Le Racing Club de Lens dans la peau, partie 2

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Ligue 1

Qu’ils soient issus des Hauts de France ou des alentours, de la région parisienne ou de l’étranger, ces personnes ont un point commun : le Racing Club de Lens. Baignant dans les chants de Bollaert-Delelis depuis leur plus tendre enfance ou amoureux du blason depuis leur arrivée au club, supporters et joueurs professionnels se livrent sur leurs rapports personnels avec le club artésien. Après la partie 1, voici le Racing Club de Lens dans la peau, partie 2 :

Ils ont tous un point commun, le RCL. Club du Pas-de-Calais fondé en 1906 sur une terre minière, le Racing n’est sûrement pas qu’un club de football ordinaire. Le Racing est avant tout pour ses supporters un amour du blason transmis de père en fils, de grand-père en petite-fille, de frère en frère, d’ami en ami, un club avec des valeurs. Des années glorieuses en passant par l’élite française et à travers les coupes d’Europe jusqu’à la deuxième division, le fameux « Dans le malheur ou la gloire » n’est surement pas un chant scandé au hasard. Bollaert c’est le temple de plus de 27 000 âmes, en moyenne à chaque match, malgré des années de galère, de non-montées, de descentes, mais pourtant, « On est là ». Le Racing, partout, toujours.

 

« Partout, à tes côtés, pour toi on va chanter »

Il y a ceux qui font quelques pas pour se rendre au stade, ceux qui habitent dans la région, puis ceux qui viennent d’un peu plus loin. La distance est-elle un problème pour les supporters ne vivant pas dans la région ? Surement pas.

 

Pour Benjamin, 31 ans, membre du bureau de la section Lens Capitale, les trajets entre Paris et Lens pour les matchs à domicile ne lui posent aucun problème. Ce natif de la région délocalisé à Paris n’a pas vu sa passion mourir malgré les quelques 200km qui les séparent.

« En 2014, je quitte le Nord pour faire une école de police et l’année d’après je débarque à Paris, chez un ami, lui aussi Lensois, qui me loge en attendant de trouver un studio. Il m’explique qu’une bande de gars se retrouve au ROYAL NATION situé Place de la Nation pour regarder les matchs de Lens. Alors au prochain match, j’y serai ! Là je découvre ce qui sera Lens Capitale. Les fondateurs tels que Guillaume, JC, Valentin, Laurent avec qui on a vite accroché sont présents. Ils m’expliquaient leur envie de monter une asso sur la Capitale, on était qu’une poignée ce soir-là, mais assurément il y avait des Ch’tis sur la capitale.

Été 2015 l’asso voit le jour. Avec le bouche-à-oreille des uns et des autres un petit groupe se forme. D’une dizaine on passe à 20, 25, puis 30. Création d’une écharpe, d’une bâche, l’asso grandit. Personnellement je deviens membre du bureau et suis à la gérance des réseaux sociaux, les publications, les éventuels messages.

Puis l’asso continue de grandir, plus de cent adhérents à ce jour. Abonné en Marek je m’y rends dès que possible tout comme les matchs à l’extérieur. Parfois compliqué de gérer entre le boulot, la famille et amis dans le nord et les matchs. Certains viennent pour regarder le match à la TV, avoir ce petit moment entre Ch’tis à Paris, d’autres sont abonnés et vont à chaque match. »

 

C’est aussi le cas de Christopher, 32 ans, pilote de ligne, originaire de Wattrelos qui vit sa passion entre la France et les décalages horaires. Après avoir déménagé une première fois en Indonésie, il vit désormais en Estonie. Pourtant, sa passion est restée intacte.

« En 2013 j’ai quitté une première fois la France pour aller vivre en Indonésie. La passion n’a jamais pris une ride et c’est avec fierté que j’ai porté le maillot « Sang et Or » sur tous les matchs de football que j’ai pu jouer là-bas ! Ce n’était pas toujours facile de suivre les matchs du club car souvent cela tombait en pleine nuit pour moi, mais dès que je ne travaillais pas le lendemain je le faisais. Je réussissais malgré tout à rentrer plusieurs fois par an en France et donc j’ai continué à me rendre à Bollaert avec mes amis plusieurs fois par saison. J’ai vécu la montée avec Ljuboja et Aréola, entre autres, à distance, mais avec une joie et une fierté immense !

