Une victoire pour quinze défaites. Voici le piteux bilan des Houston Rockets, plus mauvais élèves de la ligue, en ce début de saison 2021-2022. Un succès obtenu face au Thunder, lui aussi bien mal en point, dès le deuxième match. Et depuis.. plus rien. Si l'objectif tanking a clairement été annoncé dès la pré-saison, personne ne s'imaginait à ce point le marasme qui attendait les joueurs de Stephan Silas. Car le vide est presque intersidéral. Entre mauvais choix sportifs et décisionnels, comment Houston, 5 fois demi finaliste de conférence au minimum sur les 6 dernières années «James Harden », a t-il pu en arriver là ?

The Beard, la barbe !

Il y a des façons plus élégantes de mettre fin à une relation de 8 ans. Mais lassé par les échecs, James Harden a décidé de dire stop. Stop à son idylle Texans. Il fallait se rendre à l'évidence : malgré l'arrivée de son pote Chris Paul, malgré la reconstruction d'un mini-Thunder avec la signature de Westbrook, malgré le recrutement d'un Dwight Howard dans la force de l'âge, jamais le barbu n'aura réussi à emmener SES Rockets plus haut qu'une finale de conférence. La faute, il est vrai, à la dynastie Warriors. Le Graal n'est pourtant pas passé très loin, à un claquage de CP3, à 3-2, lors des finales à l'Ouest. Mais la sentence est la même : malgré une progression individuelle spectaculaire (3 saisons de suite à plus de 30pts de moyenne!), jamais le MVP n'aura été en mesure d'emmener Houston sur la lune, et décrocher un troisième trophée Larry O'Brien, après son illustre prédécesseur Hakeem Olajuwon. Uniquement la faute à The Beard? Sans doute pas, bien que sur la fin, son abnégation pour le jeu individuel et l'isolation est devenue la risée de toute la ligue. Néanmoins, beaucoup d'équipes auraient sans doute fait aussi bien en y ajoutant un tel joueur. Alors le problème vient-il d'ailleurs ?

Morey – D'Antoni, fin d'une ère

Il était en place depuis 13 ans. Sous sa houlette, les Rockets ont participé huit fois consécutives aux playoffs, plus longue série de la NBA (jusqu'à la saison dernière). Durant son mandat, Houston a même détenu le deuxième meilleur bilan de victoire de la ligue, juste derrière les Spurs de Popovich. Mais malheureusement, jamais Daryl Morey, l'actuel GM des Sixers n'a été en mesure de mener H-Town à la gloire. Bon nombre de ses choix furent contestés, comme l'énorme contrat offert à Chris Paul, ou encore l'arrivée controversée du « soliste » Westbrook. De plus, les finances n'étaient plus au beau-fixe depuis un bout de temps désormais, et il ne faut pas non plus occulter son énorme bad buzz fin 2019, qui avait fait crisser des dents du coté des instances de la NBA. Auteur d'un tweet en soutien des opposants à Hong-Kong, Morey avait en effet provoqué une véritable crise diplomatique entre la NBA et son marché Chinois, pourtant en pleine expansion, et ce notamment du coté de Houston, où la communauté Asiatique est très présente, et où Yao Ming a marqué l'histoire.

Néanmoins, souvent critiqué, Morey reste l'homme qui a refait basculer les Rockets dans la case des prétendants au titre. Arrivé sur la fin de l'ère Ming-McGrady, l'ancien des Celtics n'a pas hérité d'une tâche facile. En effet, Leslie Alexander, le propriétaire à l'époque, refusait de voir son équipe tanker. Résultat, une équipe trop forte pour jouer les bas-fonds, mais pas assez bonne pour espérer quelques chose. Finalement, après des années compliquées, c'est lui qui est allé chercher James Harden, qui deviendra l'un des meilleurs attaquants de l'histoire dans le Texas. C'est lui aussi qui a rameuté Dwight Howard du coté du Toyota Center. Et qui a attiré CP3 et RW, avec le succès (ou les échecs) que l'on connait. Des joueurs Hall of Fame, tout simplement.

Plus que tout cela, il a tenté de révolutionner la NBA, avec un jeu ultra small-ball. Très critiqué, bien que cette tentative atteigne rapidement ses limites, il a démontré que le basket évoluait, et avec lui ses acteurs. Daryl Morey est un véritable amoureux des analytics : toutes les données statistiques sont étudiées à la loupe. Il partage cette passion commune avec celui qu'il nommera entraîneur en 2016 : Mike d'Antoni. Au fur et à mesure le run and gun est remis au goût du jour. Le jeu se fait de plus en plus small ball, de plus en plus en James Har… isolation. Les Rockets en deviennent grotesques. Mais finalement, n'est-ce pas normal de s'appuyer (peut-être trop, certes) sur la meilleure arme à sa disposition ? Au final, le titre 2017 ne s'est-il pas joué à un claquage du Point God au match 5 ?

