L’Instant Tactique #3 : Le jeu sur gazon

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Ligue 1

C’est le changement de côté, vous êtes mené 4-1, double break de votre adversaire. Là, vous avez besoin de conseils, vous avez besoin que quelqu’un vous vienne en aide. A WeSportFr, on est là, juste derrière vous, pour vous chuchoter astuces et stratégies. Asseyez-vous tranquillement sur votre chaise, la tête dans la serviette, c’est l’Instant Tactique.

L’Instant Tactique #2 : Le service kické

La terre, c’est fini ! Marre de rentrer boueux à la maison. Fini les rallyes de 30 frappes, bienvenue au service volée. Adieu la poussière, bonjour les lignes blanches peintes à la craie. Vous l’aurez compris, dans ce troisième numéro de l’Instant Tactique, on se met au vert. Place au gazon et à la classe tennistique 😎

Attaque, flexion et frappe sous les chaussettes

A l’instar de la terre battue, le jeu sur herbe est très particulier. Si l’ocre favorise bien évidemment les défenseurs, le vert, lui, avantage le jeu d’attaquant. Sur gazon, pas question de faire durer les échanges. La palette est large, vous aurez le choix. Un point commun à toutes les tactiques possibles, aller vers l’avant. Mais alors, pourquoi faut-il avancer beaucoup plus qu’ailleurs ? J’imagine que vous avez une petite idée. La balle est plus rapide. La surface ralentit beaucoup moins que les autres. En moyenne, après le rebond, la vitesse est diminuée de 30% alors que la terre la réduit de 40%. Il faut alors avoir de très bons réflexes. Quoi de mieux que de monter au filet pour prendre encore un peu plus de temps à l’adversaire ?

Agnieska Radwanska à Wimbledon, quasi assise sur l’herbe – GettyImage

La rapidité du jeu est aussi accentuée par un autre phénomène. Le rebond du gazon est très bas. Parmi toutes les surfaces, il s’agit du plus faible. Une balle tombant de 1m80, ne rebondira qu’à 1m sur gazon contre 1m30 sur terre. En plus de cela, la balle ne va pas vraiment rebondir mais plutôt glisser sur l’herbe. Cela vous oblige donc à baisser votre centres de gravité. Les genoux sont alors constamment en flexion. Il faut prendre la balle tellement basse, qu’il n’est pas rare de devoir poser un genou à terre pour frapper son coup. Je vous laisse tester la débauche d’énergie que cela engendre : fléchir, se relever, courir, fléchir à nouveau… Après un point comme cela, vous ne pourrez plus enflammer vos cuisses de la même manière et vous réduirez un maximum la durée des échanges. Le meilleur moyen d’éviter de prendre la balle dans les chaussettes, c’est de frapper au sommet du rebond, lorsque la balle est le plus haut. Ainsi, vous accélérerez le rythme tout en vous facilitant la tâche : c’est aussi ce qui rend le jeu sur herbe très rapide.
En priorité, utilisez votre puissance de frappe au service pour prendre très rapidement l’avantage. Suivi à la volée, vous pourrez finir le point en 2 ou 3 coups de raquette. Dans l’échange, le slice est aussi une des armes les plus efficaces. En effet, comme vous le savez, le slice est l’effet qui engendre le rebond le plus bas. Combiné au gazon, votre adversaire devra quasiment taper la balle à hauteur de cheville. Impossible pour lui d’en faire quoi que ce soit.
Mais le slice, c’est pas plutôt un coup de défense ? Pas sur gazon ! Le chip and charge (un slice suivi d’une montée au filet) est un des enchaînements préférés des attaquants sur herbe. La balle sera tellement basse que l’autre joueur ne pourra pas vous passer en un coup. En plus de cela, le chip and charge est une combinaison des plus esthétiques : avec le fameux pas de tango pour suivre au filet, vous aurez l’impression de voler au dessus d’un pré.

Un paradis perdu

Si vous voulez retrouver les origines du tennis, ne cherchez plus, et allez jouer sur herbe. Le gazon est la première surface à avoir accueilli la petite balle jaune. D’ailleurs, pendant très longtemps, la majorité des tournois étaient sur cette surface. Jusqu’en 1974, trois des quatre tournois du Grand Chelem se jouaient sur herbe. Puis, peu à peu, le gazon est devenu plus rare, les organisateurs préférant le dur qui nécessite moins de ressources. Aujourd’hui, sur la soixantaine de tournois que comportent les circuits ATP et WTA, il n’y en a plus que sept chez les hommes et six chez les femmes joués sur herbe, Wimbledon restant surement le tournoi le plus prestigieux.