Puis en 2017 je suis rentré en France et j’ai très rapidement repris mes habitudes. J’en ai créé de nouvelles également. Grâce à Twitter, j’ai découvert un petit groupe de supporters de la région lilloise se réunissant lors des matchs à l’extérieur pour les regarder ensemble sur Lille. Étant du coin, cela a été une opportunité pour moi de regarder les matchs tout en me faisant de nouveaux amis. La petite bande a très vite grandi et nous sommes devenu une asso, Sang et Nord, structurée et reconnue par le club. En 2018 j’ai eu une nouvelle opportunité d’emploi à l’étranger, en Estonie. J’ai donc quitté à nouveau ma terre natale et je me suis à nouveau éloigné de Bollaert et du Racing. Cependant, avec seulement une heure de décalage, c’est beaucoup plus simple pour moi de suivre les matchs, mais aussi de revenir voir les matchs. M’étant lié d’amitié avec beaucoup de membres de ma section et faisant partie des membres de la première heure je ne me voyais pas quitter l’asso juste à cause de mon départ. Alors certes je participe moins que d’autres à la vie de la section, mais je suis toujours de loin ce qui s’y passe et c’est toujours avec une grande excitation que je planifie mes retours à Bollaert ou éventuellement en déplacement avec eux comme je l’ai fait lors des barrages la saison dernière en allant à Paris avec les copains pour le match contre le Paris FC. »

 

Pour Johan, sa passion pour le Racing est restée inchangée depuis son déménagement en Haute-Savoie. Ce supporter issu du NPDC continue de faire des aller-retours, troquant ses montagnes en montagnes de terre…

« C’est mon père qui m’a transmis sa passion pour le ballon rond et pour Lens. Je suis né à Cavaillon dans le Vaucluse, mes parents et ma famille sont originaires de Denain. L’élément déclencheur a été l’année du titre où je suivais chaque match à la radio avec le journal l’Équipe pour mettre à jour le classement sans l’attendre le lendemain. Lorsque j’étais petit, j’ai eu quelques occasions de voir des Marseille – Lens au stade Vélodrome mais c’était toujours frustrant de vivre ces matchs avec les supporters de l’équipe d’en face.

Puis il y a 8 ans, j’ai recherché des groupes de supporters de Lens dans la région Rhône-Alpes, et depuis, je suis membre de la section CH’TI BOYS 69, une section qui s’est créée en 2000, basée dans le Rhône. Dès que mon emploi du temps et mon travail me le permet, je fais des déps et nous organisons toujours un match à Bollaert en fin de saison. La section est petite mais nous arrivons tout de même à faire des déps comme à Niort (16h de route aller/retour) et à Ajaccio par exemple.

Lens c’est mon quotidien. Je vis ma passion à travers les réseaux sociaux, les matchs à la télé, les déplacements, les échanges avec ma section et à travers les visites que je rends à ma famille dans le Nord, où il y a un match de Lens à Bollaert bien sûr. J’ai un but, c’est de réussir à faire tous les stades de France et j’espère même de faire quelques stades en Europe avec Lens !!! »

« Racing club de Lens, toute la Marek avec toi. »

Pour certains supporters, le RC Lens n’a pas été tout de suite une évidence pour eux. Ayant des parents fans du Racing ou non, fada de sport ou pas, ces supporters d’aujourd’hui ne l’étaient pas forcément pendant leur enfance. Comment ont-ils contracté le virus sang et or ?

Pour Frédéric, 38 ans, la passion du Racing était avant tout vécue par son papa originaire du Pas-de-Calais. Comme il nous l’explique, sa fièvre lensoise est venue courant les années 90, et depuis, il n’a manqué qu’une poignée de matchs à domicile !

