Le 14 mars 2020, Martin Fourcade prend son dernier départ sur une manche de coupe du monde de biathlon. La figure du biathlon français est partie, de quoi remettre en péril l'attractivité du biathlon en France ? Après une saison spéciale due à la pandémie, la saison qui a débuté le week-end dernier marque un véritable tournant aux enjeux forts avec en point d'orgue, les Jeux Olympiques de Pékin, un coup de projecteur décisif pour garder une attractivité forte du biathlon en France.
Un statut de numéro 1 à défendre
Le biathlon s'est imposé comme le sport d'hiver par excellence à la télévision ces dernières années, notamment depuis la diffusion de chaque saison de coupe du monde depuis 2017. Surfant sur la vague de victoires de Martin Fourcade et son hégémonie de seul sport d'hiver diffusé en clair sur l'ensemble de la saison, le biathlon s'est imposé comme le sport numéro 1 de l'hiver. Les chiffres sont d'ailleurs flatteurs puisque la dernière course de Martin Fourcade en mars 2020 fut la meilleure audience pour un événement sportif pour les chaînes dites de la TNT (hors TF1, France 2, 3, 5 et M6). Des scores d'audiences en moyenne situés autour du million de téléspectateurs avec des parts d'audiences avoisinant les 10% font du biathlon une référence des sports à la TV.
Une concurrence qui arrive
Oui, mais voilà, si le biathlon est devenu un droit “premium” pour la chaîne l'Équipe, la chaîne du canal 21 de la TNT ne compte plus s'arrêter en si bon chemin et voit plus grand… et plus blanc. Nous apprenions très récemment que certaines manches de la coupe du monde de ski alpin vont être diffusées dès cette saison. Une arrivée qui met le biathlon en situation plus inconfortable en cette année olympique juste après avoir perdu l'homme qui a écrit les lettres d'or du biathlon français. Le ski alpin a beaucoup d'atouts à faire valoir, notamment par la présence d'Alexis Pinturault, nouvelle coqueluche des sports d'hiver tricolore depuis son gros globe de cristal de vainqueur de la coupe du monde l'hiver dernier.
Quels arguments à faire valoir pour le biathlon ?
Ils sont encore nombreux, du moins permettent au sport mêlant ski de fond et tir à la carabine de pouvoir continuer à attirer autant les foules devant les téléviseurs, au bord des pas de tirs ou même dans les stations de sports d'hiver. Le premier point et non le moins important, c'est l'esthétisme télévisuel qu'apporte le biathlon. Des épreuves rapides (moins d'une heure de diffusion en général), très animées par les différents tirs qui interviennent de façon très régulière et une tendance à ne jamais avoir les mêmes courses d'un week-end à l'autre. Il reste un sport très télévisuel, tout le contraire des autres épreuves de sports d'hiver.
Une concurrence fiable ?
Le ski alpin est lui très répétitif, et donne peu de suspense par son déroulé avec des départs selon le classement d'une manche ou le classement général qui ne laissent pas en haleine le spectateur. Des efforts et des recherches d'évolutions sont toutefois lancées du côté de la FIS (fédération internationale de ski) afin de redonner de l'attractivité à ces courses, notamment pour permettre de meilleurs indicateurs aux téléspectateurs, l'amélioration de transpondeurs pour les points intermédiaires. Le slalom parallèle est d'ailleurs l'une de ces innovations conçues pour séduire les télévisions avec un format simple, dynamique et qui permet d'avoir un suspense à chaque instant. Si les efforts sont là, les contraintes restent tout de même nombreuses, par exemple avec la météo qui condamne de nombreuses épreuves et obligent de nombreux reports. De quoi rendre parfois illisible les horaires ou le calendrier de la saison. Le ski de fond est lui trop monotone pour pouvoir rivaliser avec le biathlon, de plus les possibilités d'amélioration du produit télévisuel sont faibles. Seul le sprint semble être capable d'être attractif et en harmonie avec la modernisation du sport qui se veut plus court, plus spectaculaire et apte à être diffusé sur les différents réseaux sociaux.
Des résultats qui doivent tomber
Les Jeux Olympiques sont un formidable coup de projecteur pour certaines disciplines, on pense notamment au handball qui a construit une véritable attraction par ses résultats olympiques. Le biathlon a toujours été source de médailles pour l'équipe de France et Pékin 2022 semble être pour la première fois depuis bien longtemps une olympiade moins sereine pour des breloques. Une inquiétude qui reste minimale lorsque l'on regarde les résultats de la saison 2021 avec 6 victoires chez les hommes et une 3e place au général pour Quentin Fillon-Maillet. Chez les filles, c'est plus compliqué, seulement deux victoires de Julia Simon et une 9e place au général pour la mieux classée d'entre elles : Anaïs Chevalier-Bouchet. Une olympiade sans médaille serait donc un échec pour la France et pourrait laisser la porte ouverte à d'autres sports, comme le ski alpin.
Non, le biathlon n'est pas proche de rendre son statut de leader de l'attractivité dans les sports d'hiver, toutefois l'écart qui le sépare des autres se réduit. 2022 sera donc une année charnière pour ce sport en France.
Crédit photo : commons.wikimedia.org