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Girondins de Bordeaux : bilan, Admar Lopes, l’homme de l’ombre

Arrivé à l’été 2021 aux côtés de Gérard Lopez, Admar Lopes est le directeur sportif des Girondins de Bordeaux. Mais, après deux saisons son bilan à la tête du recrutement des Marines et Blanc est contrasté.

Au sein de l’organigramme girondin, plusieurs têtes font débat. Tout d’abord l’entraineur, David Guion conforté une saison supplémentaire sur le banc du club aquitain. Gérard Lopez, le président qui divise au sein des supporters. Le Franco-luxembourgeois a sauvé le club du dépôt de bilan lors de l’été 2021, mais sa communication a le don d’en exacerber plus d’un. Et enfin le directeur sportif Admar Lopes, bras droit du président qui divise tant le bilan sur le plan sportif lui fait défaut. Le manque de cohérence dans le projet sportif girondin fait grincer des dents. Pourtant la place d’Admar Lopes ne semble pas sous pression et il devrait vraisemblablement poursuivre son aventure avec le club au scapulaire.

18,8 millions d’euros. C’est le montant investi par les Girondins de Bordeaux lors des deux dernières saisons. Le club au scapulaire connaît l’une des pires périodes de son histoire lors de la saison 2021-2022. Lanterne rouge de Ligue 1, Bordeaux termine avec la pire défense des cinq grands championnats (91 buts encaissés), soit sa pire saison sportive depuis les années 60.

Un temps relégué administrativement en National 1 (3e division), en raison d’une mauvaise santé financière, les Marine et Blanc ont finalement été admis en Ligue 2, au terme d’un feuilleton long d'un mois et demi. Et le club girondin, six fois champions de France, a bien évolué dans l’antichambre de la Ligue 1. Après une saison sous la place du renouveau, les Girondins échouent à la 3e place du classement, à 3 points du FC Metz. Le club a fait beaucoup de bruit à la suite des événements de la J38 contre Rodez.

Considéré comme l’un des meilleurs recruteurs au monde à son arrivée au Haillan, Admar Lopes est passé par le FC Porto sous Antero Henrique et l’AS Monaco sous Luis Campos. Et c’est à son arrivée sur l’estuaire de la Garonne que le natif d’Ermesinde (Portugal) découvre le poste de numéro 1. Dans un contexte compliqué, Admar doit réaliser un mercato rapide sans moyens pour la saison 2021-2022.

L’échec de la Ligue 1

Alors quand il faut travailler dans l’urgence, on peut parfois réaliser des erreurs. Et la saison en Ligue 1 des Girondins donnera raison à ses détracteurs. 9,8 millions d’euros dépensés avec comme recrue phare, Fransergio. Le brésilien arrive pour 4,5 millions hors bonus (selon Transfertmarkt) en provenance de Braga. L’ancien capitaine du club portugais débarque avec de l’expérience pour prendre les rênes du jeu bordelais. Porteuse d’espoirs, son arrivée aura fait chou blanc. Après deux ans délicats sous la tunique marine et blanche, le Brésilien devrait quitter le club sans n’avoir jamais réellement montré l’étendue de son talent. Souvent conspué par les travées du Matmut Atlantique, certaines de ses sorties sur les réseaux sociaux n’ont pas plu aux supporters girondins. Il est le symbole de l’échec du mercato estival 2021.

Les Girondins ne s’arrêtent pas là et 8 autres joueurs arrivent en plus des négociations avec le Milan et la vente de Yacine Adli qui reste en prêt du côté de la Gironde pour la saison. Ricardo Mangas, Gideon Mensah et Timothée Pembélé arrivent en prêt pour pallier les départs des latéraux Maxime Poundje, Loris Benito Raoul Bellanova et Youssouf Sabaly. Malheureusement, Gideon Mensah et Ricardo Mangas ont montré des limites sur le terrain, tandis que Pembélé, avant de se blesser aux ligaments croisés, affichait quelques carences défensives.

Sur le plan offensif, les Girondins enregistrent l’arrivée de 3 joueurs. Alberth Elis en provenance de Boavista en prêt avec option d’achat. Javairo Dilrosun du Hertha Berlin et Mbaye Niang arrivant libre du Stade Rennais. Seul Elis arrivera à sortir son épingle du jeu avec 9 buts en 20 rencontres de Ligue 1. Dilrosun, malgré quelques coups d’éclat, n’arrivera jamais à passer un cap et gardera un maigre souvenir de son passage dans l’élite (32 matchs, 2 buts, 6 passes décisives).