« Jusqu’à mes 13 ans, je n’étais pas supporter de Lens, tout simplement parce que je n’aimais aucun sport ! Toute ma famille était supportrice dont mon père, mon grand-père, mes oncles etc., mais moi je n’étais jamais allé au stade et je ne regardais pas les matchs les matchs à la TV. Puis, un soir d’août 1994, le 20, lendemain de mon anniversaire, mon père décide de m’emmener à Bollaert pour la première fois, précisant à ma mère qu’il ne faudra pas s’étonner si je demande à repartir à la mi-temps. Ce soir-là c’était Lens-Martigues, et Lens s’impose sur le score de 2-1 avec des buts d’Oruma et Tiéhi. C’était déjà en Marek, les “Secondes” à l’époque, et depuis, à de très rares exceptions, essentiellement des invitations en VIP, je n’ai plus jamais quitté cette tribune.

Je ne sais pas concrètement ce qui m’a fait aimer Lens et le foot, mais c’est assurément un mélange de tout ça ! Puis la saison suivante, 1995-1996, on décide, mon père et moi, de prendre notre abonnement, en Marek bien sûr, et cela fait donc 25 ans que j’y suis abonné sans avoir loupé une saison. »

 

Benjamin non plus n’a pas eu ce feeling lensois dès la plus tendre enfance, pourtant, le community manager de Lens Capitale est depuis les années 2000 un vrai mordu.

« En 1993, j’ai pris ma première licence dans ma ville, Halluin, j’avais 5 ans. À cette époque-là je n’avais pas de club, je ne m’identifiais à aucun club mais plutôt à des joueurs comme Marco Simone ou encore Roberto Baggio. Un peu bizarre parce que je n’ai jamais voulu être attaquant, j’étais plutôt arrière droit puis milieu.

Marco Simone était une époque au PSG, je me souviens avoir encouragé le PSG dans le salon de ma tante, entouré de mes cousins, une partie de la famille face à … Lens. Lorsqu’il a quitté le championnat de France je me suis un peu retrouvé orphelin. Du côté paternel, le foot, c’est Lens. J’entendais parler des joueurs sans trop connaître. J’avais 10-12 ans, j’ai commencé à tendre l’oreille.

Et c’est en 2000 que j’allais vivre mon premier match de football. Dans un vrai stade. J’avais 12 ans, et mon père m’emmenait au Stade Bollaert, pour la réception en Coupe UEFA de l’Atletico de Madrid. J’étais excité. Je me rappelle avant la rencontre, cette ambiance, les rues bondées de couleur Sang et Or. Je voulais absolument revivre ça. Le père d’un copain était abonné, il vivait derrière chez ma grande mère et pouvait m’y emmener si jamais je m’abonnais. Chose faite ! Premier abonnement en Trannin 1, le rang juste au-dessus des supporters adverses, qui pouvait aussi me permettre une vue imprenable sur la Marek mais aussi sur l’ambiance des kops extérieurs. À cet âge-là, comme beaucoup, on ne rêve qu’une chose : Aller mettre un joyeux bordel en Marek, chanter, bouger, frapper des mains.

Et quelques temps plus tard c’est en Marek que j’ai pu avoir la chance de m’abonner. Je me sentais chanceux tant c’était convoité, alors j’y donnais beaucoup de voix pour y faire honneur. »

Mais pour les professionnels passés à Lens, leur rencontre avec le Racing fut-elle un coup de foudre immédiat ?

Alaeddine Yahia, international Tunisien et lensois de 2008 à 2014, nous raconte avec humour que son arrivée dans le nord n’était pas non plus une évidence météorologiquement parlant. Pourtant, il n’a plus quitté cette région depuis son arrivée et garde un lien fort avec le Racing :