Wimbledon, véritable temple du tennis – Image VisitLondon

Jusqu’au début des années 2000, la transition terre-gazon était la plus brutale. Les spécialistes de l’ocre disparaissaient pendant un mois et vivaient un calvaire, tandis que les joueurs offensifs, éliminés rapidement de Roland Garros, pouvaient enfin briller. Jusqu’à la finale de Wimbledon en 2001, le service volée était l’arme utilisée la majorité du temps : Tim Henman, Pete Sampras, Boris Becker. La liste des spécialistes est longue comme le bras. Lors de sa victoire contre l’Américain en 2001, Roger Federer est d’ailleurs monté 98 fois au filet contre 122 pour Sampras, soit plus d’un point sur deux. Mais, cette finale de 2001, qui a sacré Goran Ivanisevic, a poussé les organisateurs à ralentir la surface pour les éditions suivantes, jugeant le jeu trop rapide et peu plaisant (la raison “officielle” était de poser un gazon plus résistant). L’année suivante, deux joueurs, réputés pour “tenir l’échange du fond du court”, atteignent la finale : Hewitt et Nalbandian. Beaucoup jugent cette finale comme la plus “laide” à Wimbledon. Mais le mal est fait, le règne des attaquants et des géants ne sera plus sans partage.

https://twitter.com/doublesfautes/status/1138140545434488832?s=19

L’avantage avec le gazon, c’est que l’on peut connaître les tendances du jeu en regardant son étatb en fin de tournoi. Celui-ci évoluant, certaines zones ne sont plus les mêmes au début et à la fin. Vous devez alors savoir adapter votre jeu à mesure que le tournoi avance. D’ailleurs, en fin de quinzaine, à Wimbledon, l’herbe ressemble plus à de la terre, favorisant un peu plus le lift. C’est pourquoi, il est beaucoup plus “facile” de sortir Nadal en début de tournoi qu’à la fin (je souhaite tout de même bon courage à celui qui le jouera au premier tour…)
Vous devrez aussi vous adapter au faux rebonds, nombreux sur le pré. Encore une fois, pliez les jambes pour vous tenir prêts et ne pas vous faire surprendre.

Vous avez dit élite ?

Enfin, petite présentation du court en lui même. Le court en gazon est très particulier. Plusieurs “règles” sont à suivre. En plus d’être le plus cher (59000€ de construction en comparaison des 36 et 48000 de la terre et du greenset), on ne peut pas y jouer toute l’année : en Angleterre, par exemple, ces courts ne sont ouverts que d’avril à octobre. De plus, ils nécessitent un entretien quasi quotidien, la pelouse devant avoir une hauteur de 6 à 8 millimètres. On peut aussi ajouter du sable pour reboucher les éventuels trous. C’est pourquoi, chaque année, l’herbe doit être replantée. Et oui, le court doit être parfait et doit paraître quasi neuf à tout moment !

Hoooo ! Où allez-vous là ? Avant de fouler le gazon, munissez-vous de chaussures spéciales. Si vous y allez avec vos baskets toute-surface, vous aurez l’impression d’être sur une patinoire. La semelle doit ainsi avoir des petit picots qui vous empêcheront de glisser à chaque appuie. Attention, rien à voir avec les crampons de footballeur…
Enfin, rassurez-vous, le blanc n’est pas obligatoire. Seul le All England Lawn Tennis and Croquet Club, hôte du tournoi de Wimbledon, oblige la tenue immaculée.

Les chaussures à picots de Federer en 2013 – Image Eurosport

Je vous ai donné envie de jouer sur la surface verte ? Bon courage ! En France, ce type de courts se comptent quasiment sur les doigts de nos mains. Parmi les privilégiés, l’ambassadeur de Grande Bretagne peut y jouer dans ses jardins ainsi que les membres du club du Lagardère Paris Racing. A moins d’être pote avec l’ambassadeur ou avec le fils d’une grande fortune française, vous en chercherez peut être pour un budget plus “raisonnable”. Le Lawn Tennis Club de Deauville a construit il y a peu un ensemble de courts en gazons naturels. Alors, je vous attends en Normandie pour se faire une petite partie 😉

 

Petit récapitulatif pour bien digérer tout ça :

  • Plus vous êtes grand, mieux c’est. Le service sera votre arme
  • Dans l’échange, abusez du chip and charge
  • Pliez les jambes et baissez votre centre de gravité

 

Être bon sur gazon c’est un peu inné. Mais, c’est comme tout, ça se travaille. Il ne suffit pas de manger trois brins d’herbe après chaque victoire. Musclez-vous le bas du corps, étirez-vous après vos matchs (ça piquera très certainement) et préparez-vous à ce que ça aille vite. Trop vite ? Un peu comme la durée de la saison sur herbe…

Préparation du court à Wimbledon – Image Eurosport

Source Image en Une : WeAreTennis

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