À l'heure où Greta Thunberg défie Donald Trump à l'ONU, à l'heure où une course de voitures électriques se dispute chaque année dans Paris, à l'heure où les stades sont climatisés en été au Qatar, il est bien temps – avant qu'il ne soit trop tard – de savoir si “sport” et “respect de l'environnement” sont deux entités compatibles. Bien sûr lorsque nous parlons de “sport”, nous pensons à sa pratique à un haut-niveau – le jogging et le tour de vélo du dimanche étant forcément éco-responsables. 

La question environnementale ne date pas d'hier. Elle anime les débats politiques, occupe le paysage médiatique et déchaîne les passions depuis plus de cinquante ans. Toutefois, le XXIe siècle semble être celui de la prise de conscience collective, espérons la mondiale. Celle-ci se manifestant par la recrudescence d'actions sociales ou politiques comme la fameuse marche mondiale pour le climat ou la COP 21 il y a quelques années, mais aussi par la montée en puissance des partis écologistes dans les scrutins (troisième position lors des dernières élections européennes en France pour Europe-Écologie de Yannick Jadot). Mais cette notion de préservation de l'environnement reste d'une complexité rare  tant les différents acteurs (locaux, nationaux, mondiaux…) s'entremêlent. L'urgence climatique est claire, mise en évidence ces dernières années, semble au moins avoir amené une réponse : tout le monde est concerné et doit agir.

Dans le même temps, le sport, simple loisir pour certains, métier pour d'autres, ne doit pas déroger à la règle. Cela reste néanmoins difficile de passer au crible un domaine si vaste et si hétérogène. Évidemment, il ne s'agit pas de montrer du doigt, démagogiquement, une activité qui fait vivre des millions de personnes et en distrait des milliards, mais demandons-nous simplement : quel impact a le sport de haut niveau sur l'environnement ?

Le maillot vert du meilleur pollueur

Chaque année, deux millions et demi de manifestions sportives sont organisées en France. Nombre impressionnant qui laisse imaginer celui à l'échelle mondiale… Qu'il soit de petite ou de grande envergure, un événement sportif génère toujours une empreinte-carbone néfaste à l'environnement. Pour illustrer ce propos évident mais pas très alarmant, prenons l'exemple de l'un des événements sportifs annuels les plus importants au monde : le Tour de France.

Regardé par des centaines de millions de téléspectateurs dans le monde, la fameuse course cycliste de trois semaines est une véritable machine de guerre, destructrice pour l'environnement. Pas moins de deux mille voitures suiveuses, camions, bus, une dizaine d'hélicoptères et plusieurs avions suivent quotidiennement le Tour à travers l'hexagone. Ajoutez à cela dix-huit millions de spectateurs qui se déplacent sur la route du Tour, venant de toute l'Europe mais aussi du monde (grandes délégations colombiennes et américaines). Nous voici face à un paradoxe fondamental : l'un des sports les plus verts est celui qui cause le plus de pollution. Imaginez simplement plusieurs centaines de véhicules à moteur diesel suivre les coureurs à vingt kilomètres par heure dans les pentes à 15% du Col du Galibier, où des milliers de spectateurs sont présents, au milieu du Parc National des Écrins, site d'extrême protection de la biodiversité. On frôle le non sens.

Mais le non sens va encore plus loin, surtout quand sport et politique se mélangent. Cette fois-ci, il faut sortir de l'Europe et se rendre au Moyen-Orient, plus précisément au Qatar. Pas étonnant qu'un pays qui s'est développé sur ses ressources pétrolières figure comme le vilain petit canard de la lutte contre le réchauffement climatique. Tout le monde en a entendu parler et d'autant plus les semaines précédentes à l'occasion des mondiaux d'athlétisme à Doha : la problématique des températures extrêmes pour pratiquer du sport de haut niveau. L'émirat a trouvé une solution coûteuse mais résolvant les problèmes (tout en en créant d'autres…), celle de climatiser les stades. Quand on sait que la climatisation correspond à 10% de la consommation mondiale d'énergie (équivalent de la consommation du continent africain) et quand on s'imagine la quantité d'énergie nécessaire à la climatisation d'une enceinte de plus d'un hectare au sol face à une température extérieure entre 40 et 50 degrés en juin, l'indignation s'impose, surtout envers la décision de la FIFA qui préfère contenter des investisseurs sans limites financières en leur offrant la Coupe du Monde 2022, plutôt qu'éviter ce genre de situation grotesque.

 

Stade climatisé de Doha – sofoot.com

Des projets de législation

Pour pallier ces problématiques environnementales dans le sport, les autorités publiques tentent de réagir en instaurant des plans d'action et pourquoi pas de législation. L'exemple le plus concret est la stratégie nationale de transition écologique vers un développement durable du sport (SNTEDDS) créée en 2015 par le ministère de l'écologie en association avec celui des sports. Le but étant de couvrir la période 2015-2020 en accompagnant tous les acteurs du sport afin d'entamer un transition vers “le sport durable”. Leur domaine d'action s'étend de la formation (dans les écoles ou centres de formation) à l'organisation d'événements, avec comme objectif Paris 2024 qui se voudra être la vitrine du développement durable.

Côté fédérations, toutes les ligues de tennis ont signé la charte de la WWF pour engager le sport face au réchauffement climatique. Celle de rugby a, quant à elle, rejoint le mouvement “Sports for Climate Action”. Des belles initiatives mais qu'en est-il des actes ?

Un effort collectif

Ils sont de plus en plus nombreux à agir et, tout comme pour les mauvais élèves, il faut le souligner. Revenons à la Grande Boucle blâmée un peu plus haut dans ce même article. Amaury Sport Organisation, qui chaque année est placée sur le banc des accusés pour ses lacunes en matière d'écologie, a décidé de réagir en lançant plusieurs plans d'action à court et moyen termes. Le Tri'Tour est une vaste campagne éco-responsable qui s'applique à tous les échelons de la course : disparition des emballages pour les gadgets de la caravane, recyclage de 50% des déchets, zones de collecte des déchets des coureurs… A cela s'ajoute l'objectif de passer à des moteurs hybrides en 2020 et électriques en 2021 pour toutes les voitures suiveuses.

Dans la catégorie “belles initiatives à mettre en valeur”, nous pouvons également citer l'opération “Balle Jaune” de la Fédération Française de Tennis qui, depuis 2009, permet de recycler les balles usagées et de les transformer en sols sportifs. Plus récemment, StadiumGo, une application de covoiturage entre supporters a été lancée dans le but de réduire l'empreinte carbone des spectateurs de football mais aussi de créer des liens plus forts entre les passionnés. Enfin, des personnalités du sport, elles-mêmes, se mobilisent pour la “bonne cause”. C'est le cas de l'ancien joueur de l'OL Sidney Govou qui inaugure et parraine une zone à haute valeur écologique ou encore la nageuse Coralie Balmy, grande protectrice des océans.

Bien sûr qu'il est impossible de radicalement déterminer si le sport est écologique ou non. Il faut surtout retenir que le sport est à l'image de notre société : pas encore adapté à l'urgence climatique. Mais de là à devenir un bouc émissaire ? Non. Nous vivons encore dans un monde où les gens ont du mal à croire en ceux qui les alarment, ce qui les empêche d'agir, même à leur échelle personnelle. Or, souvent, ces mêmes gens sont férus de sport ou s'identifient à des sportifs. Alors, pourquoi le sport ne deviendrait-il pas dans un futur proche la nouvelle vitrine de la protection de l'environnement ? 

Crédits photo de Une : tourisme.fr

@TheoPutavy