« J’ai reçu un appel en aout 2008, je m’en rappelle comme si c’était hier, à cette époque-là j’étais à Nice, en Ligue 1. Cyril Rool mon coéquipier de l’OGC Nice me dit « Daniel Lerclerq et Gervais Martel viennent de me parler de toi, ils vont t’appeler » ! Je me dis que le club est certes en Ligue 2, mais c’est tout de même très bon club. Je suis monté dans l’avion, Nice – Lille, c’est Jérôme Lepagnot, encore intendant au club qui vient me chercher. Et là j’ai la tête dans les nuages, je me dis qu’est-ce que je viens faire ici ? La veille j’étais en bord de mer, cocktail, soleil, et là le lendemain les nuages me touchent encore la tête je dis « wow ». Je suis logé à l’Hôtel du Golf, Didier Roudet, directeur général de l’époque, vient me chercher, encore la tête dans les nuages, je me demande s’il fait beau de temps en temps ici (rires). Je me souviens de mon premier match ! Quand j’arrive à Lens, je me fais mal à l’adducteur lors du premier entrainement, je ne pourrais jouer que 2 semaines après. Mon premier match c’était contre Angers à domicile, on gagne 3-0, c’était magnifique. En 2008, on avait une équipe trop forte qui était faite pour faire monter le club en Ligue 1. Il y a des matchs, on savait qu’on allait gagner (rires). On n’a pas gagné pendant 5/6 matchs, ça a commencé à tousser un peu mais on avait beaucoup de blessés. Quand on était au complet on était trop fort pour la Ligue 2. Ça faisait des années que le club n’était pas descendu en Ligue 2, les équipes d’en face elles faisaient le match de leur vie en venant à Bollaert, on était au-dessus sur plusieurs critères.

Mais j’ai passé 6 ans de ma vie à Lens en tant que joueur ! Quand je suis parti jouer à Caen et Nancy pour ma dernière année, on a gardé la maison ici, j’y suis encore ! »

 

Pour l’entraîneur du Racing Club de Lens, Franck Haise, venu dans un premier temps prendre les rênes de la réserve évoluant en National 2, sa signature à Lens a tout de suite été pour sa famille et lui une évidence :

« Quand j’étais joueur je suis venu jouer à Lens au milieu en 1990, j’en garde un super souvenir. Puis en 1998, l’année du titre, j’étais à Beauvais et dans l’équipe il y avait plusieurs vrais supporters comme Hervé Hagard ! Je me rappelle qu’on avait tous regardé Arsenal – Lens et évidemment on était tous pour Lens, j’appréciais beaucoup ce club.

Pour ce qui est de ma venue au club, j’étais adjoint en Ligue 1 avec Lorient et c’est Sylvain Mastriano, directeur du centre à ce moment-là, qui me connaissait un peu qui m’a contacté. Le challenge de venir dans un club avec cette belle histoire, ce public, et puis cette formation où il y a de bons jeunes, m’avait forcément beaucoup plu et enthousiasmé. C’est un club qui est très important pour la famille car mon fils a rejoint le centre de formation, j’ai un vrai Lensois à la maison (rires), il est très fier de porter les couleurs Sang et Or, c’est une belle chose, à lui de faire sa carrière dans son coin avec humilité et ambitions, j’espère qu’il réussira !

Avec l’équipe première ça a été court, seulement 3 semaines mais je les ai bien vécues avec le staff et un bon groupe de joueurs, avec deux premières victoires, maintenant on verra l’avenir dans les prochaines semaines. »

Propos recueillis avant l’annonce de sa prolongation à la tête de l’équipe première. (N.D.L.R.)
 

L’épopée européenne :

 

Lens champion de France, 22 ans auparavant en 1998, Lens européen dans les années 70, 80, 90 et début 2000, le patch étoilé sur la manche du maillot, scénario d’ailleurs rêvé de tous les supporters ! Mais que pensent les joueurs ayant connu ces temps forts ?

Son nom est dans les mémoires de chaque Sang et Or, dans le cœur des supporters. Lensois de 2002 à 2005, John Utaka a gouté au plaisir du football européen. Que pense l’attaquant légendaire du club artésien ?

« Pour moi, le Racing Club de Lens est l’un des meilleurs clubs français, un club familial. C’était mon tout premier club en France, avec un public formidable, le meilleur public en France. Les supporters Sang et Or sont tout le temps derrière nous pour nous soutenir, c’est magnifique !