Quelques bonnes pioches

Sur ce mercato estival, tout n’est pas à jeter pour les Girondins. Jean Onana arrive pour 2 millions d’euros en provenance du LOSC, ancien club de Gérard Lopez. Le joueur, souvent blessé lors de cette saison (13 rencontres hors de l’effectif), est revendu pour 4 millions d’euros au RC Lens afin d’intégrer la rotation des Sang et Or au milieu de terrain. Mais lorsqu’il est présent sur le terrain, Onana amène un certain volume de jeu, et a un impact positif sur certaines rencontres.

Arrivé pour 2 millions d’euros sur le mercato de Molde, Stian Gregersen a connu une première saison difficile en Ligue 1. L’acclimatation a été longue pour l’international Norvégien qui quittait son pays pour la France à 26 ans. Mais cette saison, Gregersen s’est érigé en patron de la défense centrale en compagnie de Yoann Barbet. Le défenseur norvégien risque de faire ses valises cet été, mais les Girondins peuvent espérer faire une plus-value sur le joueur. Le natif de Kristiansund, qui ambitionne de jouer l’Euro 2024 l’été prochain en Allemagne, souhaite évoluer en première division pour attirer l’attention du sélectionneur norvégien, Stale Solbakken. 

Un mercato hivernal raté

À l’hiver, les Girondins sont plongés dans les méandres du bas de tableau. L’effectif girondin compte le plus faible total de victoires (4) depuis plus d’un demi-siècle (52 ans). Bordeaux veut se relancer sur le mercato hivernal. Mais encore une fois, celui-ci sera vu par la suite comme un échec cuisant. 4 joueurs arrivent pour renforcer l’effectif. Le premier, Danylo Ignatenko, vu comme un joueur rugueux, doit ramener cette hargne au milieu de terrain. Mais force est de constater, un an et demi plus tard, que les lacunes techniques de l’Ukrainien ont eu raison de sa place de titulaire au milieu de terrain. Il pourrait également faire ses valises cet été.

Joshua Guilavogui, débarqué de Wolfsburg en prêt, prend rapidement le brassard de capitaine. Baladé de poste en poste sur le terrain, l’ancien Stéphanois ne va pas avoir l’impact escompté. Les deux dernières arrivées sont le Bosniaque Anel Ahmedhodžić et le Brésilien Marcelo. Ahmedhodžić montre de belles choses, mais n’a pas pu empêcher le bateau de couler. Dans le viseur de certains cadors de Premier League, l’ancien de Malmö partira à l’été pour Sheffield. Pour Marcelo, le choix peut paraître incompréhensible. Écarté à Lyon pour des problèmes de pets dans le vestiaire, le Brésilien montre rapidement ses limites dans la défense bordelaise qui prend l’eau de part en part.

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La Ligue 2 comme rédemption pour Lopes

On ne peut pas imputer l’échec de la saison 2021-2022 seulement à Admar Lopes. Mais on peut constater l’échec dans les choix du directeur sportif girondin. Et le manque de cohérence va se faire ressentir une nouvelle fois cette saison, malgré l’arrivée de bons coups. Les Girondins lèveront les options d’achat d’Alberth Elis (6 millions d’euros) et de Danylo Ignatenko (1 million d’euros). Sur l’exercice 2022-2023, les Marines et Blancs dépensent 9 millions d’euros.

Le retour des enfants chéris

Formés aux Girondins de Bordeaux, Yoann Barbet et Vital Nsimba n’avaient jamais joué avec l’équipe au scapulaire. Le premier est parti non loin d’ici, dans les Deux-Sèvres, afin de goûter au monde professionnel avant de s’envoler pour traverser la Manche. Après 7 années du côté de la Championship, Yoann Barbet revient réaliser son rêve, porter le maillot des Girondins. Vital Nsimba, quant à lui, est parti faire ses armes en National puis en Ligue 2, avant de découvrir la Ligue 1 avec le Clermont foot. La question de l’implication d’Admar Lopes dans le recrutement des deux joueurs peut se poser. Se sont-ils proposés au club ? Ou le directeur sportif portugais est allé les chercher lui même ?