Conscient de ses limites, le duo a tenté, lors de son ultime baroud d'honneur, un coup de poker monumental : jouer… sans pivot. Mais les lacunes étaient malheureusement trop importantes.

C'est donc là-dessus que c'est achevé l'une des plus belles pages de l'histoire des Rockets. Certes, tout n'a pas été parfait, bien entendu. Mais en l'espace d'une décennie, Houston est redevenu une franchise qui compte au sein de la ligue. Et ça, beaucoup ont tendance à l'oublier.

Et maintenant, on fait quoi ?

Comme pour la grande majorité des franchises, il y a donc des hauts, des bas. Des moments de gloire, suivis de reconstruction. Le fameux process, Houston est plongé en plein dedans. Un nouveau GM, Rafael Stones, un nouveau head coach, qui plus est inexpérimenté à ce poste en la personne de Stephen Silas, et un effectif a rebâtir en intégralité. Mais les Rockets, habitués à jouer les premiers rôles depuis les années James Harden, ont du mal à totalement envisager tanker. Si Westbrook est également tradé, la contrepartie n'est pas un cadeau : John Wall, blessé depuis deux saisons, et son contrat XXL. On se demande alors quel est le projet du board Texans. Si « Optimus Dime » retrouve quelques sensations au Toyota Center, il ne sera plus jamais celui qu'il fut, capable d'emmener, seul, une franchise en playoffs. Alors, y-a-t-il d'autres moyens que de perdre des matchs pour repartir de plus belle ? Finalement, Houston décide de s'appuyer sur sa jeunesse, avec les arrivées pétillantes de Jae'Sean Tate, Chrisitan Wood, ou Kevin Porter Jr pour ne citer qu'eux. Surtout, les Rockets héritent du second choix de draft, et piochent un crack, Jalen Green. On se dit alors que, même si à court terme les fans risquent de regarder les playoffs depuis leur canapé, l'avenir s'annonce radieux. Mais pour cela, il faut pouvoir développer les qualités de tout ce petit monde qui ne demande qu'à s'éclater. A l'heure actuelle, pas certain que beaucoup prennent du plaisir. Car il ne se passe tout bonnement.. rien.

Si John Wall a été laissé sur la touche pour faire la part belle à la jeunesse, pourquoi ne pas en faire autant avec Eric Gordon et Danuel House Jr, les deux anciens, bien plus adaptés aux Rockets version D'Antoni, eux les shooteurs. Si Jalen Green est appelé à terme à devenir le franchise player, à l'heure actuelle, c'est bien Chris Wood qui est aux manettes. Le board savait que les défaites allaient s'enchaîner, alors pourquoi bencher constamment un futur All-Star pas encore totalement développé ? Son début de saison correct, ne cache pas sa faible influence sur le collectif. S'il fait parti des tous meilleurs rebondeurs de la ligue (11.2 prises par match), il score moins que la saison dernière (16.2pts, contre 21 l'an passé) et surtout, sa sélection de shoots laisse à désirer. Il ne semble pas vraiment progresser, et doit encore mûrir. Pour cela, il faut d'abord jouer, le plus possible. Le problème de Jalen Green est sensiblement le même. Si un temps d'adaptation est nécessaire, comme pour tout rookie, celui qui n'est pas passé par l'université, est beaucoup trop intermittent. Et que dire de KPJ. Son intégration rêvée la saison dernière laissait présager un avenir radieux. Mais l'an passé, il était porté par John Wall et ses 10 saisons NBA. Là, c'est lui qui fait figure d'ancien dans ce combo guard avec Green. Et cela matche tout de suite moins bien. Jae'Shaun Tate est sur courant alternatif et Daniel Theis n'apporte pas grand chose en défense (la 19ème de la ligue), beaucoup trop esseulé. Seul Alperen Sengun, l'autre rookie, se montre à son avantage : avec 8.8pts, 4.7rbs et 2.1asts par rencontre, il met à profit son temps de jeu. Surtout, le MVP du dernier championnat Turc avec Besiktas, met en valeur son énorme QI basket. En espérant pour les fans des Rockets, qu'il puisse avoir l'opportunité de continuer à s'aguerrir.

L'après Morey-Harden est dur à digérer du coté de Houston. Si les Rockets semblent avoir saisi qu'il fallait repartir de 0, il faudra éviter de divaguer, et tenir une vraie ligne directrice. Car pour l'instant, les Rockets naviguent à vue. Pourtant, le talent ne manque pas ! Même si le tanking restera à la mode au moins jusqu'à l'été prochain, espérons pour toute la communauté de H-Town que l'avenir réserve des jours meilleurs.