Mon premier match de Ligue des Champions avec le RC Lens, comment l’oublier ? Un vrai rêve de gosse ! Ça m’a marqué. C’était une belle époque avec des supers joueurs et avec mes coéquipiers comme Moreira, Song, Papa Diop, Itandje, Sibierski, Bak, Sikora, Yohann [Lachor], Cyril [Rool], Olivier [Thomert], Ferdinand Coly, Charles-Edouard [Coridon], Seydou [Keita], Adama Coulibaly, Blanchard, Bakari, etc. On était vraie une équipe soudée !

J’ai passé de très belles années avec beaucoup de beaux buts ! (rires). C’est que du bonheur !’

Francis Gillot, arrive en 1993, en pleine épopée européenne !  Il nous raconte ses débuts sous la tunique lensoise :

« Je suis arrivé à Lens en janvier 1983, je venais de Valenciennes qui avait besoin d’argent, ils m’ont donc vendu à Lens ! Romain Arghirudis était directeur sportif à l’époque et j’ai eu affaire à lui. Je suis arrivé au moment où Lens était en coupe d’Europe, avec la campagne belge, Anderlecht, Anvers et la Gantoise ! Je ne sais pas si vous vous souvenez du caillou de Munaron contre Anderlecht ? Pour l’anecdote, j’étais sur le terrain mais je n’ai pas vu le but qu’on a marqué (rires) ! C’est sur une passe en retrait d’un joueur d’Anderlecht à son gardien, je me suis retourné pour me replacer et quand j’ai entendu les gens crier je me suis dit : tiens, on a marqué un but ! C’était assez bizarre (rires). J’ai fait mon trou à Lens pendant une petite dizaine d’années, avec une petite coupure à Strasbourg entre-temps en 1988. Je suis resté jusqu’en 1993 à Lens, 9 belles années avec de très bons souvenirs. Un plaisir de jouer contre 30000 personnes pour vous encourager, je n’ai jamais eu l’envie de partir de ce club. C’était vraiment un club qui me plaisait beaucoup.

Puis en 2004 j’arrive comme adjoint de Joël Müller pendant 6 mois, je reprends l’équipe en janvier car les résultats sont plutôt moyens même si ce n’est pas catastrophique, il n’y avait pas lieu d’avoir peur de descendre ! On m’a demandé de reprendre l’équipe, j’ai accepté. D’ailleurs, le premier jour où je suis nommé entraîneur, j’ai une grippe avec 40 de fièvre alors que je ne suis jamais malade ! On est en janvier, il y a de la neige, il fait froid, je suis obligé de faire les entraînements pendant 3 jours évidemment, alors que je n’en pouvais plus (rires). C’était une entrée en matière plus difficile, ça m’a marqué ! C’est comme les mariages, « mariage pluvieux, mariage heureux », je me suis dit, ça commence mal pour moi, c’est bon signe !

Mais entraîner, c’est un exercice difficile, il faut avoir une bonne équipe avec soi pour y arriver ! Le club n’a pas donné toutes les cartes nécessaires à mon ami Éric Sikora par exemple, pourtant il a toujours été dans ses plans. Après tout ce qu’il a fait, il ne méritait pas d’être jeté comme il l’a été. J’espère qu’il va rebondir pour montrer ce qu’il est capable de faire. »

 

« Tous les samedis soir au stade on va chanter, car c’est pour le Racing qu’il faut se défoncer »

Stade Bollaert-Delelis, situé en plein cœur de Lens, moyenne d’affluence lors de la saison 2019/2020 s’élevant à 27000 âmes. Reconnue comme étant l’une des meilleures ambiances de France, fiction ou réalité ?

Pour Alaeddine Yahia, défenseur légendaire à Lens reconnu pour sa hargne sur les terrains, l’ambiance à Lens est impressionnante. Il nous raconte :

« Les supporters m’ont beaucoup marqué à Lens ! J’ai eu la chance de jouer à Saint-Étienne également et on ne va pas se mentir, en termes d’ambiance les deux clubs se ressemblent beaucoup, c’est bouillant. À Nice c’est pareil, il y a une tribune qui est vraiment chaude, la BSN (Brigade Sud Nice NDLR) mais à Lens c’était différent, j’ai senti tout de suite que ce n’était pas une tribune mais tout le stade qui poussait et franchement une tribune latérale remplie de supporters, c’est magnifique !