Des joueurs en dessous des standards

Outre Barbet et Nsimba, Bordeaux se renforce avec l’arrivée de Clément Michelin, Aliou Badji et Zuriko Davitashvili sous forme de prêts avec option d’achat. Le premier, Clément Michelin, arrivé pour prendre une place de titulaire au poste de latéral droit ou de piston droit en fonction du système de jeu, a connu des débuts très compliqués contre Saint-Etienne et une défaite 2-0. Le Montalbanais a petit à petit perdu sa place de titulaire au profit de Malcom Bokélé. Aliou Badji sortait d’une saison réussie à Amiens (26 matchs, 13 buts, 3 passes décisives). Cependant, son exercice girondin restera comme un échec. Il ne marque que 4 buts et délivre 3 passes décisives en 1346 minutes, il est décisif toutes les 192,2 minutes. En difficulté sur certaines phases de jeu, l’attaquant sénégalais on ne sait pas s'il restera en Gironde l’an prochain.

Le bon coup estival d’Admar Lopes, c’est sûrement Zuriko Davitashvili. L’international géorgien s’est tout de suite intégré au groupe aquitain en marquant pour ses premières minutes face à Dijon. Percutant, rapide, il repique parfois dans l’axe pour provoquer sans cesse les défenses de Ligue 2. Son option d’achat, s’élevant à 1,5 million d’euros, sera officiellement levée si les Girondins passent la DNCG, le 28 juin prochain.  

L’énigme Pitu, la réponse de Lopes

À l’arrivée du mercato hivernal, les besoins de Bordeaux sont clairs. Il faut recruter un milieu de terrain créatif pour permettre à David Guion et à ses hommes de poser le jeu. Et pallier le départ d’Alberth Elis, parti en prêt au Stade Brestois. Le bord girondin décide de jeter son dévolu sur Alexi Pitu, jeune joueur roumain du Farul Constanta. Mais encore une fois, le bât blesse. Le problème n’est pas la qualité intrinsèque du joueur, qui a prouvé sa valeur lors de quelques rencontres. Mais plutôt l’absence de cohérence. Pitu n’est ni le milieu de terrain créatif qu'attendaient les supporters, ni le remplaçant d’Elis. Admar Lopes se justifiera sur le recrutement du joueur, arrivé pour 2 millions d’euros, lors de sa conférence de présentation.

« Alexi est un joueur que l’on suit depuis la saison dernière. Cette saison, on a trouvé qu'il a avancé sur plusieurs aspects que l’on valorise. C'est un joueur avec un profil que nous n’avions pas dans notre effectif. Un joueur créatif, capable de jouer sur un côté, capable de jouer derrière l'attaquant. C'est un joueur offensif qui a montré des statistiques importantes et très décisives dans son ancienne équipe qui était leader du championnat roumain quand on l'a recruté. Dans les discussions, il a montré un très bon état d'esprit. C'est très important pour nous car il a montré l'envie de nous rejoindre. La discussion a été facile pour lui et pour nous. Le procédé a été démarré plusieurs semaines avant sa signature. Tout le monde au club a validé ce dossier-là. »

Lors de ce mercato hivernal, les Girondins signent un autre joueur, Yohan Cassubie. Placardé aux Champis Niortais pour avoir refusé de prolonger. Le milieu de terrain arrive cet été en Gironde. Un nouveau pari, car personne ne connait l’état physique du joueur qui a passé une année hors de la compétition. Un deal qui peut s’avérer bénéfique pour le club si le le Français de 22 ans retrouve du rythme.

En conclusion, il est clair que l’échec girondin n’est pas à imputer totalement à Admar Lopes, mais les 4 derniers mercatos ne sont pas à la hauteur des ambitions girondines. Les Girondins ont dépensé plus que leurs concurrents directs (Le Havre, 22 arrivées, 0€ dépensé et Metz, 19 arrivées, 2 millions € dépensés) et pourtant ils connaîtront la Ligue 2 un an supplémentaire.  Seulement, lorsque que l’on s’attarde sur le projet Girondins, le bateau semble percé à bien des égards. L’équipe réserve est reléguée en Régional 1 et le projet de l’équipe féminine semble se désagréger au fil des années.

Passionné de sport et des Girondins de Bordeaux. Bercés par les arrêts de Cédric Carrasso, les coups de casque de Wendel et la finesse de Yoann Gourcuff dans un stade Chaban-Delmas en feu ! Fan de la Ligue des talents, sans oublier les coups de volant de Fernando Alonso, les attaques de Thibaut Pinot ou les atémis du général du ring Gunther.

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