent l’attention. Pour les fans de Ligue 1, le Niçois Kasper Dolberg sera aussi à suivre ainsi que deux anciens pensionnaires du championnat : Daniel Wass et Martin Braithwate. Le défenseur milanais Simon Kjær portera, lui, le brassard de capitaine.

Eriksen, la lumière danoise ?
Moins en réussite à l’Inter Milan qu’il ne le fut par le passé à Tottenham, Christian Eriksen reste le maître à jouer évident de cette sélection. S’il sera le joueur danois à suivre pendant la compétition, c’est bien car ses performances dicteront l’animation offensive d’une équipe longtemps décriée comme ennuyeuse, mais qui semble dynamisée depuis son changement de sélectionneur.
Alors, avec sa patte droite bien connue des supporters, Christian Eriksen aura la lourde tâche d’être la tête d’affiche de sa sélection. Contre l’Allemagne mercredi, sa passe décisive pour Jakob Poulsen a permis aux siens de décrocher un match nul face à l’une des équipes les plus attendues du tournoi (1-1).
Accompagné par Thomas Delaney et Pierre-Emile Højbjerg au milieu de terrain, tous deux davantage défensif, Eriksen devra faire le lien avec une attaque au visage incertain. Andreas Skov Olsen et Jakob Poulsen pourraient être alignés aux côtés de Martin Braithwate, à moins que celui-ci ne soit accompagné par Kasper Dolberg ou le jeune Jonas Wind, auteur de 15 buts en championnat pour Copenhague et possible surprise à suivre dans cet Euro 2020.
Une équipe pleine d’espoir
C’est donc après une non-qualification en 2016 et une sortie frustrante à la Coupe du monde 2018 que le Danemark attaque cette compétition. Si elle répond aux attentes placées en elle, la sélection de Hjulmand devrait s’extirper de ce groupe B derrière la Belgique. Vainqueur inattendu de la compétition en 1992 avec Peter Schmeichel, père de Kasper, le Danemark rêve d’une nouvelle épopée et pourrait bien perturber les plans de certains favoris.
Avantage non négligeable, l’équipe pourra bénéficier du soutien de ses supporters pour tous ses matchs de poules. Ville hôte, Copenhague accueillera dans son Parken Stadium sa sélection locale dès le 12 juin face à la Finlande.
Dans l’ombre depuis toujours, la Finlande a trouvé sa bonne étoile
Pour la première fois de son histoire, la Finlande participe à une grande compétition européenne. Une récompense pour ce pays de 4 millions qui va enfin pouvoir connaître la ferveur d’une phase finale continentale. Placée dans le groupe B en compagnie de gros morceaux comme le Danemark, la Russie, mais surtout la Belgique, demi-finaliste de la dernière Coupe du Monde.
Les Huuhkajat (Hiboux grands-ducs en français) auront leur carte à jouer avec la volonté de bien figurer pour leur première participation dans un tableau final. Rien à perdre, tout à gagner, voilà comment les hommes du Grand Nord vont tenter de jouer les trouble-fête pour tenter de réaliser un exploit similaire à leurs homologues islandais.
En 2016, il y a cinq ans, l’Islande avait réussi à se sortir des poules pour se hisser en huitièmes de finale et affronter l’Angleterre que les hommes en bleu avaient réussi à sortir au terme d’un match fou à l’Allianz Riviera (2-1). Une épopée écourtée par les Bleus (5-2) en quarts de finale, mais qui peut inspirer le groupe de Markku Kanerva.

Une force collective suffisante ?
Parmi les 26 joueurs qui composent cette sélection, peu de noms seront reconnus par la plupart des mordus du ballon rond. Évoluant dans des clubs de seconde zone aux Pays-Bas, États-Unis et parfois aussi dans les divisions inférieures, ces joueurs ont réussi grâce également à leur sélectionneur, et son 3-5-2 fétiche, à faire cesser l’attente et apporter un peu de bonheur aux millions de Finlandais, comme lors du 15 novembre 2019 où les rues d’Helsinki furent réchauffés par le bonheur et la joie d’une qualification à l’Euro 2020 obtenue quelques heures plus tôt contre le Liechtenstein (3-0). Cependant pour la compétition qui arrive finalement un an plus tard, la Finlande semble n’avoir que trop peu d’armes pour rivaliser, mais peut compter sur quelques cadres.
Parmi les éléments forts de cette sélection, on retrouve évidemment l’attraction de la saison dernière en Premier League, Teemu Pukki, qui aura le rôle du leader technique de cette attaque finlandaise. Auteur de 26 réalisations en Championship cette saison et grand artisan de la remontée directe de Norwich à l’échelon supérieur, l’attaquant de 31 ans doit profiter de cette Euro pour pousser sa sélection jusqu’au bout d’elle-même. Si ses qualités de finisseur sont indéniables, Pukki se doit d’être plus régulier si la Finlande souhaite exister dans ce groupe et même au-delà.

Mais le goleador n’est pas le seul homme d’expérience de cette sélection. On y retrouve également le gardien du Bayer Leverkusen, Lukáš Hrádecký, doté d’une grande expérience du haut niveau, d’un grand championnat, mais aussi une expérience européenne non-négligeable.
Titulaire régulier en club et véritable pilier en sélection, le gardien finlandais de 31 ans, né en Slovaquie, sera le dernier rempart d’une sélection qui risque de surprendre comme lors des phases de qualifications.
Une réelle surprise ?
Dans un groupe où la Squadra Azzura faisait office de grandissime favori, le statut a été respecté jusqu’au bout par la sélection de Roberto Mancini, qui a remporté ses dix rencontres de qualifications et a survolé haut la main son groupe. Mais derrière, c’est la Finlande qui a pris le deuxième ticket au nez et à la barbe de la Grèce ou encore de la Bosnie-Herzégovine.
Mais cette qualification est tout sauf un hasard. La Finlande, 55e nation au classement FIFA, s’éveille depuis 2018 et reste sur des performances encourageantes. Première de son groupe C de Ligue des nations en 2019 devant la Hongrie, la Grèce et l’Estonie, la sélection finlandaise termine cette deuxième phase de Ligue des nations derrière le pays de Galles, deuxième de son groupe B. Des résultats satisfaisants, synonymes d’une réelle progression des hommes emmenées par Markku Kanerva, ancien instituteur mais surtout premier sélectionneur de l’histoire à emmener tout un pays dans une grande compétition.
Ancien instituteur, mais aussi footballeur professionnel, Markku Karneva est un homme très important dans le football finlandais. Arrivé en 2016 à la tête de la sélection, c’est aussi l’homme qui a participé à l’unique campagne d’un club finlandais en phase de groupes de la Ligue des champions, sous les couleurs du HJK Helsinki.
Océan d’incertitudes, le groupe finlandais ne possède que très peu d’individualités (Pukki, Kamara et Hrádecký) mais devra s’appuyer sur sa force collective. En effet, malgré le déficit technique évident que possède cette sélection face notamment aux Russes, Danois et Belges mais l’espoir d’un épilogue heureux reste présent, car le football est parfois irrationnel.
Le suspense reste donc entier dans ce groupe où la Belgique, favorite, devra montrer un très beau visage si elle souhaite termine en tête. Derrière, même si le Danemark et la Russie semblent supérieurs, la Finlande aura un vrai rôle à jouer pour être bien plus que l'arbitre d'un groupe B qui sera à suivre de très près.
Un article en co-écriture avec Pierrick Moniot, Laura Girard et Edgar Groleau.