C’est le club où je suis resté le plus longtemps, c’est un club qui m’a marqué au fer rouge. Mais au-delà du RC Lens, c’est la sympathie des gens d’ici qui a fait que ça s’est bien passé. Quand ça se passe bien en dehors du foot, logiquement ça ne peut que bien se passer sur les terrains, et vice versa. C’est la gentillesse et la sympathie des gens qui font que j’adore ce club. »

Francis Gillot nous parle de sa perception des supporters lensois, de son œil de joueur et d’entraîneur :

« Ce club est différent des autres, on sait que quand on est adversaire et qu’on va jouer à Lens, on joue contre le public ! Ils sont capables d’être exigeants mais aussi d’être tolérants ! J’ai connu des périodes ou parfois où les joueurs étaient pris en grippe, ce qui est assez étonnant car c’est un public gentil et tolérant, mais si vous ne faites pas les choses convenablement, ils savent vous le faire savoir ! C’est sûr que ce soit en L1, en L2, pour des matchs importants, il y a toujours du monde ! Joueur ou entraîneur on ressent cette vibration, ça donne du plaisir, des émotions ! On s’en rend compte aujourd’hui avec les matchs à huis clos, ce n’est pas du tout la même chose. Si la saison prochaine commence à huis clos, je pense que ça va être un gros désavantage pour le club. »

 

Roger Boli garde lui aussi un excellent souvenir de son passage dans le Nord :

« Avec Lens j’ai connu la montée en D1 avec les barrages et ça restera mon plus beau souvenir ! Barrages contre Valenciennes et Strasbourg, je ne parle pas du match contre Toulouse car on l’a perdu, on s’est fait voler, j’ai envie d’oublier ça. On a toutefois été repêchés par la DNCG, on a pu monter. Ça m’a fait grandir, j’ai pu me faire un nom dans la région, j’ai eu mon titre de meilleur buteur en 1994 en D1. Il y a eu l’épopée européenne avec Lens, la demi-finale de Coupe de France, on avait tout pour réussir mais on a mal négocié ce match.

C’est pour tout ça qu’aujourd’hui Lens est encore dans mon cœur, et puis le fait que le gamin y joue (Charles Boli N.D.L.R.), ça renforce encore plus tout l’amour que j’ai pour ce club et pour la région ! Quand j’entendais « Roger va au Brésil, pour danser la Samba.. » (Il chante), c’était terrible ! Cette année j’ai assisté à un match où le Kop reprenait cette chanson mais avec le prénom de Charles, je peux vous dire que j’étais tellement fier ! Tellement fier que mon enfant soit à ce niveau et aussi adopté par les supporters, ce fantastique public qui m’a tout apporté et tout donné ! J’espère de tout cœur que Lens va s’imposer en Ligue 1 et s’amuser, parce que ce club, cette région, ce public, méritent tellement, tellement, tellement, la Ligue 1 ! C’est vraiment du bonheur ! »

RCL : Passion, valeurs, entre-aide, partage.

« Il était généreux, comme ceux du pays.. » chantait Pierre Bachelet dans sa chanson « Les Corons » en évoquant son père, alors que pour Enrico Macias « Les gens du Nord, ont dans le cœur le soleil qu’ils n’ont pas dehors ». L’entraide est-elle dans l’ADN des lensois ?

