On continue notre série des talents gâchés avec le tennisman français le plus doué de sa génération : Richard Gasquet.
On ne pourrait pas trouver deux termes qui lui correspondent mieux. Richard Gasquet, c’est d’abord un vrai talent. Tennistiquement pur, ses capacités techniques sont celles d’un surdoué de ce sport. Son revers à une main, considéré encore aujourd’hui comme l’un des plus beaux du circuit, fait l’admiration de tous. Sa volée naturelle lui offre quelques points faciles. Son imagination dans la variation des coups qu’il propose et qu’il fait jouer à son adversaire en fait un des meilleurs tacticiens.
Tennis Magazine et Lionel Chamoulaud
Bombardé plus grand espoir du tennis français – inutile de rappeler la Une de Tennis Magazine « Richard G. – 9 ans », il confirme tous les espoirs que l’on place en lui. D’abord en remportant le tournoi des Petits As, et si vous êtes fan de Lionel Chamoulaud vous savez qu’il a remporté la demi-finale face à « un certain Rafael Nadal mon cher Arnaud ». Ensuite en étant classé n°1 du circuit junior en 2002. Que pouvait-il donc lui arriver ? On tenait forcément le-premier-tennisman-français-à-remporter-un-tournoi-du-grand-chelem-depuis-Yannick-Noah.
Seulement voilà, si Richard Gasquet a dominé le circuit mondial en juniors, c’est parce qu’il a été le produit parfait de la formation à la française ; et s’il a échoué à dominer le circuit ATP, c’est en partie parce qu’il est le produit parfait de la formation à la française. Formé au beau geste, à une conception d’un tennis élégant qui n’aurait jamais compris le tournant décisif de Bjorn Borg, Richard Gasquet est l’illustration parfait d’un système qui formate ses joueurs le plus talentueux à pratiquer un tennis peu enclin à s’adapter. Comment, dans ces conditions, espérer imposer sa loi aux terreurs Andy Federer et Rafael Djokovic, aux jeux beaucoup plus protéiformes ? Pensez que même Roger Federer, sa majesté Roger Federer, a modifié, par exemple, son revers et la taille de son tamis ; ou que Rafael Nadal est arrivé sur le dernier Open d’Australie avec un tout nouveau service made in Moya.
Jimmy Connors et les 4 Fantastiques
En évoquant ce terrible Big Four qui impose sa loi au tennis mondial depuis 2005, on touche peut-être au fondamental : dans le tennis, le talent ne suffit pas. Si les capacités techniques d’un joueur font partie des raisons des succès, elles n’en demeurent pas moins une composante parmi d’autres. Tout Roger Federer qu’il est, et malgré tout le talent intrinsèque dont est pourvu son tennis, il ne serait jamais devenu une légende de son sport sans des dons physiques hors du commun, et un travail psychologique de tous les instants. On peut supposer que Jimmy Connors n’a pas tout misé sur ses qualités techniques pour devenir le joueur le plus titré de l’ère Open.
Voilà peut-être ce qui a manqué à Richard Gasquet, qui n’est pas moins talentueux, en tennis pur, que les 4 Fantastiques. De la rigueur dans sa préparation physique, et un mental à la hauteur. A cet égard, c’est l’une des autres failles du système de formation : vouloir faire gagner tout de suite les juniors, plutôt que de penser au long terme et à une progression globale.
Crédit photo : La Croix