 

Didier Delannoy, a tout de suite su réagir face aux demandes engendrées par le Covid-19. Il fabrique depuis le début de la pandémie en France des surblouses destinées aux soignants de la région :

«J’ai grandi ici dans le bassin minier ! Même si certains n’aiment pas dire qu’on vient d’une région minière il faut bien reconnaître que les valeurs du club viennent justement des mines, des diverses cultures et nationalités qu’il y avait ici, les Polonais, Maghrébins, Italiens. Tout ça est dû à cette culture minière, 100 ans en arrière, il y a une culture forte, un bastion de la solidarité de l’entraide, il faut continuer à transmettre ça même si ce ne sont plus les mêmes générations. Je suis dans le projet des surblouses destinées aux soignants de la région et les seuls bénévoles qui ont souhaité venir prêter main forte, c’est tout simplement parce que cela vient de leur éducation, leurs parents leur ont enseigné l’entraide et le partage, c’est naturel.»

 

Cette entraide est bien présente également chez la Fédération Lens United qui s’est associée au Racing club de Lens dans une vente aux enchères endiablée, pour aider les soignants de la région dans la lutte contre la Covid-19. Chaque jour un maillot était mis en vente sur la page Facebook de la fédération, permettant ainsi de récolter 33099 euros, reversés aux personnels soignants de la région. Les maillots, offerts par des donateurs anonymes ou par les joueurs eux-mêmes, étaient ainsi proposés au grand public. Des pièces uniques comme des maillots portés par Varane, Radovanović, Leca, Ziani et surtout, la parka du druide, Daniel Leclercq, figure emblématique du RCL, décédé quelques mois plus tôt.

Cette parka offerte par madame Leclercq, a fait beaucoup de bruit sur les réseaux sociaux. Pour George Brassens, twittos et fervent supporter lensois, il était hors de question de la laisser filer à un collectionneur, elle devait être dans un musée ! Il nous raconte comment et pourquoi il a créé une cagnotte pour essayer de remporter l’enchère face un acheteur anonyme. Unir ses forces pour mieux réussir ? :

« Quelle aventure cette parka ! 325 participants pour une somme récoltée de 3515€. En 5h de temps on va relever un sacré challenge : gagner une enchère ! Ce jour-là, la parka de Daniel Leclercq est mise en vente, un objet inestimable qui fait l’objet de toutes les attentions, très vite les enchères s’envolent. Parmi les supporters lensois de Twitter, on commence à se préparer à voir partir cette parka, la tristesse nous gagne. Je dis aux copains que j’ai peut-être une idée, la cagnotte Leetchi est lancée ! Le temps est compté, en effet l’enchère en cours est déjà à 1650€ du côté de la Fédération Lens United, c’est dingue quand on y repense. Le retard est rattrapé en quelques heures grâce en partie à la visibilité offerte par La Voix du Nord (quotidien local N.D.L.R.). Les supporters commencent à réaliser qu’on est en train de faire un truc de malade car notre cagnotte continue de grimper, à tel point que je dois augmenter le plafond de cette dernière pour ne pas être bloqué. L’heure de fin de l’enchère, 19h30, est proche. Malheureusement, sur Facebook, cette personne anonyme surenchérit de nouveau. On résiste encore mais on devra se résoudre à voir cette personne emporter ce deal. Beaucoup de déception à cet instant, moi le premier. Je me dis tout ça pour rien alors que non, puisque je décide assez rapidement d’offrir notre cagnotte aux profits du personnel soignants des hôpitaux de Lens / Béthune et de l’institut Pasteur, ce qui était prévu en cas de victoire de toute façon. Finalement notre déception sera dissipée avec le message du club qui nous annonce que cet anonyme va offrir cette parka au club. Le message de remerciements envers les supporters de madame Leclercq viendra clôturer cette merveilleuse journée »

Âme Sang et Or depuis le berceau, joueur professionnel passé ou présent ayant endossé la tunique lensoise, supporter traversant la France chaque mois, tous ont cet amour inconditionnel du Racing club de Lens. Lens, terre de labeur, terre de mineurs, terre de nos ancêtres. Lens, club valeureux transmis par les anciens au coin d’une pièce près d’une radio, au coin d’un coron, au coin d’une tribune de Bollaert-Delelis. Lens, club emblématique de la région, mettant riches ou pauvres, sur la même longueur d’ondes. Lens, un club différent des autres ? Le Racing, partout, toujours.

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